La Meuse est encore aujourd’hui le plus ancien journal encore en activité de Belgique puisqu’il date de 1856

Lien permanent

À l’arrivée des Allemands en mai 1940, la plupart des quotidiens belges avaient choisi de se saborder ou de prendre le chemin de l’exil. « C’est le cas du journal La Meuse qui était déjà à l’époque le plus lu de Liège, explique l’historienne Catherine Lanneau (Uliège). Il réussira à publier encore quelques numéros à Paris sur les presses de Paris-Soir jusqu’à ce que Paris soit envahie à son tour. »

Mais à Liège, les Allemands s’emparent des presses et décident de relancer un journal avec une série de collaborateurs. « Non sans ironie, ils choisissent de l’appeler « La Légia », du nom de l’autre cours d’eau qui donna naissance à la ville. » Le premier numéro de La Légia paraît déjà le 25 mai 1940, 15 jours à peine après l’invasion. Il est contrôlé par la « Propaganda Abteilung », la section nazie de la communication qui lui attribuera les stocks de papier de la Gazette de Liège.

La Légia devint alors le seul quotidien diffusé en province de Liège et atteignit rapidement les 90.000 exemplaires. « Ce succès s’explique davantage par la soif d’informations locales des Liégeois que par une quelconque adhésion à l’idéologie nazie », s’empresse d’ajouter Catherine Lanneau. Car, en dehors de la propagande, il publiait encore les faits divers locaux et des informations pratiques (résultats sportifs, spectacles…) »

Fin 1941, La Légia adopte une ligne plus wallonne avec un nouveau rédacteur en chef, Pierre Hubermont, un collaborateur notoire qui provenait de la presse de gauche du Hainaut. « Il essaya de vanter la proximité culturelle supposée entre la Wallonie et la germanité. » En vain...

Et puis, en septembre 1944, arrivent les troupes américaines qui libèrent la ville les 7 et 8, et la province tout entière dès le 15 septembre. Et de suite, on voit alors réapparaître le vrai journal « La Meuse ». « Il s’agissait au départ de quelques feuilles, de format tabloïd, imprimées sur du papier jauni car il n’y en avait pas d’autres, explique pour sa part Francis Balace, également historien à Uliège. Et il était l’œuvre du plus important mouvement de résistance unifié liégeois, « le Front de l’Indépendance », animé par le futur baron Pierre Clerdent.

Dans le maquis

Il faut dire aussi que la majorité des anciens journalistes de La Meuse avait « cassé leur plume » en mai 40 et avait rejoint « le maquis de la presse ».

Ils étaient rentrés chez eux et avaient tout fait pour échapper au travail obligatoire en Allemagne afin d’apporter leur soutien aux mouvements de résistance. Notamment en rédigeant les nombreux pamphlets anti-boches qui étaient distribués sous le manteau.

Ce sont eux qui, dans un premier temps, imprimèrent donc cette « nouvelle Meuse ».

« Mais le vrai propriétaire du journal, à savoir le chevalier de Thier, s’est alors offusqué que son titre soit ainsi récupéré, fusse même par les résistants, reprend Francis Balace. Jean de Thier, qui s’était bien comporté durant la guerre, gueula un bon coup et récupéra son titre. »

Mais il se heurta alors à une autre difficulté de taille, à savoir celle d’obtenir du papier pour pouvoir l’imprimer.

« Le gouvernement belge avait prévu une allocation papier aux différents journaux selon leur tirage d’avant-guerre et leur attitude vis-à-vis de l’occupant. Cela ne posait pas de problème pour La Meuse, sauf qu’il fallait acheminer les bobines de papier depuis Bruxelles et que les routes et les ponts étaient ce qu’ils étaient après la guerre… »

Finalement, ce n’est qu’au début du mois de novembre que la vraie nouvelle Meuse a reparu, avec bon nombre de journalistes d’avant-guerre. Les collaborateurs de La Légia ayant été pour la plupart jugés sévèrement.

Et La Meuse est encore aujourd’hui le plus ancien journal encore en activité de Belgique puisqu’il date de 1856.

Par Luc Gochel

Source 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel