Les agriculteurs ne les voient pas d’un bon œil…

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Un bonheur. Depuis quelques semaines, nous ouvrons grand les yeux au volant de notre voiture. Les champs wallons ont rougi. Ils n’ont pas pris de coup de soleil. Cela n’a rien à voir non plus avec la future coalition entre les Socialistes et les Ecolos. Bien que. On parle ici de « coquelicots » mais le mot est mis au pluriel. Oui, vous l’avez constaté : c’est le retour des coquelicots qui embellissent notre nature. N’allez pas les cueillir, ils faneraient tout de go. Non, laissez-les bien là et profitez.

Nous avons demandé à Bernard Bodson quelle était la raison de ce come-back floral. Les coquelicots étaient en voie d’éradication dans nos campagnes. « Il y a le fait qu’un certain nombre d’herbicides n’est plus autorisé », avance le directeur de l’asbl Ferme Expérimentale de Gembloux Agro-Bio Tech. Le spécialiste est aussi responsable de l’Unité de Phytotechnie tempérée. Des herbicides qui combattaient assez bien les coquelicots qui sont considérés comme des mauvaises herbes.

Les produits qui étaient utilisés pour combattre les coquelicots ? « Ce ne sont pas les glyphosates qui étaient mis pour lutter contre les chardons ou les rhizomes. C’est-à-dire des tiges qui se développent dans les zones avec des bourgeons. Ils sont très difficiles à détruire car les autres produits que le roundup ne descendent pas jusqu’au rhizome ». Ici, on parle des autres produits désherbants que sont les phytohormones ou l’isoproturon, un dérivé de l’urée. « Il y a aussi le fait que les bords des champs et les zones tampon d’un mètre voire plus ne sont plus pulvérisés. On y a laissé pousser les mauvaises herbes. Le fait de ne plus les pulvériser a engendré le retour des coquelicots qui sont une mauvaise herbe particulièrement envahissante ».

50.000 graines par plant

Le bonheur de nos yeux n’est pas celui des agriculteurs. « Ce n’est pas pour rien qu’on a combattu les coquelicots à une certaine époque. Un seul plant équivaut à 50.000 graines de coquelicots. Dans notre ferme expérimentale, nous avons fait des essais avec les bleuets et les coquelicots. Ils se multiplient de manière importante. C’est vrai que c’est beau mais s’il y a une trop grande propagation, il y aura automatiquement une perte de rendement au niveau des champs ».

Bernard Bodson prend l’exemple des bleuets. « Ils étouffent le colza ». Le seul moyen de lutter contre ces plantes envahissantes, si on ne peut plus utiliser les désherbants habituels ? « C’est le désherbage mécanique. Et encore, il faut le faire au printemps pendant deux jours et trois fois de suite… à condition que le champ soit très sec ». Un désherbage qui se fait à l’aide d’une petite herse.

Ici, dans le cas qui nous occupe, il n’y a pas eu d’hiver. « Or, un certain nombre de coquelicots se développe durant l’automne et ne passe pas l’hiver, s’il y en a un ».

Bref, les agriculteurs risquent d’être rapidement confrontés à la surpopulation de coquelicots. « Des coquelicots qui ne fleurissent qu’entre deux et trois semaines ».

PIERRE NIZET

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