Les prix des maisons de repos ont explosé en Wallonie depuis cinq ans

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La Fédération des CPAS a analysé les prix des maisons de repos en Wallonie depuis 1998. Or, au cours des cinq dernières années, on a assisté à une véritable explosion. La hausse nominale des prix a été de 26,4 % en moyenne et atteint même 32,1 % dans le secteur privé. Sur la même période, nous n’avons connu qu’une inflation de 8 %
Passer ses vieux jours en maison de repos sera-t-il bientôt un luxe réservé aux plus nantis ? À la lecture d’une étude réalisée par la Fédération des CPAS de Wallonie, on est en droit de se poser la question.
L’analyse étudie les tarifs demandés par les maisons de repos du secteur public, privé et associatif pour chacune des provinces.
« De 1998 à 2013, les prix suivaient l’inflation », nous explique Jean-Marc Rombeaux, l’auteur de l’étude. « C’était une évolution logique, car les coûts d’une maison de repos, ce sont principalement les salaires du personnel, qui sont indexés. Tout comme les pensions et autres allocations sociales dont bénéficient les résidents. Mais depuis cinq ans, la donne a changé. Alors que nous avons connu une inflation cumulée de 8 %, l’augmentation moyenne des prix a atteint les 26 %. Et dans les maisons de repos privées, nous sommes même à 32 % »
Entre 2013 et 2018, la croissance réelle cumulée (qui « neutralise » l’inflation) a été de 17 % alors qu’elle ne fut que de respectivement 3,5 %, 0,7 % et -2,2 % au cours des 3 quinquennats précédents. Interpellant !
Pourquoi ça augmente ?
Pour Jean-Marc Rombeaux, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette hausse. « D’abord, les prix de l’immobilier ont fortement augmenté. Ce n’est pas un hasard si l’on voit que cette hausse est plus forte dans le Brabant wallon, une province où l’immobilier augmente. A contrario, dans le Hainaut, l’augmentation est plus modérée. »
Mais le prix de l’immobilier n’est pas le seul facteur qui joue. « Nous avons constaté un renforcement des normes architecturales », décrypte Jean-Marc Rombeaux. « La superficie minimum d’une chambre est passée de 12 m² à 15 m². Il faut désormais mettre à disposition des cabinets de toilette individuels. Si le renforcement des normes se justifie, en bout de course il faut payer l’addition. »
Troisième élément : les standards de confort évoluent. « Quand on va à l’hôtel ou à hôpital, on a systématiquement un frigo et une télévision dans la chambre. C’est la même chose dans les maisons de repos. »
Enfin, la hausse dans le secteur privé pourrait aussi être liée à la montée en puissance de grands groupes privés spécialisés dans la gestion des maisons de repos. Une croissance vraisemblablement catalysée par la faiblesse des taux d’intérêt.
Danger pour les finances
Des maisons de repos plus chères, c’est une mauvaise nouvelle pour les actuels et futurs pensionnaires. Mais aussi pour les finances publiques. « Mécaniquement, si la tendance se poursuit, on risque d’avoir davantage de personnes qui frapperont aux portes du CPAS pour faire face à la facture », conclut Jean-Marc Rombeaux.
Pour faire face à ce défi, la Fédération des CPAS avance différentes pistes, dont le développement des services à domicile et des formules d’accueil alternatif ; le relèvement des pensions minimales et de l’allocation d’aide aux personnes âgées (APA) ou encore le soutien aux maisons de repos publiques, moins onéreuses.

 

Par Guillaume Barkhuysen Source 

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