En Belgique, les dépenses des partis politiques sont plafonnées : voici ce qu’ils comptent dépenser

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En Belgique, le financement des partis et les dépenses qu’ils peuvent engager durant une campagne électorale sont strictement réglementés.

« La loi de financement des partis politiques a été adoptée en juillet 1989 », nous explique Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB. « Elle comporte principalement deux volets. »

Le premier concerne le financement des partis. « Depuis 1989, ils peuvent bénéficier d’un financement public s’ils remplissent deux conditions. La première est de compter au moins un élu au fédéral. La deuxième, qui est plus formelle, c’est que le parti doit indiquer dans ses statuts ou dans son programme qu’il respecte et applique la Convention européenne des droits de l’homme. »

Si les partis disposent d’un financement public et de dons de particuliers, les dépenses autorisées durant les quatre mois qui précèdent les élections sont elles aussi réglementées.

« Tous les acteurs sont soumis au contrôle des dépenses électorales », ajoute Pascal Delwit. « Il y a deux catégories d’acteurs concernés. La première, ce sont les partis qui ne peuvent pas dépenser plus de 1 million d’euros. Les candidats ont également un plafond à respecter. Pour déterminer celui-ci, il faut connaître son statut. »

Pour faire simple, les candidats dits « éligibles » peuvent dépenser 8.700 € auxquels il faudra ajouter 0,037 € par électeur vivant dans la circonscription. (NdlR : le nombre de candidats « éligibles » de chaque liste correspond au nombre de sièges déjà obtenus +1). Les candidats effectifs et le premier suppléant peuvent dépenser 5.000 €. Enfin, les autres candidats sont concernés par un plafond fixe de 2.500 €.

59 millions

Du côté de l’Institut de recherche VIVES de la KULeuven, on a calculé les montants que peut dépenser chaque parti pour la campagne 2019. Au total, ils pourront utiliser au maximum 59.030.694 €.

Mais ce plafond théorique ne devrait pas être atteint. En se basant sur des scrutins précédents, des simulations ont été réalisées. Selon celles-ci, « seuls » 32.546.136 € seront utilisés, dont 3.347.342 € par le PS, 3.169.940 € par le MR, 2.612.684 € par le cdH ou encore 1.101.242 € pour Ecolo. Pour les Verts, qui nous ont livré leur budget total de campagne (lire par ailleurs), on peut remarquer que le montant calculé par ces chercheurs a été légèrement surestimé. 

Di Rupo-Magnette: un duo de «dynamite douce»

PAR DIDIER SWYSEN

Paul Magnette qui ne ferme pas la porte à des négociations avec la N-VA, au contraire d’Elio Di Rupo. Depuis la sortie du numéro 2 du PS, au « Zevende dag », l’émission politique dominicale de la VRT, les observateurs flamands s’enflamment. Di Rupo-Magnette, c’est de la dynamite, entend-on. De la dynamite douce alors. S’il y a une « saine rivalité » entre eux, elle ne risque pas d’exploser, certainement pas à brève échéance. Tout se passe de façon bien plus subtile, même si 2019 marquera (sans doute) le passage de témoin entre eux à la tête du PS…

Di Rupo et Magnette disent-ils vraiment des choses différentes ? Là où Elio Di Rupo a exclu de gérer avec la N-VA, Paul Magnette aurait donc laissé dimanche la porte entrouverte… À titre de comparaison, cette phrase puisée dans la presse flamande il n’y a pas un mois : « Magnette a encore répété clairement que le PS ne gérerait pas avec la N-VA, ce que même Di Rupo n’a jamais dit aussi explicitement. ‘Je n’exclus rien’, a encore affirmé le président du PS dans une interview donnée au Tijd ». À la VRT, Paul Magnette a exclu toute négociation portant sur la réforme de l’État et le confédéralisme, ne souhaitant pas perdre du temps à cela. Alors, bien sûr, il a été plus courtois à la télé flamande que dans un meeting du PS en Wallonie, mais Bart De Wever agit-il autrement ? Le risque (ou la chance) est faible de voir le PS négocier une majorité avec la N-VA et quasiment inexistant de voir les deux ténors socialistes s’étriper sur la question. Plus étonnante a été la sortie récente d’Elio Di Rupo sur la révision de la Loi de financement. Il n’envisageait des discussions qu’à l’horizon 2024, mais c’est rare dans son chef, lui qui balaie d’ordinaire ce genre de question. Paul Magnette a donc fermé la porte ce week-end, balançant le célébrissime « Nous ne sommes pas demandeurs ». Question de stratégie (le MR est prompt à critiquer un axe PS/NV-A sur l’institutionnel).

Leur rivalité va-t-elle « exploser » sur la place publique après les élections ? En 2014, ils avaient surpris tout le monde en se présentant en duo aux négociations. On peut leur faire confiance pour trouver un système qui permette à chacun de trouver sa place cette fois aussi. Rien d’irréparable ne devrait donc les opposer… Certainement si le PS réussit ces élections. Le duo Di Rupo-Magnette ne repose pas sur une logique « clanique » comme au MR, entre Charles Michel et Didier Reynders. Ils n’incarnent pas des socialismes différents, appelés inéluctablement à s’affronter. Même si les scrutins du 26 mai se révélaient une Berezina pour le PS, on ne s’attend pas à un putsch. L’élection présidentielle aurait alors sans doute lieu plus tôt qu’à l’automne (ou l’hiver) prochain, mais toujours dans la courtoisie et la gratitude…

Le leadership du PS peut-il influencer les négociations avec les autres partis ? En se présentant à l’Europe, scrutin où il est possible de réaliser un score « monstrueux » (la même liste de Mouscron à Arlon), alors qu’il a annoncé qu’il ne siégerait pas, restant bourgmestre de Charleroi, Magnette cherche le plébiscite qui confirmerait son statut de « prince héritier » et annoncerait son sacre prochain. Le fait de le voir, lui et non Di Rupo, à un congrès des socialistes flamands, montre que les « camarades du Nord » ne sont pas insensibles au charme du futur numéro un potentiel du PS. Son style décontracté, son verbe clair, la nouvelle génération (socialiste) qu’il incarne à merveille, sa très, très bonne connaissance du néerlandais (on oserait presque ajouter son côté « gendre parfait ») ne doivent pas non plus laisser insensibles d’autres leaders flamands, du CD&V, de l’Open VLD, de Groen… Gageons qu’Elio Di Rupo l’a déjà compris…

2019, l’année où Paul Magnette s’est imposé comme le patron du PS. On le sait depuis longtemps : « Brutus » Magnette (47 ans) ne trucidera pas « César » Di Rupo (67 ans). Même si ses partisans piaffent d’impatience, le premier n’est pas un ingrat et sait ce qu’il doit au second. La donne changera-t-elle si, fort de résultats électoraux favorables et de négociations réussies, l’actuel président envisageait de rempiler encore ? Magnette ne peut être le Prince Charles du PS. Les camarades ne doutent pas que Di Rupo passera enfin le flambeau. Ils ont sans doute raison… Quoique Di Rupo reste l’homme de toutes les surprises. Souvenez-vous de la manière dont il les a tous pris de vitesse pour annoncer sa place sur les listes…

Le Vlaams Belang utilise l’image de Francken: il porte plainte

 

 

Theo Francken est furieux et il a décidé de porter plainte contre le Vlaams Belang. L’ex-secrétaire d’État N-VA à l’Asile et à la Migration n’apprécie pas que le parti extrémiste profite de sa popularité en Wallonie pour l’associer à sa campagne.

En cause, une affiche du Belang où l’on voit la tête de Theo Francken, avec ce message : « Stop à l’immigration, votez Vlaams Belang ». « Le Vlaams Belang se répand en Flandre avec l’affirmation que j’ai mené une politique trop soft, que j’ai même échoué », précise Theo Francken. « Et il mène campagne en Wallonie avec ma photo. Il abuse de ma popularité au Sud du pays. C’est pathétique ! »

Le VB, qui mène aussi campagne avec la photo de Marc Dutroux, soit dit en passant, est en effet présent en Wallonie pour cette campagne, ce qui explique ces affiches rédigées en français.

L’affiche qui montre Theo Francken laisse penser que voter pour la liste 9 (le numéro du Vlaams Belang) est un vote pour Theo Francken. Le ténor de la N-VA a été alerté par des amis francophones. Le VB accompagne sa campagne d’une critique de la gestion de l’Asile, mais là, le nom de Francken n’est pas cité.

Un vide juridique autour des réseaux sociaux!

 

Les dépenses des partis sont réglementées, tout comme les supports sur lesquels ils peuvent faire de la publicité.

Ainsi, un mouvement politique ne pourra pas acheter d’espace pub à la télévision ou au cinéma pour diffuser un spot. Par contre, il pourra diffuser ces vidéos dans des publications sponsorisées sur les réseaux sociaux.

« Il y a un vide juridique évident », estime Pascal Delwit de l’ULB. « Sur Facebook, Twitter ou LinkedIn, les candidats peuvent diffuser des vidéos sponsorisées. Ils doivent néanmoins intégrer ces coûts dans leurs dépenses électorales. Et si la vidéo a nécessité des coûts de production, ils devront être également repris. »

Mais les réseaux sociaux sont-ils un moyen efficace de toucher toute la population ? « Facebook permet une approche directe, mais est encore utilisé de manière artisanale », estime Pascal Delwit. « Le réseau social permet de faire du ciblage bien plus profond. » Se dirige-t-on vers des campagnes à l’américaine, où le « Big Data » joue un rôle prépondérant ? « Aux États-Unis, même le porte-à-porte se fait sur la base d’identifications très précises », conclut Pascal Delwit. « On est encore loin de tout ça en Belgique... »

Les partis nous révèlent leurs secrets

La Loi prévoit des plafonds pour les dépenses des candidats, mais aussi des partis. Mais combien comptent-ils réellement dépenser sur le millions d’euros prévu par la Loi ? Voici leurs réponses

PS. Les socialistes précisent qu’ils « dépensent le budget légal » et « ne privilégient pas un moyen plutôt qu’un autre ». Le PS sponsorise des campagnes sur les réseaux sociaux : Facebook et Instagram, sans préciser de montant. « Nous y communiquons, par exemple, notre proposition sur les pensions. Les candidats utilisent des moyens plus classiques (tracts...) pour dénoncer les mesures négatives du gouvernement MR/N-VA. ».

MR. Chez les libéraux, on explique que « la réglementation électorale autorise le parti à consacrer 1 million d’euros à la campagne ». Un tiers de ce budget va à des messages sponsorisés sur les réseaux sociaux. « Nous avons, par exemple, lancé une chaîne de libre expression à destination des jeunes, intitulée #NoFilter. Elle s’adresse aux primo-votants. Si elle est visible par tous, sa promotion n’est faite que vers les moins de 25 ans. » Le MR utilise tous les supports. C’est la Cellule Communication (10 personnes) qui s’en charge.

cdH. Le budget ? « Celui prévu par le cadre légal », sans autre précision. « Nous travaillons de manière « traditionnelle », avec des affiches, flyers, toutes-boîtes, etc. Parce que c’est important de toucher tout le monde... Mais il est essentiel aussi d’être présent sur les médias sociaux - particulièrement Instagram - puisque les jeunes ont tendance à boycotter les médias traditionnels. » Le cdH utilise des messages sponsorisés sans indication de budget.

Parti populaire. Le PP annonce dépenser 250.000 €, à parts égales entre le digital et les supports traditionnels. 75.000 € partent dans des messages sponsorisés sur les réseaux sociaux. « Oui, nous collaborons avec des leaders d’opinion pour atteindre des publics spécifiques », explique son porte-parole qui indique qu’une cellule de trois personnes a été mise sur pied pour la campagne.

Défi. Pour le parti d’Olivier Maingain, la campagne représente un budget d’un peu moins d’1 million d’euros. Le parti amarante affirme avoir réduit le nombre de tracts papier et d’affiches et a invité les candidats « à faire de même ». Au niveau digital, le budget alloué se situe entre 40.000 et 50.000 €. Enfin, la campagne est pilotée par une cellule de 8 personnes.

PTB. « Le budget pour la campagne électorale en Wallonie est de 150.000 € », nous précise le PTB qui consacre 30 % de ce budget aux meetings, événements et autres moments publics. 15 % du budget est alloué aux réseaux sociaux (sponsoring, graphisme, vidéo...) et environs 30 % à du matériel papier. Enfin, le PTB ne consacre que 5.000 € à des contenus sponsorisés sur les réseaux.

Ecolo. « Le budget prévu pour la campagne électorale 2019 couvrant nos dépenses de Parti et de candidats est de 808.939,71 € », nous explique-t-on chez Ecolo, qui ne joue pas vraiment la carte des contenus sponsorisés sur les réseaux sociaux. « À titre d'exemple, le montant consacré à la promotion s'élevait à environ 7.000 € pour les élections communales. Nous sommes dans le même ordre de grandeur pour le scrutin du 26 mai... Nous nous appuyons surtout sur un large réseau bénévole de membres et de sympathisants pour donner de la portée à nos publications. »

Listes Destexhe. Le budget du dernier né des partis est de 150.000 €. « Nous ne bénéficions d’aucun argent public, nous finançons notre campagne uniquement par des dons », nous précise-t-on du côté des Listes Destexhe, où l’on utilise « un peu » les posts sponsorisés sur les réseaux sociaux. Trois personnes pilotent la campagne avec l’aide d’un support extérieur pour la communication visuelle et digitale.

 

PAR UN DOSSIER DE GUILLAUME BARKHUYSEN ET DIDIER SWYSEN

ELECTIONS 2019

Source 

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