C’est une installation unique en Europe, à base d’ultra-sons, qui a été installée sur un mât d'une éolienne

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La construction des parcs éoliens n’est pas toujours sans effet sur les populations d’espèces animales, comme les chauves-souris, qui utilisent le vol comme moyen de locomotion. Il semble qu’elles soient les premières victimes des éoliennes. Cette espèce animale protégée entre souvent en collision avec les pales ou décède à cause de la dépression près du rotor.

La société Engie Electrabel souhaite optimiser la protection des chauves-souris. « Le site éolien de Modave, inauguré en 2018, se situe à proximité des bois et des prairies. Il y a donc davantage de probabilité que les éoliennes attirent les chauves-souris », explique Stéphane Bronckers, responsable de la recherche éolienne chez Engie Electrabel. Les éoliennes, en raison de la chaleur qu’elles dégagent, sont en effet des lieux favorables aux insectes, ce qui en fait un territoire intéressant pour les chauves-souris. « La nacelle qui se trouve à 93 mètres tout en haut de l’éolienne est un véritable territoire de chasse pour les mammifères volants », montre Stéphane Bronckers.

5 haut-parleurs et des caméras thermiques

Pour diminuer le taux de mortalité des chauves-souris, un système de protection des chauves-souris par ultra-sons, importé par une entreprise américaine, a été installé par Engie Electrabel sur une éolienne. Une première européenne ! 5 haut-parleurs à ultra-sons ont été placés sur la nacelle. Ensemble, ils créent un bouclier sonore dans la zone de danger autour des pales de l’éolienne et repousse les chauves-souris. « Il ne s’agit pas d’un dispositif nocif pour les chauves-souris. Il permet de créer une gêne pour l’espèce protégée et la contraint d’aller chasser plus loin », indique Loic Biot, chef du projet chez Engie Electrobal.

Le système d’effarouchement sera doublé de caméras infrarouges. Elles détecteront la présence de mammifères volants et permettront une mise à l’arrêt automatique de l’éolienne. Les deux dispositifs seront combinés en alternance durant quatre mois. « Nous sommes actuellement en phase test jusque fin octobre. A l’issue de ce projet initié début 2019, nous analyserons les résultats afin de quantifier le nombre de chauves-souris », poursuit Loic Biot. Une installation qui n’aura aucun impact sur les riverains de Modave. « Les ultra-sons seront uniquement localisés au niveau de la partie tournante de l’éolienne », précise Loic Biot. Un micro sera également installé prochainement et permettra de comptabiliser et identifier les espèces présentes. Dans cette région, c’est principalement la Pipistrelle, une espèce très présente en Europe.

« On perd 3 % d’énergie avec le bridage actuel »

Implanté en 2018, le parc éolien de Modave au lieu-dit « Les trinitaires » perd chaque année, 3% d’énergie verte. La cause ? Le système de bridage actuel visant à protéger les chauves-souris n’est pas adapté, selon Engie. « Les 5 éoliennes à Modave s’arrêtent pendant certaines périodes de l’année, à certaines heures et dans certaines conditions de vent et de température. Même s’il s’agit de conditions probables pour que les chauves-souris soient en vol, il arrive qu’à certains moments, elles ne soient pas présentes durant ces périodes. Et dans tous les cas, les éoliennes se stoppent et on perd de l’énergie », souligne Stéphane Bronckers. Ces arrêts préventifs devraient à l’avenir être totalement remplacés par le nouveau dispositif en double alternance. « A long terme, l’objectif est de diminuer ou de rendre moins sévère le système de bridage. Notre objectif est double : protéger les chauves-souris et maximaliser l’énergie verte », conclut Stéphane Bronckers.

Le coût total de ces nouvelles installations s’élève à 42.000 euros. Ce système, en test jusqu’en octobre prochain, pourrait bien en inspirer d’autres et s’appliquer à d’autres éoliennes du pays, voire d’Europe.

Par AMÉLIE DUBOIS

 

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