Histoire des 20 ans du Jeu de Bethleem de Saint-Séverin en Condroz. (1949 à 1969).

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Certains se poserons la question « Pourquoi venir sur le Jeu de Bethleem, à 9 mois de Noël » et d’autres auront compris la finesse du choix de cette date !

Mais surtout, nous fêterons cette année 2019, les 70 ans de la création de cette formidable aventure humaine, alliant folklore local adapté à la signification religieuse de Noël.

Aventure qui a largement dépassé les espoirs de son créateur, sur tous les points de vues.

Bonne lecture !

ü Les premiers pas d’un petit garçon en « culottes courtes » !

En ce temps-là, il y a quelques décades, un petit garçon en culottes courtes, lors de l'approche de Noël, courait les rues de notre vieux « D'jud'la Mouse » (au-delà de la Meuse), fasciné par les « crèches vivantes », les potales, et tout le folklore religieux encore en honneur de nos jours.

Le petit garçon grandit, fit son service militaire et ses mois de camps; puis se décide à se préparer à la prêtrise.

Jeune vicaire dans la paroisse ouvrière d'Ans Saint-Martin, où le cœur du peuple bat si généreusement, il fit précéder la messe de Noël d'une paraliturgie (préparation de l'assemblée à l'office de la fête), qui permettait de mieux comprendre le mystère divin et participer à la célébration de la sainte messe.

ü Déjà en 1946, des bribes d’une « Maison de rencontres entre les générations » à Saint-Séverin !

Ce petit garçon en « culottes courtes », nommé curé à Saint-Séverin en novembre 1946, il était nécessaire tout d'abord de remettre en ordre le presbytère et l'église en commençant progressivement l'organisation des différentes œuvres : service des acolytes, patronage mixte des enfants, cercle des jeunes, cercle des adultes en organisant, en hiver, les activités qui s'adressent à la population (concerts, bals, séances de Saint-Nicolas, dramatiques, etc...). Il y avait bonne humeur, émulation et délassement. Mais l'autorité religieuse demande de supprimer concerts mixtes et bals : le curé obéit et renonça à ses projets audacieux pour cette époque. Mais toute la vie paroissiale s'en ressentit : il n'y avait plus rien qui puisse attirer les jeunes et leurs familles; les échecs se succèdent et, finalement, c'est le vide et l'isolement.

Mais chez le curé actif, des souvenirs d'autrefois reviennent à la mémoire : sa famille, au temps où père et mère, et les neuf enfants, « passaient » toute la nuit de Noël à cuire et faire sauter les « bouquettes », à boire quelques verres et surtout à prier et à chanter des vieux chants de Noël interrompus par le tir des carabines, en attendant la grand-messe solennelle de 5 heures du matin, en l'église paroissiale de Robermont. Ou encore ces randonnées anciennes du 24 décembre : rendez-vous à Aubel de la famille et de nombreux voisins, puis en cortège vers l'abbaye de Val-Dieu, marche, éclairée de quelques lampes tempêtes, animée de conversations, de prières et surtout de chants. Nous arrivions devant la porte du couvent, il fallait exhiber la carte d'invitation (seuls les couvents avaient alors l'autorisation de célébrer la messe à minuit).

Et combien d'autres souvenirs de ces « crèches vivantes » du pays de Liège, tellement bien vivantes que saint Joseph recevait du public des cadeaux et des pintes de bière, l'enfant des bonbons et la Vierge des pralines, et des groupes improvisés exécutaient des vieux Noëls à plusieurs voix assez discordantes. Tout n'était pas du meilleur goût, ni d'un sens religieux authentique.

Une idée surgit : rendre à Noël un sens plus profond, plus chrétien et purifier l'aspect folklorique : il y avait là occasion de présenter au public la beauté, la poésie de la fête du Noël chrétien, et donner à une représentation théâtrale toute la valeur d'un enseignement artistique et religieux.

Nouvelle perspective pastorale qui permettrait d'établir des contacts plus directs, avec la jeunesse et la population toute entière. Il suffisait de vouloir et de commencer le travail.

ü Les vrais débuts de la crèche vivante de Saint-Séverin en 1949.

En novembre 1949, il faut rassembler dans la salle, de la paille, du foin, des animaux, des troncs d'arbres, des sapins, etc. et le bras droit du curé, le brave Fernand Delvaux, sera le pionnier de la réalisation de

Noël. Un premier principe est admis : il y aura autant de séances qu'il y aura eu de baptêmes au cours de l'année.

En 1949, le jeu était muet. En 1950, il va s'enrichir de chants de chœurs, de dialogues et conservera cette forme jusqu'à nos jours. Les collaborateurs précieux (de 10 à 15) et les acteurs nombreux (60 à 70) viendront travailler au succès toujours croissant du Jeu de Bethléem à Saint-Séverin.

ü La troupe se déplace pour des représentations extra-muros comme au temps des théâtres ambulants du moyen.

Les déplacements annuels se multiplient, véritable caravane ambulante, camions, camionnettes, autocars qui assurent le transport des décors, des installations électriques, des animaux, des costumes et des quatre-vingts participants. En 1950 représentations à Liège, en 1951 à Ans, en 1952 à Huy, en 1953 à Namur, en 1954 à Ciney. Que de travaux! Mais aussi que de souvenirs pittoresques ! Théâtre ambulant comme au Moyen-Age !

ü Site magnifique et exceptionnel pour le 20ème anniversaire et de nombreux remerciements.

A l'occasion du 20ème anniversaire de cette entreprise (1969), le Jeu de Bethléem sera représenté à l'intérieur même de ce cadre prestigieux qu'est l'église romane de Saint-Séverin. Ce jeu a si souvent contribué dans le passé à faire connaître l'église, ce monument classé et à soutenir financièrement tous les travaux entrepris, à sa restauration et à son embellissement. Que tous ceux et celles qui ont apporté leur dévouement et leur savoir à la réussite du Jeu, trouvent ici notre profonde gratitude et notre admiration dans tous leurs travaux, si obscurs qu'ils fussent, ils ont œuvré pour la prédication du mystère de Noël, pour la gloire de Dieu et pour un esprit d'union et de charité entre toutes les familles. « Gloria in excelsis Deo » et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime !

ü Le prologue d’une représentation.

Donnons quelques explications des mimiques, des attitudes et nous verrons de quoi il s'agit.

Les représentations sont précédées de quelques vieux « Noëls Wallons », chantés par une vingtaine de fillettes costumées en « botteresses ».

  • [Botteresses :
    Derrière un symbole très liégeois (même si le personnage est aussi hennuyer), derrière le folklore wallon, qui sont les botteresses, solides porteuses sur le dos desquelles marchandises diverses et correspondance circulaient ? Les livres d'histoire ont oublié ces femmes; l'exposition «Porteurs ! Histoires de Wallonie et d'ailleurs» au Musée de la vie Wallonne en 1997, nous proposait de les redécouvrir, retraçant ainsi des siècles de l'histoire sociale de notre région.]
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Ce prologue habituera le public au savoureux wallon liégeois et « le mettra dans l'ambiance; elles sont accompagnées de l'accordéon du « Tchantchèt ».

ü Le jeu commence, bien évidemment, par l’« Annonciation ».

Puis sur l'arrière-scène quelques mystères préalables, l'Annonciation, la Visitation.

Des anges descendent alors sur l'avant-scène où Marie et Joseph, refoulés de partout, pitoyables dans leur pauvreté, sont misérablement assis au bord du chemin. Joseph découvre l'étable au moment même où les anges accueillent l'Enfant-Dieu. L'hommage des bergers et des rois mages suit alors et Marie offre son bébé, fait douloureux d'une mère qui sait à quelles destinées sanglantes est destiné son divin Fils.

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Une musique douce souligne les faits et gestes des soixante figurants. Le jeu s'adresse d'abord au peuple et doit garder toute sa simplicité si on veut comprendre le sens profond de Noël. Chaque représentation d'ailleurs remue les assistants et c'est là, sans conteste, un apostolat magnifique. Trois cents fois déjà, ce fut, en même temps qu'un succès, l'occasion de faire pénétrer les leçons et les enseignements de Noël dans des milliers de cœurs.

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ü La perfection vient avec l’expérience et la passion !

A la lumière des précédentes expériences, le Jeu acquiert une perfection nouvelle au gré des ans. Dès octobre, le cercle (et maintenant l'église) se transforme en vrai chantier, tandis que dans la douce tiédeur des maisons de Saint-Séverin s'organise en famille une sainte émulation. D'un côté, hommes, gosses et jeunes gens s'affairent, scient, clouent, peignent. Partout on coupe, on ajuste les tissus, on procède aux essayages au milieu de la joie générale.

Les colonnettes de la scène sont remarbrées, l'ensemble est rafraîchi, la crèche reconstruite avec les écorces et les troncs de la nouvelle fournée. Les familles se disputent l'honneur de prêter leur nouveau-né pour figurer l'Enfant-Jésus. La veille de Noël, le presbytère de Saint-Séverin ressemble à une ruche bourdonnante, voire à une pouponnière.

  • [Remarbrer :
    Dessiner ou peindre de nouveau pour imiter les veines du marbre.]

ü Souvenirs et anecdotes.

Au cours des représentations, les surprises d’une part d'improvisation allaient laisser la note juste de l'étonnement. Ainsi, l'émotion de la Vierge se mettant à pleurer devant le geste si frais, si spontané du petit berger couvrant de sa petite peau de mouton les pieds de l'Enfant. Ou encore ce bambin de 3 ans qui s'aventure sur la scène à la recherche de l'Enfant-Jésus et qui, chemin faisant, joue avec les moutons, donne la main à un petit berger et, finalement, découvre le pauvre berceau de l'Enfant-Dieu.

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ü Le plaisir de vivre un beau Noël ne s’arrête pas après les représentations !

Le Jeu semble prendre une finale inattendue au moins pour les acteurs qui circulent à leur aise partout au rez-de-chaussée du presbytère, de la salle à manger au bureau, en passant par le hall et la cuisine où pétille un grand feu de bois. Femmes, hommes, enfants s'attardent au plaisir d'être ensemble, de se retrouver ou de se connaître.

On rince les bols au robinet, on est bien, on est comme chez soi, on ne forme plus qu'une grande famille.

ü Douce nuit ! Sainte nuit !

Puisse ce Jeu, créé au sein de notre population si généreuse, continuer longtemps encore à rassembler les bonnes volontés et les cœurs dans un même idéal de charité, d'union et réaliser dans le Condroz cette paix promise par Dieu, par la voix des anges, aux hommes de bonne volonté.

ü Pour faire vivre ce texte, nous avons besoin de vous !

Nous nous arrêterons ici, ce texte qui est déjà bien long à lire et surtout que le texte écrit par l’Abbé Pierre Thunus se termine en 1969 ainsi que les représentations (selon les informations inscrites sur la pierre commémorative offerte par les paroissiens lors du décès de « leur curé » qui se trouve sur le mur du fond de l’église, à droite en entrant.

Pour agrémenté notre texte nous avons besoin de vos témoignages et mieux, de souvenirs, des anecdotes ou encore mieux des photos pour narrer la « version populaire » du Jeu de Bethleem dans l’esprit de son créateur.

Il nous manque surtout le « pourquoi » et le « comment » se sont arrêtées les représentations.

Vous pouvez nous laisser un commentaire sous cet article et faire parvenir vos éventuelles photos à l’adresse de notre Blog : nandrin.blog@gmail.com

ü Sources

  • Texte fortement inspiré de la brochure écrite par l’Abbé Pierre Thunus, Curé de Saint Séverin de 1946 à 1971 et qui s’intitule « 1949-1969 SAINT-SÉVERIN en Condroz ; son Jeu de Bethleem ».
  • Internet pour les explications précédées du symbole i.
  • La mémoire d’anciens participants que nous remercions.

Article de l’Équipe du Blog.

Merci de nous lire et si cet article vous a plu, partagez-le pour permettre à d’autres d’en profiter !

Commentaires

  • En 1968 , c était moi l enfant Jesus et ma tante Ryette Pollard qui jouait la vierge Marie .
    Mon oncle Rene Pollard a certainement des photos.

  • Grand merci pour cette info, j'espère d'autres réactions pareilles...

  • C'est Josette ,ma soeur, en Marie ,sur une des photos,mais je ne sais plus l'année !

  • Merci pour l'info, nous essayons de "reconstruire" le trio Saint (L'enfant, Marie et Joseph), voire plus si possible pour les 20 années… Un fameux défi !

  • J'ai été un des "St-Joseph quelques fois. Avec différentes vierges nou s avons eu de nombreux enfants dans les bras. En famille nou en parlons toujours avec beaucoup d'émotion.neviève de rappeler ces belles années. Merci

  • En 1963, monsieur le Curé Thunus vint me demander pour "emprunter" mon fils à l' occasion du Jeu de Bethléem. Lors de la représentation, il n' arrêta pas de dormir. Pourtant, la Vierge, Bernadette NEUKFENS, fille du garde-champêtre et de l' institutrice de la commune, le sortit de sa litière et le promena dans ses bras, sans jamais qu' il se réveille. Ce fut une soirée d' émerveillement, dans une ambiance conviviale et chaleureuse.

  • En 1963, monsieur le Curé Thunus vint me demander pour "emprunter" mon fils à l' occasion du Jeu de Bethléem. Lors de la représentation, il n' arrêta pas de dormir. Pourtant, la Vierge, Bernadette NEUKFENS, fille du garde-champêtre et de l' institutrice de la commune, le sortit de sa litière et le promena dans ses bras, sans jamais qu' il se réveille. Ce fut une soirée d' émerveillement, dans une ambiance conviviale et chaleureuse.

  • Fort émue d'avoir découvert l'article...
    Je suis la Vierge de la première photo, avec mon frère Jean et ma fille Anne-Marie Jolly.
    Pour amener des détails à votre article, je peux vous raconter que ma maman était dans les coulisses pour s'occuper des anges, qu'elle confectionnait les robes avec d'autres personnes et que ma grand-mère repassait les robes chiffonnées.
    Mon frère Emile et mon mari, Marcel Jolly, s'occupaient de la technique dans une cabine suspendue au plafond avec les moyens du bord (musique et éclairage).
    Tout le monde participait et nous avions même un petit berger venu de Zottegem, vivant depuis de nombreuses années à Londres, qui avait une admiration pour le curé et n'a jamais oublié ces moments.
    Monsieur le Curé se trouvait "dans le trou du souffleur" en agitant sa lampe de poche pour distraire les bébés de la crèche.
    Chacun de mes enfants a pris la place du bébé de la crèche. En général, on refusait du monde mais la séance de Noël 68 laissa un grand nombre de places vides suite aux fortes chutes de neige, ma petite dernière n'a pris la place de l'enfant Jésus que pour une vingtaine de spectateurs.
    Que de souvenirs...

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