Les agriculteurs doivent désormais payer pour se débarrasser de leurs bâches.

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Suite à une baisse des subsides et à la fermeture du dernier centre de recyclage des plastiques agricoles en Wallonie, les agriculteurs doivent désormais payer pour se débarrasser de leurs bâches. Les exploitants et les élus locaux sont inquiets.


C’est une douche froide pour le monde agricole wallon : Depuis le 1er janvier 2020, la récolte des bâches agricoles est devenue un service payant, notamment chez Intradel. Le phénomène tend à se généraliser à l’ensemble des intercommunales de gestion des déchets en Wallonie. Ce changement de politique est dû à deux évolutions. Premièrement, les subsides de la Région sont passés de 1500 à 1275€ par an et par commune en 2016. Deuxièmement, le dernier centre de recyclage des plastiques agricoles de Wallonie, implanté à Tenneville (Luxembourg) a fait faillite en mai 2017.


« On nous a mis sur le fait accompli, regrette Damien Wathelet, échevin en charge de la gestion des déchets à Clavier. Fin novembre, on reçoit une lettre d’Intradel qui nous apprend qu’il faudra désormais payer 85€ par tonne (TVA comprise) et que la récolte est prévue fin janvier à Clavier. Ni la commune ni les agriculteurs n’ont eu le temps de s’adapter. »


4 fois plus lourdes avec l’eau


La plupart des bâches agricoles étant stockées à l’extérieur, la pluie et l’humidité ont quadruplé leur poids. « J’ai pesé mes plastiques mouillés et ceux qui étaient à l’abri, explique Marc Dubois, agriculteur à Vervoz. J’ai obtenu 2 et 8 kg pour la même quantité. On ne va pas payer pour 6 kg d’eau ! On a été prévenu trop tard pour mettre tout à l’abri. » Propriétaire d’une exploitation de vaches laitières et viandeuses, Marc Dubois est très inquiet de cette situation. « J’ai fait une demande à Intradel pour savoir où vont nos plastiques mais je n’ai pas reçu de réponse. Si ils partent pour être brulés sur une île au bout du monde, ça ne sert à rien de payer. On peut les brûler ici. Par ailleurs, 85€, ça me parait énorme ! J’ai une poubelle 1000L de tout venant dont la levée me coûte 40 € avec SUEZ. »

 

La commune envisage d’aider les agriculteurs


En 2019, l’agriculteur a produit plus de 700kg de déchets plastiques. Sur l’ensemble de la commune de Clavier, ce sont près de 100 tonnes qui sont récoltées chaque année. « Ces bâches permettent de stocker sous vide l’alimentation des bêtes en hiver, expliquer l’exploitant claviérois. » Pour Damien Wathelet, il est logique que la corporation assume le coût de ses déchets, mais la commune a l’intention d’apporter son aide. « Il y aura une discussion au collège pour savoir si on facture à 100 % ou si on aide à 25 ou 50%. On verra une fois que la méthode de calcul du prix sera améliorée. En attendant, on gèle les factures pour les agriculteurs. » Lors du dernier salon des mandataires, l’échevin a interpellé Luc Joine, directeur général d’Intradel. « Intradel est conscient qu’il est absurde de faire payer l’eau aux agriculteurs et réfléchit à une autre manière d’évaluer le coût. »
La Fédération Wallonne de l’Agriculture pas consultée


À leur grande surprise, les conseillers de la FWA n’ont pas été invités à la table des conversations lorsqu’il a été question de la gestion des bâches agricoles par les intercommunales. « Notre objectif est de rétablir rapidement une situation acceptable en terme de coûts pour les agriculteurs, annonce Andrea Rossi, conseiller en agriculture durable à la FWA. Nous avons transmis une note à la ministre de la ruralité et nous avons introduit une demande pour prendre part à la prochaine COPIDEC (conférence permanente des intercommunales wallonnes de gestion des déchets) ».


Depuis la faillite du dernier centre de recyclage des plastiques agricoles en Wallonie, les intercommunales doivent se débarrasser des bâches auprès d’usines situées en France et au Pays-Bas, ce qui a augmenté considérablement les coûts. « Ça pose beaucoup de difficulté au secteur, qui est déjà fragilisé. Si on dit à l’agriculteur que ça va lui coûter une fortune, on va décourager le comportement durable qui a été encouragé depuis plusieurs années. Un indépendant peut répercuter le coût du recyclage de ses déchets dans ses prix. L’agriculteur n’a pas de maîtrise sur ses prix. »

 

Rédaction de l'article

Par P.Tar

 

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