Le superéthanol E85 bientôt autorisé chez nous

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Selon les stations-service, le litre d’E85 se paie aux alentours de 0,5-0,8 euros en France, contre plus de 1,4 pour la 95 et 1,5 pour la 98. Ce carburant contient 85 % de bioéthanol, complété par 15 % d’essence traditionnelle.

Même s’il nécessite l’installation d’un boîtier (entre 700 et 1.600 euros, lire ci-contre) et entraîne une consommation plus importante (+20 %), l’E85 permet de sérieuses économies sur le long terme.

Il cartonne chez nos voisins.

Ils font le plein d'essence et leur compte en banque est vidé !

Le superéthanol devrait bientôt débarquer en Belgique, mais il risque de ne pas être aussi intéressant. Un arrêté royal est en cours de finalisation chez la ministre fédérale de l’Énergie, Marie-Christine Marghem. Il a été déjà validé par des organes tels que le Conseil supérieur des Indépendants. C’est maintenant au tour du Conseil d’État de se prononcer.

« Si tout se passe bien, le texte pourrait être validé avant la fin de l’année. Nous sommes certes en affaires courantes, mais il y a moyen de demander l’urgence au regard des objectifs 2020 de la Belgique en matière d’émissions », précise le cabinet de la ministre. Le texte doit aussi être signé par les ministres Ducarme et Beke, en charge des Classes Moyennes et de l’Économie.

Le ministre des Finances a aussi son mot à dire au niveau du montant des accises.

La Brafco, la Fédération des négociants en carburants, redoute un scénario comme pour le diesel XTL, un produit de synthèse nettement plus cher que la version fossile. « L’idéal serait d’avoir un taux d’accises de zéro comme pour le CNG, le gaz naturel comprimé », indique Olivier Neyrinck de la Brafco.

Max 1,1 euro/l

Du côté de l’Association belge de bioéthanol (BBA), on estime – au prix actuel de l’essence – que le litre d’E85 devrait être d’un euro, voire 1,1 pour vraiment séduire l’automobiliste.

« On verra avec le prochain gouvernement. La note De Wever évoque une taxation accrue au niveau des émissions de CO2. Il faudra voir comme sera considéré l’E85 », explique Hendrik Lemahieu de la BBA. Selon lui, le gouvernement sortant semblait ouvert à ne pas être trop gourmand avec les accises.

L’essor du superéthanol ne se fera pas sans les pétroliers. « Le secteur n’est pas opposé à l’E85, mais il n’est pas demandeur non plus », prévient Jean-Benoît Schrans, porte-parole de la Fédération pétrolière.

Il rappelle que l’éthanol est déjà présent dans l’essence actuelle à concurrence de 10 %. « L’Europe veut plafonner la contribution des biocarburants utilisés dans le secteur des transports, produits à partir de cultures alimentaires avec en 2020 un seuil maximum de 7 % de biocarburants première génération comme l’éthanol. L’85 dépasse donc de loin les limites européennes », détaille le représentant des pétroliers.

« Quoiqu’il en soit, on ne devrait jamais avoir des prix aussi bas pour l’E85 qu’en France car ce biocarburant est une filière pour leurs importants surplus céréaliers. La situation de l’agriculture n’est pas la même en Belgique », conclut Olivier Neyrinck de la Brafco.

Toutes les voitures ne pourront pas rouler à l’E85

« En proportion très importante, le bioéthanol est plus corrosif que l’essence. Cela peut mordre et poser des problèmes au niveau des joints. Certaines voitures déjà en circulation ne sont pas adaptées à ce carburant. Il faudra voir modèle par modèle avec la marque », prévient Jean-Marc Ponteville de Volkswagen Belgique. Cela dit, le moteur est le même que pour une essence. Au Brésil, on roule de belle lurette au bioéthanol. « Si l’E85 se développe en Belgique, les constructions automobiles ne manqueront pas d’adapter les nouveaux véhicules mis en vente », rassure notre interlocuteur.

La qualité énergétique de l’E85 n’est pas la même que l’essence. Elle est un peu plus faible. Il faut en injecter plus dans le moteur. Or la concentration peut varier dans le moteur en fonction des pleins essence/bioéthanol. « C’est pour cette raison que l’on doit installer un boîtier qui détecte en permanence la concentration d’octane et gère le moteur pour conserver la même puissance », explique le porte-parole de VW.

Reste à avoir du bioéthanol en suffisance. « La capacité actuelle de production en Belgique est d’environ 200 millions de litres par an. On pourrait monter à 500 millions. La capacité est suffisante pour faire face à l’arrivée de l’E85 », estime Hendrik Lemahieu, de la Belgian Bioethanol Association. Et en cas de manque, les pétroliers ont toujours la possibilité de s’approvisionner dans d’autres pays européens.

Supprimer les accises sur le diesel synthétique

L’E85 n’est pas le seul nouveau carburant proposé aux automobilistes. Le diesel XTL, un produit de synthèse, existe aussi et est déjà autorisé à la vente en Belgique. « On l’appelle aussi HVO. Pour l’instant, il n’y a qu’une seule station-service à le proposer à Bornem en Flandre et un seul transporteur à l’utiliser », explique Olivier Neirynck de la Fédération des détaillants en carburants et combustibles. Il faut être très motivé pour remplir son réservoir.

Le prix maximal est de 2,002 euros le litre alors que le diesel normal flirte avec 1,5 €. « En fait, le niveau des accises du XTL/HVO est identique au diesel alors qu’il est plus cher à produire. Nous plaidons pour la suppression totale des accises sur ce produit, comme c’est le cas en Allemagne. Ainsi, il sera légèrement moins cher que le diesel habituel », indique Olivier Neyrinck. Pour lui, le XTL/HVO est plus écologique que le diesel : « Les émissions sont moins élevées, notamment au niveau des fameuses particules NOX. En matière de consommation, il est au moins au niveau du diesel, et au mieux un peu plus performant. C’est la réponse au dieselbashing que l’on connaît actuellement ».

Y.H.

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Mauvaise nouvelle pour les conducteurs qui comptaient passer au superéthanol, une fois sa commercialisation autorisée en Belgique. Ce nouveau carburant que la ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem, s’apprête à reconnaître (nos éditions de ce jeudi) ne bénéficiera pas d’une taxation avantageuse, contrairement à ce qui se fait en France.

« Ce produit sera taxé comme l’essence », explique la porte-parole du SPF Finances. Il sera donc soumis à un droit d’accise, à un droit d’accise spéciale et à une cotisation sur l’énergie. Le tout représentera près de 60 cents par litre.

« Si l’on ajoute à cela, la TVA qui s’applique sur les accises, on devrait arriver aux alentours de 2,2 du litre. C’est une estimation rapide. Personne ne va payer cela alors que l’essence avoisine 1,5 euro/l », déplore Olivier Neirynck, directeur technique de la Brafco, la fédération des détaillants de combustibles et de carburants.

En France, le litre d’E85 se vend, en moyenne 0,7 euro, avec des différences notables selon les endroits. Beaucoup d’automobilistes se ruent dessus, même si la consommation est supérieure de 20 % à l’essence (la valeur énergétique de l’E85 est inférieure) et malgré la nécessité d’installer un boîtier spécial, valant plusieurs centaines d’euros. Chez nos voisins, cet investissement de départ est rapidement amorti, tant le produit est avantageux.

Incohérent !

« Avec un tel prix, aucun pétrolier ne va investir pour lancer ce carburant en Belgique. Le superéthanol nécessite des cuves et des pompes particulières. On ne peut pas utiliser celles employées pour l’essence », déplore Olivier Neirynck, très remonté. « Une ministre mouille sa chemise pour mettre à disposition un nouveau carburant plus écologique et on le tue avec la fiscalité. Il faut être cohérent. Le CNG (gaz naturel comprimé), un carburant purement fossile, n’est pas soumis aux accises, ce qui rend son prix attractif. Et l’E85, qui est renouvelable, est taxé, ce qui empêchera toute concurrence avec l’essence. Nous regrettons profondément cette situation ».

YANNICK HALLET

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