Il faut des tests sérologiques tous les 3 mois

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Le député Georges Dallemagne (cdH) insiste sur leur grande utilité dans les maisons de repos : « Je ne comprends pas les hésitations 

INTERVIEW PAR DIDIER SWYSEN
 
Il y a deux mois, Georges Dallemagne posait, dans votre journal, une question très forte : « À quand un genou en terre pour demander pardon à nos seniors ? »
Déplorant un manque d’humanité, le député fédéral cdH ne comprenait toujours pas comment on avait pu ainsi abandonner les personnes âgées dans les maisons de repos.
 
Il demandait alors d’urgence un plan d’action dans les homes. Un plan qui existe aujourd’hui.
 
S’il reconnaît que l’on a fait une partie du chemin, il se pose toujours quelques questions : « Je ne comprends pas les hésitations au sujet des tests sérologiques qui sont extrêmement fiables et importants », dit-il.  
 
 
Quand vous lisez ces plans d’action dans nos maisons de repos, vous êtes rassuré ?
 
Une partie du chemin a été accomplie avec la mise en place de ces plans d’action.
 
Il y a eu une prise en compte de la détresse humaine, de la cruauté finalement des mesures prises à l’égard des résidents des maisons de repos, de ces abandons, même de ces refus de soins.
 
C’était inacceptable. On est dans une phase où l’épidémie est moins inquiétante, malgré la crainte d’un rebond. Dans cette situation à gérer pendant de très nombreux mois, il y aura la nécessité de tenir compte de cette question humaine. Si ces personnes âgées ne sont pas en contact avec la société, elles vont mourir. Ces plans d’action existent, ça, c’est pour le bon côté des choses…
 
Mais… Parce que l’on sent qu’il y a un « mais » ?
 
Il faudra tirer toutes les leçons de ce qui s’est passé, tout ce temps perdu ; connaître les raisons pour lesquelles ces personnes sont passées sous les radars. Pourquoi est-ce si compliqué d’avoir des statistiques ? On ne voit toujours pas dans les statistiques quotidiennes quelle est la mortalité des résidents des maisons de repos…
 
Sciensano donne quand même chaque jour la moyenne des gens qui meurent à l’hôpital ou décèdent en maison de repos ?
 
Vu l’afflux moindre dans les hôpitaux, on peut imaginer qu’il y a plus de résidents de maisons de repos qui y sont envoyés. On ignore si ce sont eux qui meurent… On n’a toujours pas pris en compte que l’épidémie en Belgique s’est surtout passée dans les maisons de repos. Tout ce que l’on ne mesure pas, on ne le connaît pas et donc, on ne le gère pas. Il est indispensable d’avoir ces indicateurs tous les jours.
 
En parlant des plans d’action en Wallonie, à Bruxelles, vous parliez de beaucoup de bonnes choses. Il y en a qui vous inquiètent malgré tout ?
 
Il y a toujours ce sentiment d’infantilisation des résidents. Ils ne sont jamais acteurs de ce qui se passe, on ne demande jamais leur avis sur rien et on ne leur communique même pas les procédures prévues, les infos qui les concernent, alors qu’il existe des plans de com’ pour le personnel, les responsables politiques, les familles. Comme si les résidents n’étaient plus dans le champ social. Ils doivent être acteurs de ce qui se passe. Il y a aussi une autre lacune au sujet des tests…
 
C’est-à-dire ?
 
On énumère les catégories de gens qui doivent être testés. Il faut aller beaucoup plus loin et faire des tests sérologiques tous les trois mois dans les maisons de repos, des résidents et du personnel. On verrait ainsi une série de personnes qui ont une immunité, on pourrait voir si elle ne disparaît pas et aussi identifier ceux qui ont fait la maladie sans que l’on s’en aperçoive. Ce serait, en outre, une aide très précieuse pour améliorer notre connaissance du virus. Il faudrait donc des tests sérologiques tous les trois mois et des examens PCR, tous les quinze jours, pour ceux qui n’ont pas d’immunité. Cela me semble très important. Surtout que j’entends que certaines maisons de repos sont en train de se refermer : à quoi sert-il d’isoler quelqu’un qui a fait le Covid et est immunisé ? Cela n’a aucun sens.
 
Ne peut-on pas comprendre la prudence de certains homes ?
 
Oui, bien sûr, mais ces personnes veulent rester dans la vie… Et certains n’ont plus beaucoup de temps devant eux. Même dans ce cas, ces dernières semaines sont cruciales, pour les résidents et pour les familles. Cela aura une valeur importante dans la capacité de ces familles à faire leur deuil, le cas échéant. Ce sont des semaines à traiter avec un excès d’humanité.
 
On parle de ces tests sérologiques dans les plans d’action, non ?
 
Oui, mais on les recommande aux maisons de repos qui le souhaitent et on dit qu’ils ne seront pas remboursés…
Pas remboursés, dites-vous : l’explication résiderait dans un simple calcul budgétaire ?
 
Ou alors dans la fiabilité de ces tests ?
 
Ces tests sérologiques sont extrêmement fiables. Je ne comprends même pas ces hésitations du même type que celles sur les masques ou l’élargissement du testing. Tout se fait à petits pas, comme si certains ne voulaient pas se dédire par rapport à leurs positions précédentes. L’excuse budgétaire ? J’espère que non ! Ce test coûte dix euros. Même si on le fait trois ou quatre fois par an et qu’on l’étend au personnel, on arriverait peut-être à 6 ou 7 millions par an ; ce n’est pas du tout excessif par rapport à l’enjeu. Comme on ne sait d’ailleurs toujours pas très bien quelle est la séro-prévalence dans la population, alors qu’il suffirait d’un échantillonnage sur quelques milliers de Belges (par tranche d’âge, par région, etc.) pour en savoir beaucoup plus. Je ne comprends pas très bien pourquoi on ne le fait pas…
 
Il y a d’autres choses qui manquent, selon vous, dans les plans d’actions ?
 
Oui. Les personnes âgées ont accusé le coup psychologiquement, affectivement, socialement et nutritionnellement. Certaines sont sorties de cet épisode désorientées et fragilisées. Elles étaient enfermées au propre comme au figuré, parfois on bloquait portes et fenêtres pour qu’elles ne s’échappent pas ! Il faut un programme de revalidation psychosociale. Pas seulement l’assistance d’un psy. J’ai vu des gens sortir un jour à la mer ou en famille et reprendre goût à la vie en quelques heures. J’insiste aussi sur l’aspect nutritionnel : certains ont perdu du poids, mais je ne vois pas un mot dans les plans d’action (…) Je trouve qu’il faudrait également instaurer des équipes volantes pour assister les homes en cas de besoin et composées, au minimum, d’un infectiologue, d’un psy et d’un responsable des équipements…
 
Article rédaction INTERVIEW PAR DIDIER SWYSEN
 
 
 

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