«Fermer Tihange, c’est massacrer 3.000 emplois

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Dans l’accord de ce futur gouvernement devrait donc se trouver la confirmation de la sortie du nucléaire en 2025.
 
Une grande victoire pour les écologistes…
 
Même si elle s’est fait attendre.
 
En tout cas, une décision interprétée très différemment selon les spécialistes.
 
« La question n’est plus de savoir si c’est réalisable, car les scénarios existent, mais plutôt de connaître l’impact que cela peut avoir en termes de coûts et de climat », explique Arnaud Collignon, spécialiste des dossiers énergétiques pour Inter-Environnement Wallonie.
 
Factures inchangées…
 
Vu que des investissements devraient aussi être réalisés pour la mise en conformité (sécurité) des réacteurs nucléaires s’ils restaient ouverts au-delà de 2025, « cela ne change pas grand-chose en termes de coûts », reprend M. Collignon.
 
« Et en termes de production de gaz à effets de serre, on ne parle que de 1 à 2 % de différence.
 
Quant à la facture des ménages, elle ne bougera pas beaucoup dans l’une ou l’autre hypothèse. »
 
 
Si Inter-Environnement Wallonie se réjouit de cette partie du futur accord gouvernemental, c’est nettement moins le cas de Damien Ernst, ingénieur en électricité et professeur à l’Université de Liège.
 
« C’est un choix qui se révélera désastreux pour l’emploi. Fermer Tihange, c’est 3.000 emplois que l’on perd sur le grand Huy.
 
C’est un massacre social ! »
 
 
Pour le professeur liégeois, cela ne pourra pas être compensé par les emplois créés dans les 4 à 8 centrales au gaz qu’il estime nécessaires au remplacement du nucléaire : « Là, on parle peut-être de 30 emplois à chaque fois… ».
 
Faut-il encore que ce switch énergétique se passe sans black-out pour la population, ce que M. Ernst n’excluait pas sur sa page Facebook, il y a quelques jours à peine, si on n’arrivait pas à boucler la construction des centrales au gaz dans les temps (« à cause de l’Europe qui s’opposerait au mécanisme mis en place pour subsidier les centrales au gaz, mais pourquoi pas aussi à cause d’une crise du Covid s’étalant sur plusieurs années qui ralentirait les processus de construction »).
 
Jeudi, il nuançait : « Si tout se déroule sans accroc, on peut sans doute être prêt à temps avec les nouvelles centrales au gaz et éviter des problèmes de black-out, mais c’est quand même un peu comme sauter de l’avion sans parachute et le coudre pendant la descente ».
 
… Ou plus chère de 150 € ?
 
Le professeur d’université voit d’autres inconvénients au switch : 20 millions de tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires (ces émissions atteignent, chez nous, un peu moins de 120 millions de tonnes chaque année) « qu’il faudra aller rechercher ailleurs pour atteindre nos objectifs climatiques », dit-il… « Et si on investit dans les énergies renouvelables, il faudrait mille éoliennes pour compenser la production d’un réacteur nucléaire. »
 
 
Sans oublier une hausse de la facture énergétique des ménages qu’il calcule à hauteur de 150€ par an, d’ici à 2025. « Les mécanismes de subsides pour les centrales au gaz, c’est de 350 à 400 millions d’euros par an », explique le scientifique.
 
 
« Il va bien falloir les trouver. C’est très clair que la facture va augmenter. »
 
 
Son estimation est bien supérieure à celles d’autres études. La ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR), avait estimé le coût de cette sortie du nucléaire à 15€ (hors TVA) par an et par ménage, à partir de 2025.
 
La N-VA avait, elle, évalué ce coût supplémentaire à 50€.
 
 
Article de  DIDIER SWYSEN
 

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