Pourquoi un arrêt à Huy ? Pour la Marche des Survivantes de la prostitution

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Elles ne sont pas nombreuses mais elles font du bruit… Les Survivantes, des québecoises et des françaises, ont débarqué sur une Grand’Place bondée ce dimanche après-midi en scandant : « On veut l’abolition de la prostitution ».

A contre-courant d’autres organisations féministes, elles ne pensent pas que la légalisation, sous la forme d’Eros Centers, par exemple, serait la solution. « C’est une illusion de croire que légaliser offrirait un cadre plus sécuritaire à ces femmes.

Même au sein des Eros Centers, elles se font violenter. Il y a toujours des clients et des proxénètes. Le cadre à appliquer, ce serait de criminaliser les clients et les proxénètes. Et dans l’idéal, d’apporter une aide suffisante aux femmes qui souhaitent sortir de la prostitution.

Il faut comprendre aussi que c’est difficile d’en sortir. Certaines femmes tombent dedans parce qu’elles veulent subvenir à leurs besoins. La prostitution, c’est avant tout un problème social », explique la québecoise Diane Matte, présidente de la coalition internationale pour l’abolition de la prostitution (CAP).

Pourquoi un arrêt à Huy ?

Pour la figure d’Anne-Marie Lizin, bien sûr. Ce lundi matin, les Survivantes feront un arrêt sur la tombe de l’ancienne bourgmestre de Huy, et fervente défenseur de l’abolition de la prostitution. Elle a également présidé le Conseil des Femmes Francophones.

C’est d’ailleurs la « Fondation Anne-Marie Lizin » qui a pris en charge le logement des marcheuses à l’Hôtel du Fort ce dimanche soir. La Ville de Huy a soutenu l’initiative en mettant un local à la disposition des Survivantes. L’échevin, Eric Dosogne, a d’ailleurs tenu à les saluer à leur arrivée.

La marche est menée par Rosen Hicher, une française de 62 ans. Elle s’est prostituée pendant 22 ans, avant de raccrocher définitivement en octobre 2009.

« Tant qu’il y aura des clients, il y aura des femmes vendues. Les clients ont la plus grosse responsabilité. Sans les clients, pas de proxénètes. Donc la priorité, c’est de punir les clients », défend Rosen, déterminée.

« Les prostituées sont en état de survie, constamment.

Elles subissent la violence sexuelle et économique de la part des clients et des proxénètes.

C’est pour cela que nous nous appelons les survivantes ».

Arrêt final de la marche : Bruxelles le dimanche 14 avril.

«Ce n’est pas marqué sur notre front»

Judith, 44 ans, s’est prostituée pendant cinq ans, à 20 ans. Un père dans les affaires, une mère dans l’enseignement... Une famille en apparence parfaite mais très dysfonctionnelle. C’est un des facteurs qui l’a poussée à se prostituer : pour « faire chier » ses parents.

« Maintenant, j’interviens auprès des prostituées. J’ai eu la chance de n’avoir jamais été abusée sexuellement dans mon enfance, de n’avoir jamais consommé de drogues et de venir d’une famille avec des moyens. Cela m’a aidé à m’en sortir », raconte la maman de deux enfants. « J’ai rencontré des centaines de prostituées. La grande majorité fait cela sous la contrainte. A cause de problèmes d’argent, psychologiques, ou sous l’influence d’un proxénète... ».

Judith décrit une vie de marginalisation, coupée de la société, un cercle vicieux dont certaines n’arrivent jamais à se sortir. « On donne l’illusion d’être Julia Roberts dans Pretty Woman, mais c’est faux. Ce n’est pas marqué sur notre front »

PAR E.F.

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