C’est le grand ras-le-bol des directeurs (et directrices) d’école

Lien permanent

La crise sanitaire pourrait bien « achever » les directeurs d’école

Plusieurs montent au créneau et demandent le droit de travailler dans des conditions acceptables 

 

C’est le grand ras-le-bol des directeurs (et directrices) d’école : « Les directions sont noyées par le travail engendré par les milliers de pages des circulaires envoyées par la Fédération Wallonie-Bruxelles lors de cette rentrée. Sans compter la charge de travail trop importante qui leur incombe habituellement ». Bruno Hendrickx est le directeur de la section primaire du Collège Cardinal Mercier, à Braine-l’Alleud. Il réclame, pour lui et ses collègues, « le droit de travailler dans des conditions qui soient humaines et acceptables. »  
 
M. Hendrickx n’est pas le seul directeur à tirer la sonnette d’alarme.
 
Ce collègue bruxellois a choisi de donner, de façon (faussement ?) ludique, son emploi du temps du début de matinée.
 
Un vrai marathon
 
« Un directeur est sur le pont dès 7h15, il veille à ce que son école « roule » (…) C’est à ce moment-là que les enseignants malades préviennent… (actuellement entre 8 et 25 % d’absences à gérer dans les écoles bruxelloises).
 
Le marathon débute », écrit Marc Bouhy, qui gère une école accueillant 600 élèves. « À la demi-douzaine de SMS que nous pouvons recevoir le matin prévenant d’une absence, s’ajoute instantanément l’organisation des remplacements… »
 
Il poursuit : « 8h10 : je rencontre les parents qui stationnent devant mon bureau…
 
Souci de compréhension de facture, parents stressés par les classes vertes ou une dispute entre enfants… 8h79…
 
Oui 79 (nous avons une gestion du temps bien à nous), gérer le retard d‘une enseignante bloquée dans le train, 8h120 : commencer à lire ses mails (…) 9h05 : tenter d’encoder des évaluations pour l’administration.
 
Se dire qu’il faudrait expliquer à la Fédération comment importer un fichier Excell. 9h16 : une gamine a trébuché sur un tabouret… Réaliser une déclaration d’accident… Appeler les parents… 9h17 : Souffler. 9h17 30’’ : recevoir une photo d’un radiateur qui fuit dans une classe… 9h35 : la cellule tracing nous informe que la semaine passée un élève a été en contact avec le Covid… La quarantaine étant d’une semaine et la contamination également… les deux s’annulent non ? »
 
Travail colossal
 
Marc Bouhy a noirci ainsi plusieurs pages.
 
« Cela fait plus de 4 ans que je dirige une école primaire (…) J’en ai vu arriver des directrices et directeurs qui, malgré leurs qualités ont disparu, usés, fatigués », dit-il.
 
« Depuis la crise sanitaire, la situation s’aggrave.
 
Ce sont maintenant les directions qui ont le plus d’expérience qui jettent l’éponge (…) Ma carte blanche ne s’adresse pas à ceux qui préfèrent se mettre la tête dans le sable plutôt que de mener des politiques volontaristes visant à permettre aux écoles de « juste » fonctionner, mais à toute personne qui ne se doute pas du travail colossal réalisé au quotidien. »
 
 
Le Covid n’a pas amélioré la situation pour les directions. Prenons l’exemple de la pénurie des enseignants, déjà criante avant le virus. Les statistiques annonçaient, au 4 octobre, 290 membres du personnel positifs au Covid et 422 nouvelles mises en quarantaine.
 
Sans doute insignifiant sur cent mille postes, mais allez le dire aux directions confrontées à plusieurs cas ?
 
« La situation est devenue intenable dans les écoles fondamentales avec le Covid et les mesures sanitaires et pédagogiques imposées et nécessaires.
 
Et croyez bien qu’aucune direction ne rechigne au travail », insiste M. Hendrickx.
 
 
« Mauvaise farce »
 
Pourtant, la ministre a pris des mesures récentes pour soulager les directions, non ?
 
« J’étais heureux d’entendre que cela bougeait, mais lorsque j’ai pris connaissance des mesures, j’ai cru à une mauvaise farce », reprend-il.
 
« La ministre assouplit, de manière exceptionnelle, les conditions à l’embauche afin de pouvoir remplacer plus vite les enseignants absents pour cause de Covid ou de quarantaine.
 
L’idée est bonne mais il n’y a plus un seul enseignant sur le marché, ni le moindre intérimaire (…) Les directions se demandent si la ministre a un sens de l’humour bien développé ou ne se rend pas compte de la situation de terrain. »
 
Bref, en la circonstance, l’humour semble pour les directions d’école la politesse du désespoir.
 
Mais la colère est bien là…
 
 
Article par DIDIER SWYSEN
 
 
 

Caroline Désir dit assouplir les règles autant que possible 

 

La ministre de l’Éducation, Caroline Désir (PS) le dit et le répète : « Les directions doivent maintenir le cap, nous devons entendre leur souffrance et tenter de les aider (…) Trouver un équilibre dans les canaux de communication n’est pas chose aisée. Les circulaires sont souvent nombreuses en période de rentrée », explique-t-elle.
 
« Le contexte sanitaire actuel dicte en permanence des évolutions dans les normes et impose de modifier régulièrement le cadre de fonctionnement des écoles (…) Chaque fois que j’adapte une circulaire, les deux ou trois pages d’introduction suffisent généralement pour prendre connaissance des derniers changements. »
 
Obligations allégées
 
La ministre insiste : « Les circulaires allègent les obligations le plus possible. Je me rends compte du travail colossal accompli par les directions depuis le 15 août et de la charge qui pèse sur leurs épaules. Je remercie encore une fois l’ensemble des directions et des équipes éducatives qui sont à pied d’œuvre ».
À propos des remplacements, M me Désir rappelle que la durée de l’absence doit, normalement, être d’au moins dix jours.
 
« Or, certains certificats liés à la Covid-19 ne sont rendus que pour de courtes périodes. Après concertation, j’ai décidé de procéder à un assouplissement des règles, je compte permettre de procéder au remplacement du membre de personnel dès le premier jour d’absence et quelle que soit la durée prévisionnelle de celle-ci (…) De toute façon, les membres du personnel sous certificat de quarantaine n’étant pas en incapacité de travail restent à disposition de leurs pouvoirs organisateurs et de leurs directions. »
 
Affiches explicatives
 
La ministre de l’Éducation a aussi décidé d’aménager le délai de dépôt des plans de pilotage de la deuxième vague. Les écoles qui le souhaitent pourront déposer leur plan de pilotage jusqu’au 15 décembre 2020 (au lieu du 12 octobre).
 
Enfin, des affiches explicatives et simplifiées des procédures à mettre en place en cas de Covid dans les écoles ont été envoyées à l’ensemble des directions. Elles ont pour objectif d’aider les écoles à mettre en place une communication plus fluide dans l’application des protocoles.
 
Article par DIDIER SWYSEN
 

Commentaires

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel