Quel avenir pour le football amateur ?

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Nous avons réalisé un grand baromètre auprès de nos coaches via 4 questions sur l’avenir de leur foot 

 
À l’arrêt depuis le 13 octobre, le football amateur vit - comme beaucoup d’autres secteurs - à nouveau une période noire. Si, officiellement une potentielle reprise est toujours prévue début janvier, bien malin celui qui pourrait prévoir la suite des événements. Nous avons profité de cette nouvelle trêve forcée pour sonder tous les coaches de l’arrondissement Huy-Waremme (73 au total), de la D2 ACFF à la P4. Avec, comme on pouvait l’imaginer, des avis parfois très différents.  

 

Le monde entier vit, depuis près d’un an, une crise sanitaire et économique quasiment sans précédent. Parmi les très nombreux secteurs touchés, les clubs amateurs n’échappent pas aux coups durs. Vecteur de lien social, le football manque à la majorité de nos footeux, qu’ils évoluent avec une bande de potes en 4 e provinciale, ou à un niveau quasi semi-professionnel en D2 ACFF.
Alors que les derniers chiffres montrent que le virus perd en intensité ces derniers jours, le flou est encore total quant à une reprise dans les séries nationales et provinciales. Quand ? Comment ? Pour combien de temps ? Autant d’interrogations qui taraudent l’esprit de nombreux acteurs du ballon rond.
P3-P4 favorables à 
une saison blanche
Nous avons ainsi posé quatre questions aux entraîneurs actifs dans notre arrondissement, afin de voir si une ou plusieurs tendances se dégagent, avec plusieurs possibilités de réponses et l’occasion, évidemment, d’y apporter des nuances et précisions. Ces réponses sont pour le moins partagées, comme vous pouvez le constater dans nos quatre graphiques. Nous avons aussi pu remarquer que les entraîneurs de P3 et P4 sont davantage favorables à une saison blanche, mais, paradoxalement, sont aussi ceux qui souhaitent le plus une reprise des entraînements dans les prochaines semaines.
Changement de formule, matches en semaine, manque du football, mais aussi avenir du football amateur : nos coaches n’ont éludé aucun sujet. S’il est impossible de retranscrire les avis de chacun, nous avons sélectionné plusieurs déclarations pour chacune des questions. En attendant, espérons-le, un retour à la vie normale dans les prochains mois dont le foot amateur se délectera - enfin - à coup de fêtes et autres enlaçades, sans lesquelles ses semaines ne sont décidément plus les mêmes.
 
MAXIME HENDRICK
(AVEC C.R., G.T. ET L.B.)
 
 

Faut-il reprendre  les championnats ?  

C’est la question qui est sur toutes les lèvres et où les avis divergent pas mal. Faut-il décréter une saison blanche ? « Non, la moins mauvaise des solutions, pour moi, serait de jouer tous les matches, même en semaine, si c’est possible », rétorque Marc Segatto, le coach de Verlaine. « Nous aurions moins d’entraînements, on jouerait à la place. Je n’ai pas non plus envie de jouer 15 matches, ce ne serait pas normal. » Son de cloche semblable chez son homologue stockali, Philippe Caserini, qui évoque une autre formule. « On pourrait faire des mini play-offs, mais si on sait tout jouer, autant le faire. Jouer en semaine ou à Pâques ne me dérange pas, à mon époque à Eupen on avait disputé 7 ou 8 matches sur un mois à cause des remises. Pour jouer en nationale, il faut parfois se sacrifier. »
À Hamoir, Raphaël Miceli a une nouvelle formule bien en tête pour la reprise en nationale.
« Deux séries de 8 »
« On pourrait faire deux séries de 8 équipes, par zone géographique, en recommençant à zéro. Ça ferait 14 matches à jouer, ça ne surchargerait pas le 2 e tour et ce serait équitable, avec des matches à domicile et à l’extérieur. C’est pour moi la moins mauvaise solution. » Pas question pour lui de tout le temps jouer en semaine. « Ce serait voué à l’échec total, dès qu’il y aura des cas de Covid il faudra reporter deux matches. Si l’ACFF n’est pas prête à changer de formule, on se dirige à mon avis vers une saison blanche. » Du côté de Warnant, Stéphane Jaspart ne souhaite pas non plus jouer en semaine. « Il ne faut pas déconner, ce n’est pas pareil qu’un entraînement, il faut être là plus tôt et nous n’avons pas des éclairages de D1. C’est juste une solution d’appoint. Le championnat est de toute façon faussé, on ne joue pas une saison sur 4 mois. Il faudrait peut-être changer la formule, avec un genre de play-offs après 15 matches. »

Faut-il reprendre  les entraînements ?  

 

Faut-il reprendre les entraînements dans les prochaines semaines ? Là aussi, le débat est très disputé, avec 50,7 % des coaches répondant « Non, ce n’est pas la priorité », même si beaucoup apportent des nuances à leur réponse. « Égoïstement j’aimerais reprendre assez vite, mais j’ai envie de dire non », souffle Steve Dessart, joueur-entraîneur de Waremme. « Aller au foot mais ne pas pouvoir vraiment fêter Noël en famille n’est pas cohérent. » Un avis que partage Stéphane Jaspart. « Ce serait absurde de se retrouver bientôt à 25 sur un terrain, mais de ne pouvoir fêter Noël qu’à 5 ou 6. Et puis, vis-à-vis des restaurateurs et des gens au chômage, je ne nous vois pas reprendre avant janvier, ce ne serait pas juste pour ces gens-là. » Thierry Deprez, mentor de Fize, abonde au niveau sanitaire. « Reprendre les entraînements n’est pas la priorité, c’est la santé, nous n’en avons qu’une. Les chiffres sont toujours alarmants malgré la légère amélioration. »
« des prises de sang »
Reste que si une reprise des championnats est officiellement fixée par l’ACFF, plusieurs semaines d’entraînements seront nécessaires en amont. « Même s’il ne faudra pas refaire une préparation de six semaines car elle a déjà été faite », indique Marc Segatto. « Reprendre trois semaines avant la compétition serait super, mais si je pouvais je reprendrais maintenant en respectant les précautions sanitaires. J’ai d’ailleurs prévu, avec un docteur, de faire des prises de sang aux joueurs pour voir s’ils ont fait des anticorps et séparer les vestiaires en fonction des résultats. » Philippe Caserini aimerait lui reprendre mi-décembre, si le contexte sanitaire le permet. « J’espère retrouver les entraînements le 14 décembre, nous en avons aussi besoin pour le moral. Nous sommes des compétiteurs, mais il ne faut pas non plus aller contre la crise sanitaire. Reprendre voudrait dire qu’on contrôle la pandémie. »
 
 
 
 

Comment vivez-vous ce nouvel arrêt du football ?  

 
L’impact de cette crise n’est pas que financier ou sportif, le moral est souvent atteint, notamment chez nos footeux, même s’il faut en général plus parler d’un grand manque. « Jouer au foot n’est pas le plus important, mais pour le moment la vie se résume beaucoup à maison-boulot-dodo », glisse Marc Segatto. « Le foot, c’est ma vie, je suis malheureux quand je ne vois pas mes joueurs aussi longtemps. Il est un équilibre, c’est un gros manque, mais j’ai au moins encore la chance de travailler. » Un manque que partage Raphaël Miceli. « Il y a plus grave dans la vie, mais je place le football sur le même pied que les autres plaisirs, comme aller au restaurant ou à un spectacle. Ça commence à devenir long. » Idem pour Thierry Deprez et Steve Dessart, qui savent aussi relativiser cet arrêt forcé. « Le football me manque à crever (sic), j’ai très envie de retrouver le terrain et mes garçons, même s’il y a plus important dans la vie », indique le T1 de Fize. « J’ai beaucoup d’activités, nous sommes des privilégiés d’aller au foot et je pense aux domaines qui ont dû arrêter, notamment aux restaurateurs », embraye le Wawa.
Luc Ernès se remet sur pieds
Directement touché par le Covid-19 il y a quelques semaines, Fabrice Pavone (Fraiture) prend désormais la situation au sérieux. « Je pensais que ce n’était rien avant de l’avoir. J’ai tout le temps fait attention, et pourtant je l’ai chopé. J’ai perdu 4kg et l’odorat pendant 15 jours. Je l’ai attrapé à l’école car je suis prof, certains ne respectent pas le port du masque, d’autres boivent dans les mêmes bouteilles. » Enfin, Luc Ernès, le tacticien de Faimes, profite de ce nouvel arrêt pour se remettre sur pieds. « Ce confinement est finalement bien tombé pour moi car je me suis fait opérer à la hanche fin octobre. Au moins, je ne fais pas de bêtises pendant ma rééducation qui doit durer six semaines (sourire). Je marche maintenant sans béquilles, je me réjouis de retourner au foot. »
 

  

 

Le football amateur  va-t-il devoir se réinventer ?

Voilà aussi une question légitime, alors que l’argent semble prendre de plus en plus de place également au sein du foot amateur (qu’il soit national ou provincial, d’ailleurs). Un sujet publiquement tabou, mais que pointent tout de même du doigt certains entraîneurs. Cette crise va-t-elle obliger certains clubs à dépenser moins pour les joueurs, surtout dans les plus bas échelons ? « J’espère que ça va faire réfléchir certains dirigeants, quand je vois qu’en P4 des clubs payent 200, 250 euros la victoire », déclare David Robin, T1 d’Oleye en P4A. Son de cloche identique en P3, chez Pierre Destexhe, de Stockay B. « En P3 aussi il y a trop de sous. Désormais, les joueurs demandent combien ils gagnent avant de savoir le nom du coach. Jusqu’en P1, le foot doit rester avant tout un hobby. »
À Templiers-Nandrin, en P2A, Fabrice Piters avance quant à lui une proposition inédite pour le mercato.
« Quatre changements »
« En cas de saison blanche, je trouve qu’il faudrait interdire les transferts lors du prochain mercato. Certains clubs ont dépensé beaucoup d’argent pour mettre une équipe en place, ce serait dommage qu’il soit gâché. Je trouverais logique que les joueurs soient obligés de rester dans leur club. » Quant au règlement, Éric Kerstenne, actif à Momalle, a aussi une proposition. « Pourquoi ne pas autoriser 4 changements ? Les pros ont droit à 5 remplacements depuis l’apparition de la crise sanitaire. Très souvent, il y a 4 joueurs sur le banc donc cela veut dire qu’il y en a à chaque fois un qui n’a pas le droit de monter au jeu, c’est dommage. » En nationale, le foot devra-t-il aussi se réinventer ? Peut-être avec des aides extérieures. « Il faudra plus de subsides et d’aides communales, il ne faut plus que les présidents soient seuls », avance « Casé »
 
MAXIME HENDRICK
(AVEC C.R., G.T. ET L.B.)
 

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