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Clap de fin depuis samedi soir dans le Carré pour le café l’Escalier

« Ça fait un petit temps que le club ne fonctionne plus », avoue celui qui est aussi le président de l’ASBL HoréCarré. « Nous avons connu une année très difficile, j’ai dû délier plusieurs fois les cordons de ma bourse pour continuer à payer mon personnel et mes fournisseurs. A long terme, cette situation n’était pas tenable. Je me suis donc résolu à déposer le bilan. Je me rendrai au tribunal de l’entreprise la semaine prochaine pour acter cette fermeture définitive. Cette situation m’attriste au plus haut point, c’est un aveu d’échec. J’ai cherché par tous les moyens à maintenir en vie ce lieu qui a beaucoup compté pour les fans de musique. Mais quand les finances ne suivent plus, il faut aussi parvenir à dire stop. »

Des années de succès avant la galère

Ouvert en 1992, l’Escalier est rapidement parvenu à se démarquer des autres établissements du Carré. Grâce à sa programmation orientée rock et aux concerts qui y étaient organisés, il a su attirer une large clientèle de jeunes passionnés de musique. Il n’était pas rare de voir des gens débarquer de Bruxelles ou de Namur uniquement pour y danser jusqu’aux petites heures.

Le rock faisant moins recette, l’Escalier a connu un virage vers les musiques électroniques il y a une dizaine d’années. Le succès fut d’abord au rendez-vous, avant que les DJ’s ne se produisent de plus en plus souvent devant un dancefloor clairsemé.

« C’est désormais le hip hop qui plaît le plus aux jeunes », analyse Freddo Rinné. « Mais je ne m’y connais pas suffisamment dans ce style musical pour en programmer. J’ai toujours voulu que l’Escalier soit un lieu où on peut entendre de la musique de qualité, sans changer de style au gré des modes. Dans le même ordre d’idées, je ne cherche pas forcément un repreneur. Je serais trop déçu de voir le club perdre son ADN avec un autre patron. Si quelqu’un se propose et s’engage à en préserver l’âme, je suis bien sûr prêt à discuter. Mais pour être franc, je ne pense pas que ça arrivera. »

Avertis au début de la semaine, les membres du personnel ont réussi à préserver le secret de cette fermeture-surprise jusqu’à la dernière minute. Un lieu aussi emblématique méritait bien ce départ en beauté.

Le berceau de la scène rock liégeoise

Qui sait si Piano Club, Hollywood Porn Stars ou encore le collectif JauneOrange auraient vu le jour si l’Escalier n’avait pas existé ? Tout ce que l’on peut dire, c’est que c’est là que se sont rencontrés les plus grandes figures de la scène rock liégeoise.

Créé en 1992 par Pascal Levenstond, Denis Lamalle et Fabrice Lamproye, l’actuel co-directeur des Ardentes, l’établissement a rapidement séduit tous les jeunes mélomanes de Liège et des environs. De nombreux groupes de la région y ont aussi joué leurs premiers concerts, en lever de rideau des véritables pointures étrangères qui s’y produisaient.

Dans la foulée, l’Escalier a donné naissance à la Soundstation et à un petit frère du côté de Huy, qui ont eux aussi fermé leurs portes depuis lors.

Les nombreuses réactions sur les réseaux sociaux témoignent de l’attachement de nombreux Liégeois à ce lieu emblématique du Carré. Avec lui, c’est une partie de leur jeunesse qui s’en va pour toujours.

Freddo Rinné aurait sans doute pu surfer sur cette nostalgie pour annoncer la fermeture de l’endroit quelques semaines à l’avance, avec une belle dernière recette à la clé.

C’est mal connaître cet homme discret, qui a toujours préféré braquer les projecteurs sur son personnel et les artistes programmés plutôt que sa petite personne. C’est peu dire qu’il va nous manquer, autant que ce lieu qu’il aura porté jusqu’au bout sur ses larges épaules.

 
Par PAR GILLES SYENAVE
 
 
 

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