Le saviez-vous ? Les moteurs reprogrammés sont indétectables au contrôle technique

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Les constructeurs automobiles ne fabriquent plus différents moteurs adaptés à chaque modèle de leur gamme. Ils programment un bridage électronique pour moduler la puissance. Résultat, des automobilistes recourent à des reprogrammations auprès de spécialistes, officiels ou non.

« De plus en plus de circuits non officiels proposent de reprogrammer le set-up initialement implémenté par le constructeur. Certains ateliers vont jusqu’à doubler la puissance originale du véhicule », s’alarme le député Vincent Scourneau (MR) qui a interpellé le ministre fédéral de la Mobilité. Ce dernier l’a renvoyé vers les Régions, la matière ayant été transférée dans le cadre de la 6e réforme de l’État.

Au Service public de Wallonie, on est conscient du problème. « Avant, on ajoutait des puces pour améliorer des performances, mais les gens recourent de plus en plus à la reprogrammation », note Nicolas Yernaux, du SPW. Il n’est pas facile de détecter la modification. « Nous ne pouvons pas la repérer lors du contrôle technique. Il faut des bancs spéciaux », note Virginia Li Puma, d’Autosécurité. « En fait, le problème se situe surtout au niveau des assurances », souligne Nicolas Yernaux.

« La puissance en kW fait partie entière de nos critères de segmentation, au même titre que la sinistralité ou l’âge du conducteur, afin d’objectiver le niveau de risque », explique Chloé Tillieux, d’AXA Belgique. Et de souligner : « Les statistiques établissent que plus un véhicule est puissant, plus la fréquence et la gravité des accidents sont élevées ». En clair, les primes vont augmenter en même temps que le boost apporté. « Le client doit toujours signaler la modification sinon il risque qu’on se retourne contre lui pour récupérer les frais du sinistre », enchaîne Laurence Gijs, d’AG Insurance. « En cas de sinistre, l’expert est en mesure de déterminer si la puissance du moteur correspond à la valeur indiquée sur les papiers », prévient Chloé Tillieux, à l’intention de ceux qui omettraient d’informer leur assureur.
 
L’augmentation apportée doit être raisonnable. « Si le gain dépasse les 10 %, nous refusons car il y a un risque que les freins et les pneus notamment ne soient pas adaptés à une telle puissance », justifie AG Insurance.
« Avec une telle puissance sous lec apot, le conducteur est tenté de l’utiliser », réagit de son côté Benoît Godart, porte-parole de l’Institut Vias qui ne voit pas d’un bon œil ces manipulations. « Surtout que les moteurs sont déjà, en moyenne, plus puissants de 25 % qu’il y a dix ans à cause du poids accru des voitures. Et d’enfoncer le clou : « C’est stupide à cause de toutes les limitations de vitesse et des radars, le conducteur risque une grosse amende ».
Au-delà de 250 km/h

Vias pointe un autre problème lié au débridage des moteurs. Les grosses berlines allemandes sont, volontairement limitées par les fabricants, à 250 km/h. Là aussi, il existe des sociétés qui proposent en Belgique, à la vue de tous, de faire sauter ce blocage : « Au-delà de la sécurité routière, il y a des questions d’environnement. Plus on va vite, plus on pollue. En Allemagne où il y a des tronçons où la vitesse n’est pas limitée, il y a actuellement des discussions pour les remettre en cause. L’idée est de n’autoriser que les voitures électriques à dépasser la limitation, et encore, uniquement de nuit ».

Quel que soit le type de débridage, Traxio, la fédération des détaillants automobiles, déconseille vivement à ses membres de se livrer à de telles pratiques. « Pour les véhicules neufs, les marques ne laissent aucune marge de manœuvre au concessionnaire. La garantie constructeur tombe. C’est aussi le cas pour les occasions qui seraient modifiées. Les risques sont énormes », met en garde Pieter Van Bastelaere, porte-parole de Traxio.
Un spécialiste: «Surtout pour le confort de conduite»

Le sujet est sensible. Nous avons contacté l’une des principales sociétés à pratiquer une telle optimisation. Elle a pignon sur rue : près de 2.000 véhicules traités chaque année. Le responsable accepte de répondre à nos questions pour autant qu’il reste anonyme. Nous l’appellerons Jean.

Performance, pas vitesse

« L’objectif est d’augmenter le couple et la puissance, pas la pointe de vitesse », précise Jean, soulignant qu’il a très peu de fondus de vitesse parmi sa clientèle. « Nous avons des gens de tous les âges, notamment des policiers ou des experts automobiles. Leur principale motivation est d’avoir un comportement plus confortable, avec de meilleures reprises au moment de dépasser sur l’autoroute. Il y a aussi ceux qui trouvent que leur camionnette n’est pas assez puissante lorsqu’elle est très chargée. Les camping-cars représentent une catégorie importante. Ces véhicules sont patauds. Des propriétaires veulent de meilleures performances en montagne ». Jean met un dernier argument sur la table : les économies de carburant. Une reprogrammation permettrait de gagner 1 l aux 100 km. « Le gouvernement devrait plutôt s’occuper des personnes qui roulent sans assurance ou en défaut de contrôle technique. Ils sont bien plus nombreux et potentiellement plus dangereux », dit-il.
Le spécialiste reconnaît que la programmation s’accompagne de certains inconvénients. « Si le garage s’en rend compte, la garantie constructeur saute. » Les clients sont prévenus. Pareil pour l’assurance.
Pour lui, l’interdiction de l’activité causerait la perte de nombreux emplois. « Et des gens continueraient à le faire illégalement. Je parle des fameux « préparateurs de parking » qui se font payer au noir et n’utilisent qu’un ordinateur. Nous, nous avons des bancs de puissance (60.000 € chacun) pour nous assurer que les modifications apportées ne détruiront pas le moteur », conclut Jean.
Par Yannick Hallet
 

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