En à peine 2 ans, la part des travailleurs pauvres a continué d’augmenter

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48 % des travailleurs sont pauvres en Wallonie-Bruxelles!
 
En à peine 2 ans, la part des travailleurs pauvres a continué d’augmenter. Avec un boom de 8 %. Plus inquiétant encore, c’est la part de ceux qui ne s’en sortent absolument pas et qui sont proches de la précarité qui progresse le plus!

En exclusivité et depuis plusieurs semaines, nous vous présentons les différentes thématiques des Grandes Enquêtes menées par Solidaris. Nous avons notamment appris que nous étions des adeptes à l’automédication et que nos retraités étaient loin d’être heureux.
 

Le sixième volet s’intéresse aujourd’hui aux «travailleurs pauvres» et les résultats sont particulièrement interpellants. 48% des travailleurs sont considérés comme pauvres. Parmi eux, 32% affirment que leurs revenus leur permettent juste de boucler leur budget.

Ils étaient 29% dans cette situation lors de la précédente enquête en 2017. 9% ne réussissent pas à boucler leur budget sans être à découvert (8% en 2017) et 7% assurent qu’ils s’en sortent de plus en plus difficilement et craignent de basculer dans la précarité (3% en 2017).
 
«En 2017, nous faisions état de 40% de travailleurs pauvres. Deux ans plus tard, cette catégorie a progressé pour s’établir à 48%. C’est la catégorie la plus précaire qui a le plus augmenté, passant de 3% à 7% !», précise Delphine Ancel, Responsable des Études chez Solidaris.

Seuls 8% des travailleurs arrivent à mettre beaucoup d’argent et 44% à mettre un peu de côté (53% en 2017). Solidaris a interrogé 806 Wallons et Bruxellois entre 18 et 65 ans représentatifs de ces travailleurs belges francophones pour réaliser cette enquête. Une enquête qui a été encore bien plus loin et s’est intéressée au profil de ces «travailleurs pauvres».

53,4 %sont des femmes

Dans la grande Enquête Solidaris, on apprend que 53,4% des travailleurs pauvres sont des femmes et 46,6% des hommes. Les femmes sont surreprésentées puisque, parmi l’ensemble des travailleurs, il y a 49,5% de femmes pour 50,5% d’hommes. «Par ailleurs, ce sont dans les deux catégories les plus précaires que les femmes se retrouvent le plus. 51% des femmes arrivent à boucler tout juste leurs fins de mois contre 49% des hommes. 60% sont à découvert et 55,4% ont des fins de mois très difficiles, au point de craindre la précarité», analyse Delphine Ancel. Une précarité qui, en outre, augmente puisqu’elles étaient respectivement 49,2%, 46,4% et 51,4% dans chacune de ces trois catégories en 2017. -

78,4% vivent en Wallonie

Si 74,6% de tous les travailleurs habitent en Wallonie, 78,4% des travailleurs pauvres y vivent. C’est l’inverse à Bruxelles. 21,6% des travailleurs pauvres habitent à Bruxelles contre 25,4% pour tous les travailleurs. Toutefois, Bruxelles est surreprésentée parmi ceux qui sont le plus en difficulté au point de craindre de basculer dans la précarité. -

61,8 % des locataires sont en difficulté

«En 2019, le fait d’être propriétaire impacte beaucoup plus le niveau de difficultés financières des gens: parmi les plus en difficulté, 3 sur 10 seulement sont propriétaires», affirme la responsable des Études de Solidaris. En effet, 60% de ceux qui arrivent tout juste à boucler leur budget, 53% de ceux qui sont à découvert et 29,7% de ceux qui craignent de tomber dans la précarité sont propriétaires. «Au final, plus de 6 travailleurs locataires sur 10 sont pauvres contre 4 travailleurs propriétaires sur 10», ajoute-elle. -

7 sur 10 travaillent depuis plus d’un an

72% des travailleurs pauvres ont travaillé toute l’année, 28% n’ont pas effectué une année complète. En 2017, ils étaient respectivement 82% et 28%. 77% de ceux qui arrivent tout juste financièrement à la fin du mois ont travaillé toute l’année, tout comme 67,7% de ceux qui sont à découvert et 53,5% de ceux qui craignent de tomber la précarité. «On observe une corrélation nette en 2019 : au plus on descend dans les difficultés, au plus on trouve des personnes n’ayant pas travaillé toute l’année», analyse la responsable des Études chez Solidaris. -

55,2 % ont entre 35 et 54 ans

Côté âge, 31,9% des travailleurs pauvres ont moins 35 ans, 55,2% ont entre 35 et 54 ans et 13,1% ont plus de 55 ans. «S’il y a peu de changements en deux ans au niveau de la répartition par âge, on constate toujours que la tranche du «milieu», les 35 et 54 ans, est celle qui est le plus en difficulté», souligne l’analyste. 33,9% des moins de 35 ans, 53% des 35 à 54 ans et 13,1% des plus de 55 ans assurent que leurs revenus leur permettent tout juste de boucler leurs fins de mois. 27,3% des moins de 35 ans sont à découvert contre 60,7% des 35-54 ans et 12% des plus de 55 ans. 27,3% des moins de 35 ans, 58,2% des 35-54 ans et 14,5% des plus de 55 ans ne s’en sortent absolument pas financièrement. -

48,6 % sont diplômés en secondaires supérieures
«Dans l’enquête, les travailleurs pauvres nous disent qu’avoir un diplôme ne protège plus de la précarité. Ici, on voit pourtant qu’il y a moins de travailleurs diplômés du supérieur parmi les travailleurs pauvres. 15,6% des travailleurs pauvres ont un diplôme de primaire ou de secondaire inférieur, 48,6% un de secondaire supérieure et 35,8% un du supérieur», précise Delphine Ancel. «Certes, on diminue le risque de pauvreté avec le niveau d’études mais ce sont plus d’un tiers des détenteurs d’un diplôme d’études supérieures qui sont aussi des travailleurs pauvres», ajoute-t-elle. -

69,2 %  des  travailleurs pauvres  sont  en  CDI
69,2% des travailleurs pauv res sont en CDI et 24,7% en CCD, stages ou intérim… 73,3% des travailleurs en CDI ont du mal à boucler leur budget contre 21% de ceux en CDD. 72% sont à découvert contre 22,7% pour les CDD. 50,8% des CDI ont vraiment du mal au point de craindre la précarité contre 44,4% des CDD. «Au final, même avec un CDI, le risque de pauvreté est important puisque 47,3% des personnes sous CDI sont pauvres contre 54,7% des personnes sous CDD, intérim… On est loin de l’idée du CDI comme bouclier anti-pauvreté», annonce Delphine Ancel. -

71,5 %sont en temps partiel mais44,6 % n’en ont pas eu le choix
71,5% des travailleurs pauvres sont à temps plein et 28,5% sont à temps partiel contre respectivement 76,4% et 23,6% sur l’ensemble des travailleurs. «Lorsqu’une personne est à temps partiel, elle a plus de risques de tomber dans la pauvreté. Il semble que ce soit par ailleurs en progression sur deux ans», précise l’experte de Solidaris «Par ailleurs on retrouve davantage les temps partiels dans les deux catégories qui sont le plus en difficulté (à découvert et situation difficile au point de craindre de la précarité). Au final, 6 travailleurs à temps partiel sur 10 peuvent être considérés comme pauvres. Enfin, parmi les travailleurs à temps partiel, ceux qui sont des travailleurs pauvres sont plus souvent dans une situation de subir ce fait plutôt que de l’avoir choisi ». En effet, 44,6% des travailleurs pauvres ont choisi leur temps partiel mais cela n’a pas été le cas pour 55,4%. Un phénomène encore plus marqué chez ceux qui craignent de basculer dans la précarité. 85,9% de ces personnes en très grandes difficultés financières sont sous ce statut contre 46,3% de ceux qui ont des revenus tout juste pour joindre les deux bouts. -

55,3% ont déjà été  au  chômage

«On a une surreprésentation des personnes qui ont déjà connu le chômage parmi les travailleurs pauvres: 55,3% d’entre eux contre 51,3% de tous les travailleurs. Par ailleurs, on observe une augmentation conséquente sur 2 ans: + 12 points !», affirme Delphine Ancel. En effet, si 55,3% des travailleurs ont connu le chômage en 2019, ils n’étaient que 43,6% en 2017. À noter que 51,3% de ceux qui bouclent leur budget tout juste à la fin du mois ont connu le chômage contre 61% de ceux qui sont en découvert et 66,2% de ceux qui sont à la limite de la précarité. -
Un  tiers  sont des  personnes  ayant  cumulé plus  de  3  années  de  chômage
«En lien avec les résultats précédents, la probabilité d’être un travailleur pauvre augmente avec le chômage de longue durée. Parmi les travailleurs pauvres, on trouve davantage de gens qui ont cumulé plus de 3 ans de chômage. On peut même dire qu’un tiers des travailleurs pauvres sont des personnes ayant cumulé plus de 3 années de chômage», précise l’experte de Solidaris. L’enquête détaille que 23% des travailleurs pauvres ont été moins de 7 ans au chômage, 38,7% entre 7 et 24 ans, 11,8% entre 25 et 36 ans et 25,6% plus de 37 ans. -
68,9% des familles monoparentales comptent des travailleurs pauvres
Contre 54,7% des personnes isolées sans enfant, 53,8% des personnes vivant en colocation, 48,7% des couples avec enfant(s), 43,4% des couples sans enfant. Ce sont ceux qui vivent chez leurs parents qui ont le moins de risques de tomber dans la précarité. Seuls 28,7% d’entre eux sont des travailleurs pauvres.
 
 

Par Alison Verlaet

 
1 sur 3 affirme qu’ils accumulent les coups durs
La Grande Enquête Solidaris/Sudpresse dévoile d’autres chiffres inquiétants.36,1% des travailleurs pauvres se disent en mauvaise santé, c’est 10% de plus qu’en 2017 où ils étaient 25,5% à l’affirmer. Parmi eux, 5,5% se disent pas du tout en bonne santé. «L’évolution la plus importante touche les travailleurs qui craignent de tomber dans la précarité: 54,6% d’entre eux disent être en mauvaise santé physique en 2019 contre 30,2% en 2017», affirme la Responsable des Études chez Solidaris, Delphine Ancel. En 2019, 63,9% des sondés affirment être en bonne santé contre 74,5% deux ans plus tôt.
Anxieux mais plus heureux
38,7% des travailleurs pauvres se disent aussi anxieux, dont 16,6% de façon très régulière et 22,1% de façon régulière. Un chiffre qui est stable. 24,5% ne sont pas stressés. À noter qu’il y a une augmentation de 3,7 points dans le pourcentage de personnes qui se sentent rarement ou jamais angoissées.
S’ils restent stressés, les travailleurs pauvres sont par contre plus heureux. À la question «En fonction de vos attentes, de vos espoirs et de ce que vous percevez comme le résultat de tous vos efforts, comment évaluez-vous votre vie actuelle sur une échelle de 0 à 10 ? », 30,4% notent à moins de 6 ; 65,3% entre 6 et 8 et 4,3% entre 9 et 10. «Malgré les difficultés par lesquelles les travailleurs pauvres passent, il y a eu une diminution dans le pourcentage de personnes qui donne une note inférieure à 6 par rapport à il y a 2 ans. Une baisse de 11,4 points. Reste que 3 travailleurs sur 10 notent à moins de 6 contre 2 sur 10 au sein de tous les travailleurs», ajoute l’experte.
Il faut dire qu’un travailleur pauvre sur trois affirme que «les coups durs s’accumulent dans sa vie». Seulement 20% réfutent cette affirmation. Un sentiment qui est bien plus présent chez ceux à découvert (45%) et proches de tomber dans la précarité (51,2%).  -

 
Témoignage
« Un emploi perdu, une faillite, une grave maladie… on se retrouve à nourrir notre famille avec des colis alimentaires »
C’est la gorge serrée que Nadine (nom d’emprunt) nous raconte son parcours. Elle veut montrer que c’est une «succession de malheurs » qui a conduit sa famille dans la pauvreté. «Mon compagnon et moi, on avait tout pour être heureux. Nos parents nous avaient fait une belle épargne pour nous aider à acheter notre premier logement. On avait des boulots stables et on a décidé de faire deux beaux enfants», nous confie la Montoise.
Succession de malheurs
«Bien plus tard, pour fêter nos 15 ans d’union, on a voulu faire construire la maison de nos rêves. On avait les reins solides pour le faire. Mais, la descente aux enfers a commencé», se souvient-elle. «Alors que tout était lancé, j’ai été licenciée. Mon poste devait être préservé de la restructuration mais, à la surprise générale, ça n’a pas été le cas. C’est ensuite l’entrepreneur qui construisait notre maison qui a fait faillite. On a perdu plus de 50.000 euros. Nos économies presque toutes envolées, notre emprunt à rembourser et un salaire en moins, on pensait arriver à s’en sortir. Mais, face à tout ce stress et aux heures supplémentaires effectuées, la santé de mon compagnon en a pris un coup. Il est tombé gravement malade.»
Trois ans après, Nadine et sa famille essaient de remonter la pente. «J’accumule les petits boulots et mon mari a repris le travail. On s’est nourri grâce à des colis alimentaires fournis par des associations, on a eu des vêtements grâce à des amis et nos parents nous ont aidés à payer notre emprunt. Je voulais aujourd’hui témoigner pour montrer que l’on peut tomber dans la précarité à tout moment et qu’il ne faut pas juger trop vite les travailleurs pauvres », conclut émue Nadine.  -
 
 

Par Alison Verlaet

 

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