Six gardes forestiers ont été engagés au sein de l’unité anti-braconnage afin de traquer les braconniers

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« Le braconnage des oiseaux, un fléau »

En 2018, l’Unité anti-braconnage (UAB) de l’administration wallonne a dressé 726 procès-verbaux, soit 42% de plus qu’en 2017. Une tendance à la hausse qui restera la même en 2019 selon Philippe Brasseur, garde forestier à l'Unité anti-braconnage de la Région wallonne.

« L’image d’Epinal qui colle aux gardes forestiers, c’est le gars qui place son collet pour piéger un lapin et que le garde tente de piéger. Notre job, aujourd’hui, c’est de chercher les gens qui font un commerce des animaux. »

Pour cela, ces agents, qui ont qualité d’officier de police judiciaire peuvent aussi effectuer des enquêtes où ils étudient la téléphonie des personnes suspectées de braconnage, recoupent les emplois du temps, recherchent des renseignements, procèdent à des auditions, etc. « On vient souvent en appui d’autres services comme l’Afsca, la police, les douanes, les agents de triage, le DNF ou les parquets. »

Pour coller aux mieux à leurs missions et faire face aux nombreux faits de braconnage, des recrutements ont été effectués l’année dernière. Six jeunes recrues sont venues s’ajouter aux huit déjà présentes, ce qui porte à 14 les agents qui travaillent au sein de la DAB.

Mais il serait faux de croire que les agents de l’UAB travaillent uniquement sur la traque des braconniers de grands et petits gibiers. « Cerfs, papillons , escargots, oiseaux : on travaille sur toutes les espèces », souligne Philippe Brasseur. Les gibiers ne sont pas les plus recherchés. Le commerce des animaux interdits concerne avant tout… les oiseaux. « La viande de gibier, c’est devenu beaucoup plus dur à écouler. Il y a la traçabilité, les contrôles AFSCA. Par contre, chaque année, on saisit entre 1.000 et 1.500 oiseaux chez des tendeurs. »

75 €/pièce

Et visiblement, question rentabilité, certains ont trouvé leur voie. « Quand vous savez qu’un chardonneret se vend entre 70 et 75€/pièce, et que certains en possèdent une centaine chez eux, ça vaut la peine, non ? Au 30 juin de cette année, on avait déjà 500 oiseaux saisis pour une vingtaine de PV. »

Pendant notre interview, un appel sur le réseau Astrid (NdlR : le réseau de communication réservée aux services d’aide et de sécurité en Europe), signale d’ailleurs le succès mené quant à une opération anti-braconnage concernant des perdreaux. Preuve s’il en est que les braconniers n’oublient aucune espèce. Philippe Brasseur se tient au courant de l’évolution des dossiers à tout moment au même titre que ses collègues avant de débriefer les suites à leur retour et d’envisager la suite du dossier.

Avant de partir, il nous montre également deux boîtes remplies de papillons épinglés. Ils ont été saisi lors d’une opération. Le garde-forestier pointe du doigt un des magnifque spécimen : un papillon blanc tâcheté : « C’est un Apollon. Un papillon blanc issu du sud de la France et introduit en Belgique. A la revente, il coûte 95€. » Saisi et confisqué. Un exemple qui démontre par l’absurde que le travail de surveillance de l’UAB est un job de tous les instants…

JOHNNY MAGHE

Des amendes de 100 à 100.000 euros

Les amendes en relation avec le braconnage peuvent parfois être très lourdes. Elles peuvent varier entre 100 et 100.000€. « Un primo-délinquant dans les oiseaux si on le prend une première fois, il paiera entre 250 et 300€. La deuxième fois, on peut déjà monter jusqu’à 3.000€. » Philippe Brasseur se souvient du cas d’un habitant de Houffalize, « serré » quatre fois en deux ans. « Il a perdu deux véhicules dans l’aventure et a écopé d’une amende de 8.000€ en plus des saisies. »

Attention au recel

Attention toutefois, si vous ne braconnez pas, mais que vous gardez chez vous des animaux ou parties d’animaux braconnés, vous êtes susceptibles de vous retrouver devant un tribunal correctionnel pour recel. Le cas typique : les cuisses de grenouilles. « Même 20 cuisses dans votre congélateur, si on les trouve en remontant une filière et que vous êtes un simple consommateur, on les confisque et vous vous retrouvez effectivement devant un tribunal correctionnel pour recel… La consommation en dehors de la période de chasse est interdite.»

J.M.

«Ça peut aller du chômeur au chef d’entreprise»

Il y a différents types de braconniers. Socialement, cela peut aller « du chômeur au chef d’entreprise », explique Philippe Brasseur.

Nous distinguerons trois types d’usagers du braconnage.

« Il y a tout d’abord ceux qui font cela par passion. Ceux-là sont des vrais passionnés, ils ne peuvent pas résister à l’appel de la pleine lune. Ensuite, il y a les personnes pour qui la forêt est synonyme de réserve d’argent », ajoute le garde-forestier. « Ils viennent souvent lorsqu’ils doivent faire face à un imprévu financier. Si la machine à laver pète, ils vont péter un chevreuil pour faire rentrer l’argent nécessaire. »

Le prestige du trophée

La troisième catégorie, ce sont les chasseurs qui viennent pour « le sport ». « Ce qui les intéresse, ce sont les trophées. » Le prestige d’une chasse exposé en instant dans dans un salon.

Philippe Brasseur nous pointe alors du doigt le trophée qui se trouve suspendu au mur, derrière nous. Un cerf trône majestueusement dans la salle. « L’homme est chasseur et n’avait droit qu’à tirer une seule bête. » Ce qui avait déjà été fait. « Mais sur son territoire de chasse, il a vu un cerf venir manger le maïs réservé aux sanglier

« L’homme, patron d’une entreprise de toiture, n’a pas résisté et a tiré le cerf. « Un jeudi», se souvient notre interlocuteur. « Et il se fait prendre le samedi avec la tête dans sa voiture. Ça lui a coûté 5.000 euros et la confiscation du trophée...»

J.M.

«Des missions de police à temps plein»

Depuis le 1er septembre 2018, l’Unité anti-braconnage (UAB) ne dépend plus du Département de la Police et des Contrôles (DPC) mais du Département Nature et Forêt (DNF).

Une mission qui repose sur les mêmes compétences de police, valables à l’échelle de la Wallonie, que tous les gardes forestiers du DNF, précisait récemment le ministre wallon René Collin (cdH). « Qu’ils soient à l’UAB, au Service de la pêche ou affectés à un triage forestier. La seule véritable différence est que les gardes de l’UAB sont chargés de missions de contrôle et de police à plein temps alors que leurs collègues ont des missions de gestion et d’avis entre autres au bénéfice des communes ou du monde de la pêche.

Ces gardes forestiers ou gardes du Service de la pêche ne doivent pas être confondus avec les « gardes-chasse » qui sont commissionnés par les chasseurs pour la surveillance de la chasse et sur des territoires particuliers. »

Les chiffres de 2018 montrent que les agents du l’UAB ont été bien occupés puisqu’ils ont dressé 726 PV, contre 512 en 2017 et 620 en 2016. Parmi les PV de 2018, la moitié avaient trait à la conservation de la nature et 30% à la chasse. Et cette tendance ne devrait pas diminuer en 2018, loin de là.

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