Toux, fatigue, essoufflement… La Covid peut devenir sans fin

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Coronavirus: 15% des malades gardent des symptômes à long terme

Les témoignages ne cessent de s’accumuler sur les réseaux sociaux. Des semaines après avoir été déclarés guéris, ces hommes et femmes continuent à souffrir de symptômes du Covid. Par leurs récits, ils veulent sensibiliser un maximum de monde aux risques de ce virus.


Sur les réseaux sociaux, les hashtags #aprèsJ20 et #aprèsJ60 ont fait leur apparition. Des patients Covid, aujourd’hui considérés comme guéris, témoignent de symptômes persistants. « Après J-90.

Suis-je la seule à me réveiller toute cassée, c’est-à-dire pleine de douleurs musculaires dans le dos, les membres, les bras ?

Après, cela s’estompe au fil de la matinée », s’inquiète Oriane. « J-83 : je vais faire un mini-tour pour marcher un peu avec ma fille. Résultats : essoufflée, cardio qui tape un peu et la mini-dyspnée, douleurs jambes, écarlate visage et torse », souligne Cécilia.


Jonathan, un Montois, est un de ces internautes. « Je voulais faire comprendre mes difficultés et faire prendre conscience aux gens des dangers du Covid-19.

Grand sportif, je suis aujourd’hui continuellement essoufflé quand je marche simplement une demi-heure en rue. Mes joggings d’une heure et demie sont bien loin, j’ai essayé de m’y remettre mais ça a été un échec.

On m’a pourtant diagnostiqué guéri il y a deux mois », nous confie-t-il. « Un scanner est prévu cet été pour voir l’évolution mais les médecins m’ont annoncé que je pourrai mettre encore quelques mois pour retrouver une vie normale ».


Jonathan fait partie de ces personnes pointées par une étude du CHU de Rennes.

Sur base de son application de suivi des patients Covid à domicile, le CHU peut affirmer que 10 à 15 % des malades Covid ressentent encore de la fatigue et des essoufflements six semaines après la contamination.

Si les symptômes durent en moyenne maximum 15 jours, chez certains cela peut durer plus de 6 semaines.

Des gens En bonne santé


« C’est 10 à 15 %, pas du tout une majorité. Mais c’est frappant parce que c’était des gens qui n’avaient pas de forme grave au départ », précise le professeur Tattevin qui rappelle que le recul n’est pas encore suffisant pour avoir des projections sur le long terme.

« On a vu des gens qui étaient très actifs avant et qui ont plutôt bien traversé leur Covid, qui ont été malades une ou deux semaines comme tout le monde, qui ont même eu l’impression que ça allait guérir comme si c’était une grippe.

Mais ils se rendent compte que finalement ça ne va pas si bien que ça. »


Des cicatrices pulmonaires


Les résultats de cette étude n’étonnent pas le Dr Devos.

« Ce qu’on sait avec les pneumonies virales comme la bronchiolite chez les enfants, c’est que certains symptômes peuvent durer un an. C’est le cas pour la toux ou une sensibilité à d’autres infections pulmonaires.

La Covid va-t-elle réagir comme les autres maladies virales ?

C’est possible. On voit que beaucoup de patients conservent une toux chronique », nous explique le chef des soins intensifs au CHC de Liège.

« Ensuite, il n’est pas exclu, quand on voit les images du scanner thoracique, qu’il y ait des cicatrices et que la Covid laisse des séquelles.

Il faudra attendre encore quelques mois pour voir si ces cicatrices se maintiennent ou disparaissent.

Qui dit cicatrices pulmonaires, dit une limitation à l’effort.

C’est pourquoi, je conseille aux guéris encore essoufflés d’aller chez le pneumologue dans quelques mois pour voir s’il y a un traitement à faire ou si cela évolue et guérira seul. Personnellement, j’irai faire ce check-up cet été quand j’aurai atteint 6 mois.

Il y a aussi des personnes qui restent fort fatiguées 5 semaines après la maladie, ils ont par exemple le besoin de faire des siestes ou de se coucher beaucoup plus tôt.

J’ai pu le constater autour moi notamment auprès de confrères qui ont également été infectés ».


Infecté, le Docteur Devos a également souffert de symptômes sur le long terme.

« Il m’a fallu une trentaine de jours pour ne plus avoir ce problème de fatigue et ces troubles digestifs. Au niveau respiratoire, j’ai encore un essoufflement à l’effort. D’où mon check-up. Mais, je n’ai rien qui me limite dans ma vie quotidienne », conclut-il.


Soins intensifs: 25% ont un suivi psy


« Lorsqu’on fait une forme grave, il y a un certain nombre de patients qui développent un stress post-traumatique. Il s’agit d’une conséquence psychologique de la maladie.

Celle-ci fait que, tout à coup, on prend conscience qu’on est mortel même si on le savait déjà avant. Il s’agit d’une prise de conscience psychologique importante. On sait qu’il y a plus de risque pour un patient aux soins intensifs de développer un stress post-traumatique que pour un G.I. envoyé à la guerre », précise le Docteur Devos.

« Ce stress va être marqué par de l’insomnie, des maux de tête, de l’anxiété… La bonne nouvelle est que cela se traite.

Avec un bon accompagnement psychologique, on peut se sortir de cela. Par contre, seul, c’est difficile. Il faut donc s’assurer que ces symptômes persistants ne relèvent d’un problème psychologique. En général, les gens s’en rendent compte eux-mêmes. Entre 20 % à 25 % des gens qui ont fait un séjour aux soins intensifs, auront besoin d’un soutien psychologique. Ce n’est donc pas rare du tout. »


Phobie de l’hôpital


Un choc qui peut conduire le patient à ne plus se soigner correctement. « Le danger de cette maladie est aussi qu’on a développé une phobie de l’endroit où on a été soigné. On a donc des gens qui ne veulent plus venir à l’hôpital même quand ils sont gravement malades. Ils ont transposé leur peur de la maladie sur l’hôpital. Ils croient à tort qu’ils ont peur de l’établissement de soins alors qu’ils ont peur de la Covid », conclut-il.

Article et rédaction Par Alison V.

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