L’ONE confirme que les enfants ne sortent pas suffisamment et avance des pistes

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Les enfants doivent davantage jouer à l’extérieur!

Enfants et jeunes passent moins de temps à l’extérieur que leurs parents au même âge. « La densification de la circulation routière, le surinvestissement des écrans ou encore l’évolution sécuritaire de notre société expliquent en partie ce constat », résume une enquête commandée par l’ONE autour de la problématique de l’investissement des espaces extérieurs par les enfants et les jeunes. Les résultats sont là : dans près d’une famille sur 10, les enfants ne jouent jamais dans un espace extérieur privé durant l’été. En hiver, c’est pis : c’est le cas dans une famille sur 5 ! Restent alors les espaces publics. Mais là encore, l’investissement ne semble pas suffisant.

Outre le fait que certaines familles ne disposent tout simplement pas de jardin ou de cour (8 %), le mode de vie familial est aussi responsable de ce désinvestissement. « Le rythme effréné de certaines familles limite le temps passé avec l’enfant, à l’intérieur et à plus forte raison à l’extérieur », résume l’étude. « Cela a un impact aussi sur les possibilités de créer avec les voisins des liens sociaux, propices au développement d’une « confiance collective » encourageant les parents à laisser davantage d’autonomie à leurs enfants dans les espaces extérieurs. »

Et, malheureusement, on ne peut pas dire que le confinement ait amélioré les choses : « Que du contraire, la plupart du temps », indique Anne Baudaux, conseillère à la Direction Recherches et Développement à l’ONE. « Raison de plus pour en parler ! ». D’autant que, rappelle la conseillère, « investir l’espace extérieur contribue grandement au développement global des enfants et des jeunes et particulièrement à leur santé physique, motrice et psychologique, à leur socialisation, à l’éveil des sens… ».

 

Pour enrayer cette tendance, l’ONE pointe l’importance de vérifier que les messages véhiculés ne soient pas trop « vecteurs de peur ». Par exemple, si une communication indique qu’avaler de la terre n’est pas bon pour les enfants, il faut éviter que cela se transforme en une crainte de laisser ses enfants jouer dans la terre.

L’étude a également permis de mettre en évidence que la météo ou le manque de temps sont des freins pour les parents. Des freins que déconstruit Anne Baudaux : « Profiter de l’extérieur ne nécessite pas forcément d’y faire une activité ou d’y consacrer une demi-journée. Et même s’il pleut, on peut y aller. On y va moins, mais on y va et on s’équipe. Le climat, c’est aussi une découverte pour les enfants et il peut être une nouvelle source d’émerveillement. »

Dans toutes les communes

Atténuer les craintes et les contraintes n’est par contre pas suffisant. La qualité des espaces publics auxquels les familles ont accès – lorsqu’elles y ont accès – varie d’un quartier à l’autre et peut parfois procurer un sentiment d’insécurité. C’est pourquoi l’une des recommandations de l’étude consiste en l’adaptation ou le développement d’espaces extérieurs publics dans toutes les communes, afin de les rendre appropriés aux enfants et aux adultes.

Si de nouvelles structures de qualité voient le jour, cela sera également bénéfique pour les milieux d’accueil. Même si, dans les crèches, il semblerait que les petits bouts jouent davantage dehors (voir ci-contre), avoir accès à un espace public proche et sécurisé ne peut que renforcer la pratique.

De même, l’étude recommande également de développer les compétences des agents de l’ONE dans le domaine de l’investissement de l’espace extérieur via des formations ou des journées d’études. Une manière d’encourager les professionnels à faire sortir les enfants dont ils ont la garde.

Ramener les plus jeunes dans la nature ou tout simplement à l’extérieur ne se fera pas en un claquement de doigts. Et cela ne reposera pas uniquement sur les épaules de l’ONE : les différentes instances décisionnelles doivent elles aussi être sensibilisée à la problématique afin d’encourager l’investissement financier et humain.

Les vacances semblent en tout cas être un bon moment pour réinvestir l’espace extérieur. Surtout après la période particulière que l’on a connue et les nombreuses activités organisées par écran interposé. « C’est l’occasion pour les enfants aussi de libérer toute l’anxiété accumulée en profitant par exemple des activités confirmées en extérieur cet été ! », conclut Anne Baudaux.

Les mauvaises rencontres préoccupent les parents

Tous les enfants n’ont pas la chance de pouvoir s’aérer sans quitter l’enceinte de la maison. D’après l’enquête, 12 % des parents affirment ne pas disposer d’espace extérieur ou de disposer d’un espace, mais très petit.

Lorsqu’ils peuvent jouer dans un espace extérieur privé, les plus jeunes enfants le font bien souvent sous la surveillance de leurs parents. Malgré tout, 33 % des parents affirment que leur enfant de moins de trois ans peut jouer sans surveillance. Entre 4 et 6 ans, ils sont deux fois plus nombreux à l’autoriser. « L’enfant acquiert rapidement de l’autonomie, bien que celle-ci dépende des dangers perçus par les parents », constate l’enquête. Parmi les principaux dangers, relevons les espaces mal fermés, le risque de chute, les objets dangereux, la présence d’animaux ou d’un plan d’eau.

À proximité du domicile

À défaut de profiter d’un jardin ou d’une cour extérieure, les enfants peuvent toujours sortir de chez eux pour s’aérer. Les parents choisissent alors généralement un espace à proximité de leur domicile. « En milieu urbain, ce sont davantage des espaces aménagés et construits comme les parcs, les rues, trottoirs et places qui sont investis, alors qu’en milieu rural, ce sont davantage des espaces naturels comme les bois, les champs, les rivières, mais aussi les chemins et RAVeL qui sont investis par les enfants », détaille l’enquête.

Sans grande surprise, les parents accordent moins rapidement d’autonomie à leur enfant lorsqu’il s’agit de jouer à l’extérieur de chez eux. Ce n’est qu’à partir de 10-12 ans que la majorité d’entre eux (plus de 60 %) acceptent de laisser leur enfant sortir seul, à proximité du domicile. Une proximité qui est aussi plus réduite pour les plus jeunes. Généralement, les parents qui l’interdisent considèrent que leur enfant est trop jeune (89 %), que l’environnement est trop dangereux (45 %) ou qu’il risque de faire une mauvaise rencontre (36 %).

Ces mauvaises rencontrent font d’ailleurs partie des principales craintes des parents puisque 57 % des répondants craignent la rencontre d’un adulte malintentionné. Ils sont autant à avoir peur que leur enfant soit victime d’un accident en jouant à l’extérieur de la maison. Ils sont d’ailleurs un tiers à penser que la réduction du trafic et l’établissement de zones sans voitures sont deux mesures pouvant permettre aux enfants d’aller plus souvent dehors.

 

Les milieux d’accueil de la petite enfance peuvent eux aussi permettre aux enfants de s’aérer en jouant à l’extérieur. Quasiment tous les milieux d’accueil (91 %) affirment que les enfants jouent au moins régulièrement (plusieurs fois par mois voire par semaine, NdlR) à l’extérieur dans l’espace privé durant l’été. « C’est avant tout la confiance du professionnel à gérer les activités extérieures qui semblent déterminer si les enfants vont sortir régulièrement à l’extérieur, ou pas. »

Près de la moitié des répondants des structures d’accueil (48 %) déclare également sortir avec les enfants dans un espace extérieur se trouvant à proximité du lieu d’accueil. Plaines de jeux, parcs, RAVeL, champs… les possibilités sont nombreuses ! Certaines activités sont malgré tout interdites dans certaines structures. « Les plus citées sont « grimper » (35 %), « dormir dehors » (17 %), activités avec animaux » (15 %) », souligne l’étude. « Relevons que jouer dans l’eau (8 %), jouer dans le sable, les graviers et la terre (7 %) ainsi que les promenades nature (6 %) ne sont pas autorisées dans certaines structures d’accueil. »

Mais si les milieux d’accueil sont conscients de l’importance pour les enfants de s’aérer, plusieurs freins sont toutefois pointés comme la lourdeur organisationnelle (50 %), le manque de moyens humains (34 %) ou encore le manque de motivation (26 %).

Comme les parents, les milieux d’accueils ont des craintes, mais des craintes différentes. Ici, les rencontres avec des personnes malintentionnées ne font pas partie des principales peurs. Les répondants affirment plutôt craindre qu’il fasse trop chaud ou trop froid (37 %), que les enfants se fassent piquer par une bestiole (27 %), qu’ils se blessent en jouant (26 %) ou encore que les parents ne soient pas d’accord (25 %).

Pour les plus grands, l’accueil extrascolaire, les écoles de devoirs et les organisations de jeunesse offrent également de belles opportunités pour s’amuser en extérieur. Là aussi, la quasi-totalité des répondants affirment que les enfants peuvent jouer en extérieur régulièrement voire très souvent en été. Sortir dans l’espace public est également beaucoup plus fréquent puisque plus des trois quarts des structures d’accueil (78 %) déclarent sortir avec les enfants dans un espace extérieur public se trouvant à proximité du lieu d’accueil. Ce qui ne les empêche pas d’avoir quelques craintes, dont la peur que les enfants soient victimes d’un accident, qu’ils se blessent ou qu’ils se perdent.

Article et rédaction par Sa.B.

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