Les premiers arboretums du futur ont été plantés

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Les trois étés que venons de vivre, et même les autres saisons, montrent clairement que les changements climatiques, ce n’est plus du pipeau.

 

L’ensemble de la végétation, dont les arbres, souffre, d’autant plus que la sécheresse est de surcroît doublée par la présence de divers pathogènes et insectes ravageurs.

Le plus visible d’entre eux depuis deux ans est le scolyte de l’épicéa.

Les attaques, deux ou trois fois par an, sont d’autant plus virulentes qu’il fait sec et que les arbres fragilisés ne savent plus se défendre en créant de la résine protectrice. Des mélèzes sont aussi touchés.

Avant eux, il y a eu le scolyte du hêtre, puis plus récemment la chalarose du frêne, et d’autres comme la pyrale du buis, la graphiose de l’orme, etc.

Les sylviculteurs savent qu’il va falloir réagir et tenter d’adapter notre forêt à ces changements, pour en limiter les effets néfastes. La Société Royale Forestière de Belgique (SRFB) a pris les devants en initiant un vaste programme intitulé « Les arboretums du futur », initié en 2018, pour les 125 ans de cette association.

L’automne 2019 et le printemps 2020 ont permis de réaliser les premières plantations expérimentales. L’objectif reposait initialement sur l’identification d’essences pour adapter les forêts au changement climatique qui modifie et va modifier leur visage et leurs fonctions.

 

«Les changements climatiques ne sont pas neufs»

« Ce changement n’est pas unique dans l’histoire du monde, mais il est plus rapide que jamais », veut rassurer Nicolas Dassonville chargé de ce dossier à la SRFB. « La forêt a de tout temps changé.

Il y a 65 millions d’années, la forêt de l’hémisphère nord était celle d’un climat tempéré proche du nôtre avec des chênes, des érables, des douglas, des séquoias et des merisiers.

Puis il y a eu érection des chaînes montagneuses il y a 15 millions d’années, avec séparation des continents et isolement des forêts, ce qui explique que les chênes d’Europe ne sont pas les mêmes que ceux d’Amérique.

Puis il y a eu une période de glaciation il y a 400.000 ans, avec un impact majeur sur notre biodiversité. De - 400.000 à -12.000 ans, les douglas, séquoias, tulipiers par exemple ont disparu. Nos paysages correspondaient à une toundra.

Puis des espèces pionnières (pins, bouleaux) sont réapparues 8000 ans avant notre ère. Puis des noisetiers, des tilleuls, des aulnes. Le chêne revient vers - 4000 ans. La hêtraie actuelle n’a finalement que 3000 ans.

Evidemment, le climat se réchauffe actuellement de plus en plus vite et les phénomènes de migration des essences allant du sud vers le nord sont trop lents pour y répondre. Pour un chêne, on parle de 100 mètres par an.

C’est donc 100 fois trop lent, car les changements affectent déjà largement nos forêts. L’homme doit donc faire une migration assistée. »

La diversité des essences plantées est un gage de résilience de la forêt, de réaction positive à des attaques. Or, notre forêt repose essentiellement sur trois essences dominantes et sensibles à la sécheresse : hêtre, chêne et épicéa.

Il faut donc diversifier cette palette en allant chercher des essences extérieures, au sud, dans des climats qui se rapprochent du nôtre demain.

25 espèces ont été choisies

Le concept de ces arboretums repose sur certains critères stricts : économique (prise en compte de l’aspect productif et de valorisation du bois dans la région de plantation), écologique (résistance aux étés et aux hivers), et biologique (absence d’impact sur la biodiversité, comme les espèces invasives).

Un comité scientifique a validé les protocoles, à savoir la manière dont on plante et dont on assurera le suivi. 25 espèces ont été retenues, soit 20 originaires d’Europe occidentale, des Balkans et du Caucase, et 5 d’Amérique du Nord.

Il y a des espèces connues et communes déjà présentes ici (hêtre, chêne sessile, tilleul), mais leur provenance sera sudiste, comme des graines de hêtre venant des Cévennes, où les conditions de sol sont plus sèches.

Chaque essence choisie aura trois origines au minimum, pour élargir l’impact génétique. Et les plantations, réalisées après la mise en culture dans des pépinières (Paliseul, Sisteron en 2018-19), seront faites dans des climats et des sols différents partout en Belgique.

Tout ceci se fera en fonction des possibilités d’achat de graines, ce qui n’est pas toujours simple, à l’image du chêne de Hongrie dont les glandées ont été faibles l’automne dernier.

Vingt sites plantés, dont 16 en Wallonie

«Pour cette première saison de plantations en automne 2019 et au printemps 2020, vingt sites correspondant à 74 placettes expérimentales de 20 ares (16 en Wallonie, 4 en Flandre, 18 privées et deux publiques dans la commune de Daverdisse) ont été choisis selon les conditions de sol et de climat variables, ce qui correspond à environ 33.600 arbres issus de 11 espèces sur les 25 retenues», poursuit Nicolas Dassonville.

«Celles-ci seront suivies par des étudiants et des bénévoles pour en évaluer l’état sanitaire, de croissance et de conformation.»

 

 

Parmi ces premiers sites, une parcelle de 2,4 hectares située à Hamoir.

Pierre Pelzer, le propriétaire, explique que voici 100 ans, certains avaient déjà planté du douglas, dont un exemplaire de 45 m de haut trône toujours là, et que c’était à l’époque «une idée saugrenue. Ici, on a choisi des chênes pubescents, chevelus, sessiles –le pédonculé demande trop d’eau-, du cèdre de l’Atlas –dont les graines viennent du Ventoux-, des sapins de Nordmann et de Bornmuller, et du pin laricio. »

Ailleurs, on peut aussi voir des tilleuls à petites feuilles, et des pins maritimes et sylvestres.

«La première campagne de suivi montre que les reprises sont excellentes majoritairement, même si certaines ont été atteintes par des gelées tardives mi-mai, note Nicolas Dassonville.

«Les petits plants ont semble-t-il bien résisté à cet été sec.

On pourra déjà tirer de belles conclusions après 3-4 années, mais en termes de production pure de bois, il faudra attendre bien plus longtemps.»

Dès cet automne, six nouveaux sites seront plantés en complément avec d’autres essences comme le pin de Bosnie, le calocèdre, le cyprès de l’Arizona, le séquoia, le liquidambar et d’autres espèces de chêne.

Tout cela, en fonction, rappelons-le, de la disponibilité de graines recherchées un peu partout en Europe du sud ou en Amérique du Nord.

L’aide bienvenue des sponsors

Cette vaste campagne, fruit d’une volonté de la Société Royale Forestière de Belgique, n’est absolument pas –pour l’instant en tout cas- soutenue par des pouvoirs publics et l’ASBL a dû se tourner vers des sponsors privés pour assurer le financement, notamment pour les plantations, le fonctionnement du programme, l’achat de graines.

Les propriétaires des parcelles mettent quant à eux les parcelles à disposition et assurent les travaux de débroussaillage et la protection individuelle ou avec des clôtures, et seront évidemment propriétaires du bois au final.

Parmi les sponsors, citons Carmeuse, qui orchestre déjà dans ses carrières en exploitation ou non des programmes de replantation (des milliers d’arbres chaque année) et d’autres actions environnementales, mais aussi les Iles de Paix.

« Nous avons décidé cela pour notre 50ème campagne de récolte de fonds, l’an passé », commente Elodie D’Halluweyn.

« On s’allie logiquement au durable, à l’agroécologie que nous défendons dans nos programmes d’aide dans les pays en développement.

Nous avons ainsi vendu des bons à planter à 6 euros, le prix des fameux modules historiques.

Et nous avons reversé 60 cents par bon à la SRFB. L’action a très bien marché.

C’est un beau lien symbolique entre le nord et le sud ! »

 

Article par Par Jean-Luc Bodeux

Source Sudinfo 

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