Pressé tel un citron, le Belge en a marre d’être vice-champion d’Europe de l’impôt sur le travail

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Il faut oser une grande réforme fiscale ! Alors que la pression fiscale reste étouffante sur les salaires des Belges, alors que des rumeurs de nouvelles taxes flottent déjà autour d’un gouvernement qui n’est pas encore né, les experts le clament haut et fort : si le tax shift du gouvernement Michel a eu un impact évident sur les bas salaires, ce n’est pas une réforme fiscale. Il est temps de revoir les taux d’imposition, de mettre la taxation climatique sur la table et de cibler la fiscalité immobilière (revenu cadastral).


À l’occasion de consultations informelles avec les partenaires sociaux, Paul Magnette aurait dit son souhait de financer les projets du futur gouvernement par un tiers de nouveaux revenus, un tiers de nouvelles taxes et un tiers d’autres solutions. Parmi les partenaires sociaux, personne n’a pu nous le confirmer, mais voilà une annonce qui surprend moins qu’elle ne fâche. Cela dit, il devrait y avoir un chapitre fiscalité climatique dans le futur programme de gouvernement : taxe sur les billets d’avion, travaux d’isolation à taux de TVA réduit, etc.
Citron belge


Ce sentiment d’être pressé comme un citron, le Belge le ressent depuis longtemps et toutes les études internationales le prouvent. Les dernières statistiques d’Eurostat offrent à la Belgique (47,2 % de ratio global recettes fiscales/PIB) le second rang au classement de la pression fiscale en Europe. Il n’y a qu’en France que l’addition des impôts et cotisations sociales est plus élevé (48,4 % ; 45,9 % au Danemark...). Les statistiques de l’OCDE, que nous vous présentons ci-dessous, confirment ce podium dont les Belges se passeraient bien.
Et pourtant, notre situation a déjà été pire : la pression fiscale moyenne sur le travail diminue malgré tout chez nous, elle a chuté de 57,1 % en 2000 à 52,7 % en 2018.


« Génie sadique »


La Belgique a même « fêté » son Tax Freedom Day deux jours plus tôt qu’en 2018, la preuve que la pression fiscale lâche du lest. Tax Freedom Day ? Vous avez gagné deux jours de salaire en 2019 et c’est sans doute le fruit du « tax shift » du gouvernement Michel… Il y a six ans, nous devions travailler 24 jours de plus qu’aujourd’hui avant de profiter de notre salaire, selon l’Institut Molinari.


Le tax shift n’est toutefois pas une vraie réforme fiscale. « Il est temps de lancer de grandes assises fiscales ! », dit l’économiste Bruno Colmant, professeur à l’ULB et à l’UCL. Son collègue Ivan van de Cloot, actif à l’Université d’Anvers et à l’Institut de réflexion Itinera se demande, lui, quel « génie sadique » a imaginé pareil système qui décourage les gens à se présenter sur le marché du travail !


La dernière réforme… de 1962


La dernière réforme de l’impôt des personnes physiques remonte à près de 60 ans, chez nous, c’était en 1962. Le gouvernement sortant a d’ailleurs entamé l’examen d’une réforme, dans la foulée de celle de l’impôt des sociétés.
La pression étouffante sur le travail est le fruit de taux d’imposition qui progressent beaucoup trop vite, atteignant 50 % avant même les 40.000 € de revenus. En France, le taux le plus élevé ne dépasse pas 45 %. Que faire ? Relever la somme exemptée de tout impôt ? Abaisser les taux ? Élargir les tranches ? Il faudra tenir compte d’un contexte budgétaire difficile… Et du financement de la sécurité sociale, une autre question tout aussi essentielle et délicate.


Taxation climatique


D’autres pistes alimentent la réflexion : la globalisation progressive des revenus issus des capitaux ou l’impôt sur les grands patrimoines qui voient s’empoigner les partis de gauche et de droite.
« Il faudra bien sortir de l’ambiguïté autour de la taxation climatique », lance également Bruno Colmant. « Tout le monde la veut, mais personne ne veut la payer ! Pourquoi ne pas pénaliser les comportements peu vertueux pour discipliner les gens par l’impôt ? Ce serait une fiscalité fisco-dégradable. Je pense qu’il faut ouvrir le débat sur la taxe carbone. »


Revenu cadastral


Tout en dénonçant une kyrielle de déductions fiscales auxquelles il faudrait faire un sort (elles engloutiraient deux tiers de nos recettes), Ivan Van de Cloot cible la fiscalité immobilière. « Le revenu cadastral implique trop d’anomalies et d’injustices », a-t-il souvent eu l’occasion de nous expliquer. « Pour un bien d’une même valeur, les revenus cadastraux peuvent varier du simple au triple. » Un autre bel os à ronger.


Par Didier Swysen

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