Les prix ont augmenté deux fois plus vite que le coût de la vie

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La libéralisation des prix de l’énergie devait faire baisser les prix, grâce au jeu de la concurrence. C’est vrai, la concurrence est là, avec 46 produits différents en électricité en décembre 2019. Mais la facture a grimpé de plus de 50 %.


La Cwape (le régulateur wallon de l’énergie) vient de sortir son nouveau rapport sur le marché de l’électricité et du gaz, depuis la libéralisation de 2007. Comme nous le révélions voici quelques jours, la facture moyenne des Belges a fortement diminué en décembre 2019, à condition d’avoir un contrat de fourniture variable.

Mais si on se place sur une perspective plus longue, c’est-à-dire entre janvier 2007 et décembre 2019, on cons tate une augmentation de 66 % de la facture d’électricité pour un ménage moyen.

Cette hausse est encore plus forte pour les petits consommateurs et pour ceux qui se chauffent à l’électricité (+ 105 % pour ces derniers). Si le but de la libéralisation du marché était de faire baisser la facture des Wallons, c’est raté


Coûts fixes


Comment expliquer ces chiffres ? « Tout d’abord, une hausse de la facture annuelle d’électricité a été constatée, hausse partiellement imputable à l’accroissement des coûts fixes - coûts fixes non seulement présents chez les GRD (gestionnaires de réseau de distribution, NdlR) mais dorénavant aussi chez les fournisseurs - impactant d’autant plus les petits consommateurs », écrit la Cwape dans son rapport.

« Par la suite, les prix ont plutôt été dictés par l’évolution de la ‘commodity’(l’énergie elle-même, NdlR), laquelle est impactée par l’évolution des prix sur les marchés de gros, mais aussi par l’évolution des tarifs de transport, des tarifs de distribution et de la contribution à l’énergie verte. La tendance qui semble se dégager à moyen terme laisse entrevoir une augmentation progressive de la facture annuelle d’électricité. » Une augmentation, on l’a vu, très largement supérieure à celle du coût de la vie.


Entre 2012 et 2014, les prix restent stables puis diminuent. La baisse est notamment due au passage de la TVA de 21 à 6 %, en avril 2014. Un an et demi plus tard, en septembre 2015, le gouvernement Michel remet cette TVA à 21 %. Ce n’est pas tout : les GRD sont désormais soumis à l’impôt des sociétés, ce qui va faire gonfler un peu plus la facture, à cause d’une hausse brusque des coûts de distribution.

On va encore connaître une petite baisse en septembre 2017 puis ce sera une hausse ininterrompue jusqu’en mars 2019. C’est à partir de ce moment que le prix de l’électricité va diminuer, mais il restera plus haut que toutes les années précédentes.

Grimpette


Globalement, donc, le prix de l’électricité a grimpé plus vite que l’indice des prix à la consommation. Celui-ci a grimpé de 27,34 % entre 2006 et 2019. Le prix de l’électricité a grimpé de 54 à 105 % en fonction du type de client. Les clients sont répartis en catégories, en fonction de leur consommation. Du plus petit consommateur (600 kWh par an), au plus gros (au moins 20.000 kWh par an). Le ménage type en Wallonie consomme 3.500 kWh par an, soit 1.900 en heures creuses et 1.600 en heures pleines.


Une autre raison de l’inflation des prix est liée à la contribution à l’énergie verte, répercutée sur toutes les factures. En 2006, elle était au maximum de 8,47 euros. En décembre 2019, cette contribution oscillait entre 31,58 et 45 euros, en fonction de votre fournisseur.


Le gaz a globalement diminué


Alors que l’énergie ne représente que 35 % du total de la facture d’électricité, il en va autrement du gaz, où ce chiffre est de 55 %.

Les variations de prix du gaz sont donc plus fortement liées aux variations sur les marchés internationaux. Mais pas seulement. Comme l’a démontré le dernier rapport de la Creg (régulateur fédéral), les prix sont en forte chute depuis l’an passé. Ce que confirme la Cwape.


« En gaz, la Cwape constate également une baisse de la facture moyenne annuelle en décembre 2019 pour le client type, de 247,37 € (-14,99 %) par rapport à décembre 2018.

Cette baisse est principalement liée à la baisse de la composante énergie (transport compris) de 22,30 % et de la composante distribution (-3,88 %). Tant en électricité qu’en gaz, la diminution constatée de la composante énergie reflète les tendances sur les marchés de gros de l’énergie qui se sont inscrits fortement à la hausse durant le second semestre 2018 pour ensuite baisser dès janvier 2019.

L’automne et l’hiver doux de 2019 ont permis de maintenir des niveaux de prix de commodity bas, principalement sur le marché du gaz », note la Cwape dans son rapport. Le client type consomme 23.600 kWh de gaz par an.
Le régulateur wallon constate aussi que la libéralisation de 2007 n’a pas induit de hausse de facture pour les clients résidentiels. Contrairement à l’électricité.


Comme le prix est lié à ce qui se pratique sur les marchés internationaux, il est beaucoup plus fluctuant. Mais si l’on observe la période entre début 2007 et décembre 2019, la hausse globale de la facture de gaz est de 14 % pour le client type (celui qui se chauffe au gaz, donc), alors que l’indice des prix a augmenté pour sa part de 27 %. C’est donc tout le contraire de la facture d’électricité. Ce qui n’empêche pas de répéter le même conseil : il faut comparer.

Les Wallons perdent des centaines d’euros par an

Ainsi que nous l’avons déjà expliqué, deux tiers de la facture sont des coûts sur lesquels le consommateur a peu de prise. Ce sont notamment les coûts de distribution, par les GRD (Ores, Resa, etc.), et celui du transport, par Elia.


En 2017 et 2018, les tarifs de distribution étaient très variables d’un GRD à l’autre. Ainsi, pour le client type, l’écart entre Ores Mouscron (le GRD le moins cher à cette époque) et Ores Verviers (le plus cher) était de 205,41 euros. En 2019, entre le moins cher (AIEG) et le plus cher, cette différence est tombée à 126,59 euros. À terme, les tarifs des GRD devraient être tous les mêmes. C’était la volonté politique du précédent gouvernement. Mais on le voit, il reste de la marge. Ce rapprochement des tarifs de distribution est également valable pour le gaz.
La partie de la facture sur laquelle le client peut avoir une vraie influence, c’est ce que l’on appelle la « commidity », c’est-à- dire l’énergie elle-même, qui représente 35 % de la facture.


Économies substantielles


Dans un précédent article, nous expliquions que pour bénéficier de la chute des prix du gaz et de l’électricité, il ne fallait pas hésiter à changer de contrat, voire de fournisseur. Ça paraît évident et pourtant, ça ne l’est pas vraiment.


Ainsi, explique le rapport de la Cwape, « l’écart entre la facture moyenne annuelle payée par le client résidentiel type en Région wallonne et la facture annuelle du produit le plus économique s’élève, au mois de décembre 2019, en électricité, à 175,79 € soit 18,2 % de la facture globale. En gaz, cette économie potentielle moyenne constatée au mois de décembre 2019 s’élève à 405,78 €, soit 28,93 % de sa facture globale (pour le client type).

Considérant la moyenne de l’année 2019, le client type peut potentiellement réaliser une économie moyenne de 163,07 € soit 16,69 % de sa facture annuelle en électricité. En gaz, le client type peut potentiellement réaliser, en moyenne sur l’année 2019, une économie de 321,95 € soit 22,6 % de sa facture annuelle. »


Pourtant facile


Ces chiffres sont énormes, et pourtant, conclut la Cwape, « il apparaît que les consommateurs wallons continuent à choisir en moyenne un produit avec un tarif élevé, tant en électricité qu’en gaz. » Rappelons que la Cwape propose un comparateur en ligne, très facile d’utilisation

 

Rédaction de l'article par Benoît Jacquemart

 

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