L'histoire s'ouvre une veille de Noël (24/12/2020)

L'histoire s'ouvre une veille de Noël brumeuse dans « un froid vif et perçant », exactement sept années après la mort de Jacob Marley, l'associé d'Ebenezer Scrooge, ce « vieux pécheur … avare qui savait saisir fortement, arracher, tordre, pressurer, gratter, ne point lâcher surtout !

Dur et tranchant comme une pierre à fusil dont jamais l’acier n’a fait jaillir une étincelle généreuse, secret, renfermé en lui-même et solitaire comme une huître ».

Scrooge ne connaît ni la bonté, ni la bienveillance, ni la charité, et il déteste Noël qu'il qualifie de « foutaises » (humbug).

Toujours assis à son bureau, le feu réduit à quelques braises, il n'a cure du froid qui oblige pourtant son employé Bob Cratchit, aussi surmené que mal payé, à se réchauffer les doigts à la flamme de la bougie.

Son allure glaciale frigorifie le pauvre commis plus que ne le font les éléments ; d'ailleurs, ne vient-il pas de refuser l'invitation à dîner de son neveu, chasser un jeune garçon venu chanter un cantique à sa porte, puis vertement se débarrasser de deux messieurs sollicitant un don pour un repas de fête destiné aux pauvres, ces inutiles dont la mort réglerait le problème de la surpopulation.

Le seul cadeau maigrement consenti a été de donner un jour de congé à Bob Cratchit, et encore, se convainc-t-il, pour satisfaire à une inique convention sociale, une « pauvre excuse pour mettre la main dans la poche d’un homme tous les 25 décembre, dit-il en boutonnant sa redingote jusqu'au menton.

Mais je suppose qu’il vous faut la journée tout entière ; tâchez au moins de m’en dédommager en venant de bonne heure après-demain matin ». Bob se réjouit pourtant de cette misère car il entend dignement fêter Noël avec sa famille en puisant sur ses 15 shillings hebdomadaires.

 
Scrooge dîne seul dans une taverne « mélancolique », puis rentre chez lui par la nuit noire : « La cour était si obscure, que Scrooge lui-même, quoiqu'il en connût parfaitement chaque pavé, fut obligé de tâtonner avec les mains.
Le brouillard et les frimas enveloppaient tellement la vieille porte sombre de la maison, qu’il semblait que le génie de l’hiver se tînt assis sur le seuil, absorbé dans ses tristes méditations».
Mais voici qu'apparaît dans le marteau de la porte le visage de Jacob Marley, et que, quelques instants plus tard, la porte de la cave s'ouvre avec fracas.
« Foutaises que tout cela », grommelle le vieillard, alors que résonnent des claquements de chaînes et des sonneries de cloches, et que se dresse bientôt devant lui le spectre tout entier. « Foutaises », se persuade-t-il sans grande conviction, le fantôme est bien là : « Son corps était transparent, si bien que Scrooge, en l’observant et regardant à travers son gilet, pouvait voir les deux boutons cousus par derrière à la taille de son habit.
Scrooge avait souvent entendu dire que Marley n’avait pas d’entrailles, mais il ne l’avait jamais cru jusqu'alors ».
Marley a un message à transmettre : que Scrooge change de comportement, sinon il vivra, comme lui, l'enfer de l'éternité. De toute façon, il va être hanté par trois esprits chargés de lui montrer comment quitter le mauvais chemin.
Sur ce, le fantôme s'efface à travers la fenêtre pour rejoindre un groupe de congénères évoluant dans l'air de la nuit.
Scrooge s'essaie à son « foutaises » habituel, mais ne peut en prononcer que la première syllabe, et il se met au lit.
 
 
 
Une heure sonne à l'horloge lorsque Scrooge remarque une vive lumière perçant l'obscurité, puis, alors que les rideaux de son lit sont violemment tirés par une main invisible, il discerne une « étrange silhouette, celle d’un enfant ; et néanmoins, pas aussi semblable à un enfant qu’à un vieillard vu au travers de quelque milieu surnaturel, qui lui donnait l’air de s’être éloigné à distance et d’avoir diminué jusqu’aux proportions d’un enfant ».
C'est l'esprit des Noëls passés qui invite Scrooge à revivre ces fêtes du temps jadis depuis son enfance  : un 25 décembre dans la solitude d'un pensionnat, avec pour toute compagnie Les Mille et Une Nuits et Robinson Crusoé, un autre dans la même institution où sa sœur Fan est venue le chercher pour célébrer l'occasion en famille à Londres, une autre fois alors qu'apprenti chez le vieux Fezziwig, Dick Wilkins et lui ont transformé l'entrepôt en hall de danse, enfin un dernier Noël quand Belle, sa fiancée, lui a rendu sa bague en lui reprochant de préférer l'argent à leur amour.
De quoi émouvoir le vieil homme qui, mortifié de ce qu'il a perdu, prie l'esprit de bien vouloir lui épargner d'autres souvenirs. Rien n'y fait  : alors,
 
« « Laissez-moi ! s’écria-t-il ; ramenez-moi, cessez de m’obséder ! »
Dans la lutte, si toutefois c’était une lutte, car le spectre, sans aucune résistance apparente, ne pouvait être ébranlé par aucun effort de son adversaire, Scrooge observa que la lumière de sa tête brillait, de plus en plus éclatante.
Rapprochant alors dans son esprit cette circonstance de l’influence que le fantôme exerçait sur lui, il saisit l’éteignoir et, par un mouvement soudain, le lui enfonça vivement sur la tête.
L’esprit s’affaissa tellement sous ce chapeau fantastique, qu’il disparut presque en entier ; mais Scrooge avait beau peser sur lui de toutes ses forces, il ne pouvait venir à bout de cacher la lumière, qui s’échappait de dessous l’éteignoir et rayonnait autour de lui sur le sol.
Il se sentit épuisé et dominé par un irrésistible besoin de dormir, puis bientôt il se trouva dans sa chambre à coucher.
Alors il fit un dernier effort pour enfoncer encore davantage l’éteignoir, sa main se détendit, et il n’eut que le temps de rouler sur son lit avant de tomber dans un profond sommeil. »
 
L'horloge sonne à nouveau une heure, mais Scrooge ne remarque aucun signe de l'arrivée d'un nouvel esprit.
Une lumière, cependant, semble émaner de la pièce contiguë ; il en ouvre la porte et se trouve face à face avec un brasier triomphant dans l'âtre et un esprit gigantesque trônant au sommet d'une corne d'abondance ruisselant de gâteries de saison.
C'est l'esprit du Noël présent qui conduit Scrooge le long des rues et dans les marchés où règnent l'abondance et la bonne volonté.
Puis il l'emmène vers la maison de Bob Cratchit, où Mrs Cratchit et les enfants s'affairent à la préparation du dîner de fête.
Bob revient de l'église avec son fils Tim. La famille se régale des maigres portions allouées  : chaque petit morceau d'oie rôtie, chaque parcelle de purée, de goutte de sauce à la pomme, de miette du pudding final se voit méticuleusement dévorée.
 
« Enfin, le dîner achevé, on enleva la nappe, un coup de balai fut donné au foyer et le feu ravivé.
Le grog fabriqué par Bob ayant été goûté et trouvé parfait, on mit des pommes et des oranges sur la table et une grosse poignée de marrons sous les cendres. Alors toute la famille se rangea autour du foyer en cercle, comme disait Bob Cratchit, il voulait dire en demi-cercle : on mit près de Bob tous les cristaux de la famille, savoir : deux verres à boire et un petit verre à servir la crème dont l’anse était cassée.
Qu’est-ce que cela fait ? Ils n’en contenaient pas moins la liqueur bouillante puisée dans le bol tout aussi bien que des gobelets d’or auraient pu le faire, et Bob la servit avec des yeux rayonnants de joie, tandis que les marrons se fendaient avec fracas et pétillaient sous la cendre. Alors Bob proposa ce toast :
« Un joyeux Noël pour nous tous, mes amis ! Que Dieu nous bénisse ! » La famille entière fit écho.
« Que Dieu bénisse chacun de nous ! », dit Tiny Tim le dernier de tous. »
 
 
Le petit Tim et son cher papa.
Cette scène a, elle aussi, de quoi émouvoir le vieux Scrooge qui se préoccupe de savoir si Tiny Tim va vivre. La réponse de l'esprit est sibylline, mais ferme : « ― Si mon successeur ne change rien à ces images, qui sont l’avenir, reprit le fantôme, aucun autre de ma race ne le trouvera ici.
Eh bien ! après ! s’il meurt, il diminuera le superflu de la population.
Scrooge baissa la tête lorsqu’il entendit l’esprit répéter ses propres paroles, et il se sentit pénétré de douleur et de repentir. »
, d'autant qu'il assiste maintenant à une scène qui le sidère et l'éclaire tout à la fois : Bob partage avec les siens des histoires de Noël, tous chantent des cantiques, puis il lève son verre et, malgré une certaine hésitation de la part de Mrs Cratchit, chacun l'accompagne et lève le sien à la santé de… Mr Scrooge, « le mécène de notre petit gala. »
 
Le fantôme emmène Scrooge par les rues de la cité, dans la petite baraque d'un pauvre mineur, au sommet d'un phare solitaire et sur un navire en haute mer où se célèbrent les festivités de Noël.
Puis Scrooge est conduit chez son neveu Fred où la fête bat son plein. Le vieil homme ressent soudain l'envie de se joindre aux chants et aux jeux de cette joyeuse compagnie, et même de participer au « Répondre par oui ou non » dont lui-même, Oncle Scrooge, est l'objet. Le fantôme vieillit, cependant, et se prépare à mettre un terme à « sa vie sur ce globe terrestre », mais Scrooge remarque deux affreux gamins cachés sous son voile.
Ce sont Ignorance et Besoin, une fillette et un garçonnet difformes exilés là comme des rebuts d'humanité.
« Ce sont les enfants des hommes, dit l’esprit, laissant tomber sur eux un regard, et ils s’attachent à moi pour porter plainte contre leurs pères. Celui-là est l’ignorance ; celle-ci la misère.
Gardez-vous de l’un et de l’autre et de toute leur descendance, mais surtout du premier, car sur son front je vois écrit : Condamnation. Hâte-toi, Babylone, dit-il en étendant sa main vers la cité ; hâte-toi d’effacer ce mot, qui te condamne plus que lui, toi à ta ruine, comme lui au malheur. Ose dire que tu n’en es pas coupable ; calomnie même ceux qui t’accusent ! Cela peut servir au succès de tes desseins abominables. Mais gare la fin !
― N’ont-ils donc aucun refuge, aucune ressource ? s’écria Scrooge.
― N’y a-t-il pas des prisons ? dit l’esprit, lui renvoyant avec ironie pour la dernière fois ses propres paroles. N’y a-t-il pas des maisons de force ? ». »
L’horloge sonne minuit, et au sein de l'épais brouillard qui s'ajoute à la nuit, Scrooge aperçoit un fantôme « à l’aspect solennel, drapé dans une robe à capuchon et qui venait à lui glissant sur la terre comme une vapeur ».
 
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08:31 Écrit par Jeannick | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |