Nandrin : Christina : « J’ai peur qu’un autre de mes fils se suicide »

Lien permanent

William 1 an.JPG

Le 25 juin 2013, William Vandervoort (14 ans) mettait fin à ses jours, en se pendant à un arbre de son jardin.
Le jeune Nandrinois n’avait pas supporté son échec scolaire. 
Un an plus tard, Christina Mbuaya, sa maman, appréhende la fin des examens.
 « J’ai une angoisse au fond de moi.
 J’ai peur que l’histoire se répète », confie-t-elle.
 
 
 
Le calme règne dans la maison familiale
rue sur Haies, à Nandrin.
Non pas que les garçons étudient.
Ils ne sont tout simplement pas là. 
«Je les ai envoyés chez ma soeur depuis le début du mois. Je ne peux pas les voir étudier leurs leçons.
Je ressens une angoisse profonde.
 Je me demande sans cesse : et s’ils ratent, que se passera-t-il ? 
Ils doivent aller chercher leur bulletin vendredi prochain,je ne sais pas encore si je pourrai les accompagner.
J’ai très peur »,confie-t-elle d’une petite voix.
Nicolas (17 ans, en 4e année à l’Abbaye de Flône), Joachim (12 ans,en 1re année à l’Abbaye de Flône)et Noé (9 ans, en 3e année à l’école Saint-Martin de Nandrin) travaillent pourtant bien à l’école.
«Je sais qu’ils vont réussir. Et pourtant,je n’arrive pas à ne pas m’inquiéter.
Le plus petit n’est pas motivé,il ne voit pas l’intérêt de travailler « si c’est pour mourir »,comme il dit. 
Avec ses professeurs,on essaie de lui faire comprendre.
Joachim au contraire n’étudie pas pour lui, mais pour nous, j’ai l’impression.
Selon lui, il faut absolument réussir, il met la barre très haut. 
Je lui répète qu’il ne doit pas se mettre la pression, qu’il doit faire de son mieux mais que s’il échoue, ce n’est pas grave.
 Nicolas est entre les deux, parfois il s’enferme, parfois ça va. 
Cette période est pénible pour moi mais c’est encore pire pour eux. »
Le 25 juin, cela fera un an que William a posé son geste fatal.
 Sa mort avait provoqué un grand émoi, poussant à la réflexion de nombreux parents et professeurs sur la crainte de l’échec scolaire chez les enfants. 
Les proches de William se sont mobilisés à plusieurs reprises pour dire « Stop au suicide». 
Ils ont notamment organisé une soirée du souvenir, sept mois après le drame, pour faire passer le message et récolter des fonds afin d’offrir une tombe digne de ce nom au jeune Nandrinois.
«Nous souhaitons une stèle en forme de coeur car il était notre l’Arnaq’coeur », nous avaient confié ses parents. 2.700 euros avaient finalement été récoltés.
Les pompes funèbres villersoises Noël avaient alors offert un beau cadeau à la famille.
Elles ont mis le supplément nécessaire aux dons (soit 6.640 euros) pour que William ait sa tombe en forme de coeur.
 Les pompes funèbres étaient en train de placer la pierre tombale en granit Himalaya orangé-rosé-noir hier matin,dans le cimetière de Nandrin. 
La stèle gravée sera ajoutée dans les jours qui viennent. 
Tout devrait être prêt pour vendredi prochain.
«Je n’ai pas encore été voir, j’irai samedi après la messe que nous organisons pour William, samedi 28 juin », indique Christina, sa maman. 
Les amis et la famille du Nandrinois comptent effectivement se réunir pour penser, tous ensemble, à leur Arnaq’coeur regretté.
«Il y aura une messe puis un verre à la maison.
Nous irons ensuite faire une petite prière au cimetière », précise-t-elle.
On s’en doute, cette année n’a pas été simple pour la famille endeuillée.
«Personnellement, j’ai fait le yo-yo : parfois je suis en pleine forme, parfois je me sens inutile,je n’ai envie de rien faire.
C’est le cas en ce moment.
Je me suis coupée de tout le monde.
 Mon moral est au plus bas et impossible de dormir. 
Je ne me comprends pas,parfois j’ai l’impression de devenir folle ! Je sais qu’il faut aller de l’avant mais c’est plus fort que moi.
 Cette  rage au fond de moi, je ne parviens pas à passer outre... »
 
article de ANNICK GOVAERS dans le journal La Meuse H-W du 20 juin 2014
 
 
Le Papa 
 
« J’ai pris congé la semaine prochaine pour prier »
 
Le papa de William, Jules Vandervoort,appréhende lui aussi cet anniversaire.
Sa foi l’aide à surmonter cette épreuve.
 «J’ai pris congé la semaine prochaine car je ne pourrai pas travailler la semaine de la mort de mon fils. 
Je vais prier beaucoup.
Je vais demander à Dieu que cette tragédie ne se reproduise plus et qu’il me donne la force de pardonner à l’école. 
Le décès de William m’a encore plus donné la foi mais cette période reste très difficile à vivre. 
Je souffre plus aujourd’hui qu’il y a trois mois », souffle-t-il.
Quant à l’arbre de la pendaison, le Nandrinois attend l’autorisation de la commune pour le couper.
«J’ai déjà enlevé pas mal de branches, mais j’aimerais le raser.
Ça me rappelle de trop mauvais souvenirs.
»
 
LA VIDÉO
« Pas de réponse »
 
Le jour du drame, William avait filmé son geste avec son téléphone.
 L’appareil avait été saisi. 
Christina Mbuaya nous avait confié à plusieurs reprises son désir de visionner la vidéo.
 «Ça sera dur, je le sais, mais je pense que cela va m’aider à accepter qu’il est parti pour de bon, qu’il ne va jamais revenir...
». Un an plus tard, cette maman n’a pas eu accès aux images. «J’appelle tout le temps l’assistante juridique du Parquet mais ça ne répond pas.
 J’aurais aimé que ça soit fait avant le 25 juin. » 
 

Les commentaires sont fermés.