Le froid tue

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froid.gifAlors que la France assiste à une hécatombe due à une grippe meurtrière, on observe chez nous un regain d’activité dans les entreprises de pompes funèbres et dans les crématoriums. Si la grippe s’annonce aussi virulente chez nous que chez nos voisins, ce mois de janvier, qui est habituellement le mois le plus mortel dans notre pays, pourrait cette année battre des records. Le seuil épidémiologique devrait être atteint cette semaine. 

«Neuf enterrements mercredi, huit jeudi et neuf vendredi! Nous venons de connaître une semaine hyperchargée» , nous confie Denis Fontaine, patron des entreprises funèbres Fontaine à Gilly (Charleroi).

«Et la semaine qui ar
rive s’annonce bien remplie puisque nous avons eu neuf décès déjà ce dimanche. Comparé à janvier dernier, nous enregistrons une hausse de 50% de décès. Pour ces deux premières semaines de janvier, nous avons déjà 60 décès, soit le total atteint sur l’ensemble de janvier 2016».


CHARLEROI: 2 MORTS DE FROID La cause de ces décès?

«Dans deux cas précis, c’est vraiment le froid qui a tué les personnes. L’une à Marchienne-au-Pont et l’autre, dans un squat non chauffé de Charleroi. À côté de cela, nous avons pas mal de personnes en difficulté qui décèdent à l’hôpital». Au crématorium de Ciney, on confirme que ce mois de janvier commence «fort». «Alors que l’on tourne avec une moyenne mensuelle de 190 défunts par mois, on est actuellement à 210 défunts mensuels», déclare Patrick Cavé, directeur.

«Cela a légèrement allongé les délais: pour un décès qui survient lundi, il faut compter sur une incinération vendredi au lieu de jeudi. Pour faire face, on a aussi élargi nos horaires. On autorise maintenant les incinérations à 16 heures. La famille doit alors venir rechercher l’urne le lendemain». Au crématorium de Frasne-lez-Anvaing (Hainaut),
on est déjà à 111 crémations à cette mi-janvier, contre 176 pour le mois de janvier 2016 complet.

PLUS DE 320 DÉCÈS PAR JOUR

Que dit l’ISP, l’Institut de santé publique? Les derniers chiffres disponibles (jusqu’au 15 décembre 2016) font état de 320 décès quotidiens (322 morts le15 décembre 2016, 325 le 13 décembre 2016, etc.), des chiffres au-delà des prévisions et que l’on atteint en général en janvier, et pas (déjà) en décembre. Va-t-on atteindre les records de l’hiver 2014-2015 avec la barre des 400 décès quotidiens franchieen février 2015?

Trop tôt pour le dire. Mais il est clair que le froid que l’on annonce ces prochains jours ne va pas arranger les choses. À titre de comparaison, on est à environ 240 décès par jour en été. Car le froid… tue. Pourquoi? Nous avons posé la question au docteur Philippe Devos, chef du service des soins intensifs au Centre hospitalier chrétien Saint-Joseph Liège. «En général, 80% de l’augmentation des décès en janvier est imputable à la grippe», dit-il.

«La grippe est considérée par beaucoup comme une maladie bé
nigne, or, elle tue nettement plus que la route! En Belgique, la grippe (et ses infections secondaires) provoque la mort de 1.500 personnes environ par an. Pour les accidents de la route, on est sous les 800 tués par an. Lorsque des patients fort âgés sont frappés par la grippe et arrivent en soins intensifs, certains demandent aussi à ce que l’on ne s’acharne pas avec un respirateur…

Il y a aussi les causes multifactorielles. Le verglas d’il y a sept jours par exemple a entraîné pas mal de chutes et des fractures de la hanche chez les personnes âgées. Chez les plus de 75 ans, l’alitement peut tourner en thrombophlébite, en embolie pulmonaire ou en bronchopneumonie, et ils peuvent en décéder». Autre élément, observé par le docteur Devos, mais qui n’a rien à voir avec le froid: le coup de blues.

«Les dépressions liées à la période des fêtes et post-fêtes entraînent pas mal de suicides». L’épidémie de grippe devrait être atteinte cette semaine en Belgique. Le seuil est fixé à 140 consultations (pour signes grippaux) sur 100.000 habitants. On était à 133 mercredi dernier.


CITADELLE: 50 ENFANTS/JOUR!

Les hôpitaux sont prêts. Au CHC Saint-Joseph à Liège, les masques par exemple sont disponibles au service des urgences. «Si un patient arrive dans un état grippal, on lui fait porter le masque pour éviter qu’il ne contamine les autres patients et les accompagnants» , poursuit le docteur Devos.

Les services pédiatriques sont eux déjà dans le feu de l’action. «Chez nous à la Citadelle, un enfant hospitalisé sur deux l’est à cause de la grippe», indique Nathalie Evrard, porte-parole de ce gros hôpital liégeois. «Soit 40 à 50 enfants par jour admis pour des symptômes grippaux, sur un total de 100 admissions». Et ce n’est qu’un début.

Article de F. DE H. Source Sudinfo 

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