Du 19 décembre 44 jusqu’au 20 janvier 45, l’arrondissement de Liège a subi un déluge de bombes causant d’énormes dégâts humains et matériels.

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Alors que la région liégeoise venait d’être libérée au début de septembre, elle a été replongée dans les affres de la guerre trois mois plus tard. Du 19 décembre 44 jusqu’au 20 janvier 45, l’arrondissement de Liège a subi un déluge de bombes causant d’énormes dégâts humains et matériels.

 

Il y a 75 ans, les Liégeois ont passé les pires réveillons de Noël et de Nouvel An de leur vie. Avec Anvers, Liège était en effet la cible privilégiée des nouvelles armes secrètes de Hitler, les fameux V-1 et V-2, les « Vergeltungswaffe » (les « armes de représailles ») tirés depuis l’Allemagne.


Il y eut d’abord quelques tirs d’essais avec un premier engin de mort « non-identifié » qui fit 17 victimes, rue Croix Jurlet à Herstal le 26 septembre. Mais la première grosse vague de bombardements débuta le 20 novembre 44, lorsqu’un premier V1 tomba à l’angle de la Cour des Mineurs et de la place du marché à Liège. À raison d’un tir quasi toutes les heures, elle se termina le 30 novembre.

 

Un V-2 était une sorte de petite fusée


Un mois d’enfer !


Mais c’est surtout à partir du 15 décembre, à la veille de l’offensive des Ardennes, que le déluge de feu connu son apogée jusqu’au 20 janvier 45.


« Les Allemands cherchaient non seulement à se venger et à démoraliser la population, racontait feu l’historien Lambert Graillet, mais aussi à toucher la plaine de ravitaillement des Américains installée sur la plaine de Droixhe, le nœud ferroviaire de Kinkempois et les usines de Cockerill et de la F N. »


Au total, ce furent 1592 bombes volantes qui tombèrent sur l’arrondissement de Liège. Elles provoquèrent la mort de 1649 Liégeois et en blessèrent quelque 2.558 autres.


« Et les dégâts matériels furent aussi considérables, écrit le professeur d’Histoire de l’Uliège, Francis Balace. 1809 maisons furent complètement détruites, 1586 étaient inhabitables et 72.000 plus ou moins grièvement endommagées, soit environ 50 % de tout l’habitat de l’arrondissement à l’époque. »

Sur l’ancien cinéma Marivaux, en Vinâve d’Ile.


Parmi les milliers de drames provoqués par ces bombes volantes, Lambert Graillet se souvient de ce V-1 tombé sur la place Seeliger où jouaient des dizaines d’enfants. Ou encore celui en Féronstrée où 25 personnes faisaient la file devant une boulangerie. Ils provoquèrent tous deux un carnage.


Autre épisode dramatique, celui qui toucha la famille de Michel Firket, l’ex-premier échevin de la Ville de Liège. « Mon grand-père Pierre était un gynécologue bien connu de la ville qui habitait à deux pas du Jardin Botanique, nous avait raconté il y a cinq ans Michel Firket. Il était encore en train de travailler ce soir-là et son fils aîné Charles (mon père) était chez sa fiancée quand un V-1 est tombé au coin de la rue Charles Morren et de la rue de Sluse. Il a démoli toute la maison familiale et a tué sa femme et ses quatre autres fils (mes oncles). Mis à part un peu à la fin de sa vie, mon père ne m’en a jamais parlé. C’était trop dur pour lui. »

 

La maison des Firket, à l’angle des rues Morren et Sluse.


La fin de l’offensive des Ardennes et l’avancée alliée en Allemagne mirent un terme à cette vague de bombardements. Le dernier tomba le 20 janvier 45. Mais ses stigmates restent encore bien visibles aujourd’hui. Partout en région liégeoise, on peut voir une série de nouvelles maisons construites au milieu d’anciennes : c’est souvent le signe qu’un V1 ou un V2 est tombé à cet endroit.

 

Dans cette vidéo d’archives sur la Libération de Liège en septembre 1944, on peut voir des images de la vie dans les caves durant les bombardements de V-1 et de V-2 (entre 6’18’’ et 9’30’’)

 

Par Luc Gochel

 

 

 

 

Le V-1 était un petit avion :

Il pesait 2,2 tonnes pour 5,3 m d’envergure et 7,7 m de longueur. Il volait à 580 km/h et pouvait parcourir jusqu’à 240 kilomètres. Il contenait 840 kilos d’explosifs.

C’était l’arme imaginée par Herman Goering qui manquait de pilotes et de bombardiers. Leur production était réalisée dans 18 usines différentes et la cadence de production prévue était de 3000 par mois.

Le V-2 était une petite fusée :

C’était l’arme plutôt imaginée par les SS. Elle comptait 15 mètres de hauteur, 1,6 m de diamètre et pesait 13 tonnes. Elle pouvait transporter 975 kilos d’explosifs. À une vitesse de 5000 km/h, elle pouvait parcourir 300 kilomètres. C’est l’ancêtre des fusées qui ont ensuite volé vers l’espace.

(Voir l’illustration ci-dessus).

La Province de Liège publie la gazette de la Guerre :

Du débarquement du 6 juin 44 jusqu’à la capitulation japonaise le 2 septembre 45, la Province de Liège se souvient et publie « la Gazette de la Guerre », une série historique qui raconte le quotidien des Liégeois à la fin de la guerre. Sur le site www.provincedeliege.be

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