L’armée va recruter !!!

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L’armée va recruter 10.000 personnes 

La ministre veut aussi augmenter les salaires des personnels de la Défense 

ENTRETIEN : BENOÎT JACQUEMART
 
La Tournaisienne Ludivine Dedonder, 43 ans, occupe depuis un peu plus d’un mois le poste de ministre de la Défense. Ce mardi, elle va se livrer pour la première fois au difficile exercice de la présentation d’une note de politique générale devant les députés. Voici les points forts de son plan pour l’armée.  

Quels sont les points forts de cette note et que voulez-vous mettre en avant ?
 
D’abord, il faut dire que la Défense est confrontée à des défis majeurs.
Des investissements importants ont été consentis en matériel. l’enjeu aujourd’hui, c’est d’investir au niveau du personnel.
 
C’est la première priorité ?
 
C’est une des premières priorités.
Notamment au niveau du recrutement.
Il y a plusieurs éléments.
À situation inchangée, on a aujourd’hui 24.500 personnes qui travaillent au sein de la Défense.
La courbe prévoit que, début 2025, il n’y aurait plus que 20.500 personnes.
On va donc recruter, sur la législature, plus de 10.000 personnes.
 
Militaires et civils ?
 
On va renforcer le nombre de civils.
Aujourd’hui, on a 5 % de civils au niveau de la Défense belge.
Les autres pays en ont 20 %. Nous voulons tripler ce nombre.
 
En 2020, on devait déjà recruter 2.300 personnes.
 
On en est où ?
 
Si vous allez sur le site de la Défense, vous verrez par exemple que l’on recherche 800 sous-officiers.
 
Avec de très nombreux profils. Tous les demandeurs d’emploi sont les bienvenus.
 
L’armée n’attire pas ?
 
C’est quoi, le problème ?
 
Je pense qu’il y a différents aspects.
Effectivement, il y a besoin d’attirer.
 
Justement, est-ce que les gens se rendent compte que la Défense, c’est une multitude de métiers différents ?
 
On a vu et on voit l’importance de la Défense pour l’aide à la nation.
 
On a vu, suite aux attentats, des militaires dans les rues.
 
On les voit aujourd’hui disponibles pour aider dans les hôpitaux et ailleurs.
 
Ils étaient peu nombreux, lors de la première vague du Covid…
 
Ils étaient 160.
Dès que je suis arrivée, j’ai demandé une analyse détaillée des capacités.
 
Aujourd’hui, on a 1.850 personnes qui sont immédiatement détachables pour venir en aide.
 
Ces 1.850 étaient déjà disponibles, alors ?
 
Ah… Je ne vais pas parler du passé mais dès mon entrée en fonction, j’ai demandé ce qu’on pouvait mobiliser.
 
L’armée est là pour aider son pays. Quand des militaires sont en mission à l’étranger, c’est aussi pour aider le pays et sa sécurité.
 
Pour en revenir à la question : comment attirer du nouveau personnel ?
 
Comme j’ai dit, il faut d’abord faire connaître tous les métiers.
 
On voit dans le cadre de la crise sanitaire tout ce que les militaires peuvent faire.
Il y a des opportunités à aller chercher.
 
Qui peut dire aujourd’hui qu’il va engager 10.000 personnes ?
 
C’est une opportunité pour la relance économique.
 
Vous parlez aussi des jeunes…
 
Oui, des jeunes peu ou pas qualifiés.
 
L’objectif est de donner des perspectives de carrière.
 
On pourra aussi, avec la réserve, proposer des temps partiels.
 
Exemple : un jeune veut s’installer comme mécanicien indépendant mais, au départ, c’est un peu compliqué.
 
On peut lui proposer de travailler à l’armée deux jours par semaine et de travailler par ailleurs pour son métier de mécanicien.
 
D’autres actions pour attirer des candidats ?
 
Oui. Ça peut faire sourire mais c’est important de montrer dès le plus jeune âge ce que fait la Défense.
 
On va organiser des stages dans les différentes composantes pour les jeunes de 14 à 18 ans, pendant les vacances scolaires.
 
Quoi d’autre ?
 
On se rend compte que beaucoup de militaires partent vers 30, 35 ans.
 
Il faut donc travailler sur les conditions et le cadre de travail.
 
On prévoit 1,5 milliard pour la rénovation des infrastructures.
 
Ça concerne les quartiers existants, mais aussi la construction de ce que j’appelle les quartiers du futur, avec une armée plus ouverte sur le monde et en lien avec la société civile et le monde économique, de l’enseignement.
 
Ces deux quartiers seront construits un en Flandre et un en Hainaut.
 
On parle aussi de revalorisation salariale…
 
Une étude a été commandée auprès de Deloitte justement pour voir, entre les différents métiers de sécurité, où la Défense se situait.
 
On sait que les militaires sont moins bien payés ?
 
Combien, on sait ?
 
Ça fait partie de l’étude.
 
Mais il y aura une revalorisation.
 
 
Article de par BENOÎT JACQUEMART
 
 

« J’invite les femmes à découvrir l’armée »  

Quelle est la proportion de femmes dans l’armée ?
 
Pour le moment on est à 9 %.
 
Est-ce qu’on pourrait imaginer un jour une femme chef de la Défense, comme on l’a vu à la police ?
 
Bien sûr, je l’espère.
 
Mais forcément, actuellement, ce sont plutôt des jeunes.
 
Parce que les mentalités commencent à évoluer et que des jeunes femmes ont envie de s’engager.
 
Cela dit, il y a des femmes haut gradées à la Défense.
 
Y aura-t-il une action spécifique de recrutement vis-à-vis des femmes ?
 
 
Non, parce que c’est global.
 
Il est écrit dans la note que l’on veut une diversité dans les profils, que ce soient des femmes, que ce soit l’origine, que ce soient des civils.
 
On doit toujours revenir à la question : comment montrer l’ensemble des métiers de la défense ?
 
 
Et en fonction de ça, des femmes vont avoir naturellement envie de s’engager.
 
Est-ce que vous engagez les femmes à venir à l’armée ?
 
Oui, je les invite à découvrir les différents métiers de l’armée et elles en auront beaucoup moins peur !
 
On l’a dit, vous êtes la première femme ministre de la Défense.
 
Vous vous y attendiez ?
 
 
C’était la volonté de Paul Magnette (président du PS, NdlR).
 
Il y avait d’abord la volonté de reprendre le département de la Défense.
 
Et ensuite d’y nommer une femme, pour casser les codes et pour apporter une autre sensibilité.
 
C’est pour cela que je suis là.
 
Quand j’étais échevine (à Tournai, de 2006 à 2019, NdlR), mon idée, c’était le service à la population.
 
Finalement, ici, je m’y retrouve assez bien.

Nouveau : un département cyber  

B.J.

 

Sous cette législature sera lancée une composante « cyber » à l’armée. On est un peu étonné que ça n’existe pas encore… « Il y en a déjà qui travaillent, notamment au service de renseignement », dit la ministre. « Ça existe et, dans un premier temps, on va continuer à travailler dans ce sens. On va recruter des profils qui sont parfois atypiques. Des gens qui sont des petits génies de l’informatique et qui n’ont pas nécessairement fini leurs études. Ça, ça nous intéresse aussi, dans notre logique de formation. Et après, oui, d’ici la fin de la législature, on espère mettre sur pied une cinquième composante, la cyber. »
 
Budget
 
Est-ce vraiment le rôle de l’armée ? Il y a aussi la Sûreté de l’État. « Ce sera une collaboration. La Sûreté, c’est l’information. La Défense, c’est l’opérationnel. Il faut d’abord mieux protéger nos systèmes et assurer la sécurité. » Mais ne sera-t-il pas difficile de recruter des profils pointus alors que le privé offre sans doute de meilleurs salaires ? « Les profils dont je parlais pourront se former à l’armée, par exemple. La création de ce département devrait de toute façon attirer. (…) Nous devons redoubler d’efforts et de moyens dans ce monde numérique qui s’est très rapidement développé. On va aller chercher des moyens dans le cadre du plan de relance. La cybersécurité est un domaine clé. Ce sera un élément prioritaire du plan de relance. Donc là, ce seront des moyens à part. »
 
Sur le budget, le département de la Défense va devoir faire des économies ? « Eh bien, écoutez, détrompez-vous. Oui, il y a un accord de gouvernement qui dit que l’on va devoir faire des économies, dans le cadre du Covid. Comme nous sommes actifs dans le cadre de la crise sanitaire, on a un effort moindre à réaliser : 0,89 %, c’est-à-dire 22 millions. Mais dans le même temps, notre budget suit une trajectoire avec, dans le budget 2021, 500 millions d’augmentation. On reste donc toujours en augmentation, même en rognant de 22 millions. » Ce qui permettra de recruter et de revaloriser les salaires, même si, reconnaît la ministre, on ne pourra pas tout faire en même temps.
 
Est-ce que l’on pourrait revenir sur des marchés, comme celui de l’achat des F-35, très controversé et d’ailleurs combattu en son temps par le PS ? « Non », répond M me Dedonder. « L’objectif n’est pas de revenir sur tout ce qui a été fait dans le passé. Revenir sur cet achat indurait des pénalités énormes. Diplomatiquement, ce ne serait pas idéal non plus. (…) C’est un choix qui a été fait par le passé, je l’assume. »
 
Article de par BENOÎT JACQUEMART
 
 
 

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