Les policiers doivent aussi faire face à l’afflux de dénonciations

Lien permanent

Coronavirus: la délation explose auprès des services de police

 

Outre leur travail en première ligne et les risques qu’ils prennent au quotidien, les policiers doivent aussi faire face à l’afflux de dénonciations. Certaines sont justifiées, d’autres le sont beaucoup moins… On peut même parler de délations dans plusieurs cas.


Les équipes d’intervention de la police sont sur le terrain en première ligne, chargées de faire respecter les règles du confinement. Un confinement qui est d’ailleurs largement respecté. Conséquence directe de celui-ci… la délation.


Aujourd’hui, les policiers doivent, en effet, gérer un afflux de plaintes provenant de personnes qui dénoncent notamment leurs propres voisins.


Des cas rapportés à la police et qui sont parfois punis : des fêtes d’anniversaires, des réunions d’amis, des barbecues, etc.

 

Les policiers ont tout à fait le droit de venir sonner à votre porte. Ils n’interviennent cependant au domicile privé qu’avec le consentement de la personne. Par contre, s’ils vous voient faire un barbecue avec des amis, ils peuvent vous sanctionner !


Tout ça, c’est lorsque les règles de confinement ne sont pas respectées. Mais même si les règles sont respectées, certains voisins téléphonent quand même à la police. « Pour l’instant, on a bien cinq cas de délation par jour », nous explique un agent de police dans une zone locale de taille moyenne. « Parfois, ce sont des personnes plus âgées qui trouvent que leurs jeunes voisins sortent trop… » Parfois parce deux personnes qui font du jogging ne respectent pas les règles distanciation sociale, parce telle dame vit le confinement avec son compagnon qui habite ailleurs, etc.


LA PLAIE DES RESEAUX SOCIAUX


Une délation qui prend parfois une tournure très différente sur les réseaux sociaux où certaines personnes sont exposées à la vindicte sans passer par les services de police. Un exemple récent dans la région de Chimay, en province de Hainaut. Une dame y a carrément mentionné le nom d’une autre habitant qui était positive au Covid-19. Un comportement qui fait froid dans le dos et qui n’est malheureusement pas isolé.


En province de Liège, à Stavelot, le propriétaire d’une pizzeria a vu récemment débarquer deux policiers dans son établissement. Ceux-ci étaient venus suite à la dénonciation anonyme de la part d’un voisin. « Ils m’ont dit que j’étais en règle », confirme Stéphane Close, patron de la pizzeria « La Pierre du Diable du Karibou », à Stavelot. Il fait des livraisons ou prépare des pizzas à emporter. « En discutant avec eux, je leur ai bien fait comprendre que je trouvais ça totalement inconscient de ne pas respecter les règles. D’autant plus que je suis installé juste en face du commissariat, ce ne serait pas malin ».


Ce qu’il a surtout du mal à comprendre, c’est qui peut lui en vouloir au point de venir dénoncer de faux agissements à la police. « Honnêtement, je ne comprends pas cette attitude. Malgré le confinement, on travaille, on est là pour les gens en respectant les distances, on essaye simplement de survivre et certains jaloux viennent faire ça. On est revenu au temps des collabos », estime-t-il.

Rédaction de l'article par J.M. (avec les éditions régionales)

Source

Comment se sentent les personnes qui passent ces appels ?


Sans doute, les personnes qui dénoncent leurs voisins se montrent-elles, pour la majorité, inquiètes par la situation actuelle et considèrent qu’elles respectent scrupuleusement les mesures de confinement prises par le gouvernement alors que d’autres s’en moquent et vaquent à leurs occupations comme à l’accoutumée.

Certains individus peuvent alors se sentir investis d’une mission.

Ces délateurs se considèrent comme devant contribuer à faire appliquer les normes de confinement et ils s’associent donc, de façon informelle, aux services étatiques habilités, eux, pour le faire.

Ils dénoncent les comportements qu’ils jugent inciviques et qu’ils constatent personnellement.

D’autres questions se posent alors : ces comportements sont-ils réellement des comportements inciviques ? Quelle est la part d’interprétation personnelle dans les comportements observés ?

La réalité est-elle bien celle que l’on croit ? Par exemple, est-ce que la voisine qui se balade toute la journée en voiture n’est pas, tout simplement, une aide familiale qui accompagne ses bénéficiaires ?

Le problème de la dénonciation c’est que cela va se faire dans le dos du voisin, alors qu’un dialogue aurait permis d’y voir plus clair.
Est-ce un mécanisme normal en cette période?


Il ne s’agit pas d’un phénomène social propre au confinement que nous vivons.

La délation semble généralement survenir quand des lois sont édictées, que le délateur considère les respecter, alors que la personne visée par la délation lui apparaît comme ne les respectant pas.

Pensons à la personne qui dénonce la petite fraude fiscale supposée de son voisin, à l’étudiant qui dénonce à l’enseignant son camarade qui aurait triché.

Cela renvoie alors à l’idée que le déviant, celui qui s’écarte de la norme, tire un bénéfice auquel le délateur n’a pas accès puisque lui, respecte la loi ou la règle.

Il y a alors un sentiment d’inégalité dans le chef du délateur.

A noter qu’il semble important de repartir de la définition de la délation qui est, selon les dictionnaires, une forme de dénonciation dictée par des motifs vils et méprisables.

Or, en cette période de confinement et d’anxiété par rapport à un virus qui touche sans distinction, la question est : les personnes qui dénoncent sont-elles mues par des motifs méprisables ? Sans doute, certains individus le sont-ils ?

Pensons à celui qui veut se venger de ce voisin considéré comme insupportable.

Mais d’autres individus estiment peut-être simplement qu’il en va de la protection de tous et qu’il est de leur devoir de citoyens de rapporter les comportements inciviques.

 

Rédaction de l'article par J.M. (avec les éditions régionales)

Source

 

 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel