Vers l’arrêt de la centrale nucléaire de Tihange (19/11/2020)

Vers l’arrêt de la centrale nucléaire de Tihange: «Les écolos sont responsables»

Une réunion s’est tenue ce mardi en fin d’après-midi en présence de la direction d’Engie Electrabel et les représentants du personnel. Au cours de ce rendez-vous, Engie a annoncé son intention d’arrêter ses investissements liés à la prolongation de la centrale nucléaire de Tihange et plus particulièrement, Tihange 3.

Le nouveau gouvernement fédéral s’est engagé à maintenir cette sortie du nucléaire pour 2025 tout en s’octroyant une possibilité d’adapter ce calendrier avec la prolongation du réacteur de Tihange 3. Réacteur le moins vieux en Belgique avec Doel 4. Et on le sait, ce maintien du calendrier de sortie était particulièrement défendu par les écologistes.

3.000 emplois

Cette sortie du nucléaire annoncée pour 2025 ne sera évidemment pas sans incidences pour la Ville de Huy, notamment en matière d’emploi et de finances. Le bourgmestre ff, Éric Dosogne pointe d’ailleurs du doigt les écolos, à l’annonce de cette nouvelle décision d’Engie, « qui souhaite prendre les devants ». « On va perdre plus de 3.000 emplois, 15 millions à la Ville de Huy. J’ai envie de dire, merci Ecolo. Les écolos nuisent gravement à la santé financière de la Ville. À mon sens, ils sont les responsables de cette nouvelle décision suite à leur campagne publicitaire. Ils ont voulu absolument sortir du nucléaire mais ils oublient que la population va tout de même consommer de l’électricité. Des kilowattheures vont donc être importés d’autres pays, et je ne suis pas sûr que le consommateur va en sortir gagnant », s’indigne Éric Dosogne.

La fermeture de Tihange constitue un enjeu majeur pour la Ville de Huy. La centrale, véritable moteur de l’économie hutoise représente un tiers du budget communal. Pas uniquement pour les emplois mais par les contributions qu’elle représente. « Nous avons évidemment déjà pris des dispositions en réduisant le budget communal de 49 à 46 millions d’euros. Tout en sachant que la centrale représente un budget de 15 millions. Il faut continuer à diminuer les dépenses mais il va tout de même falloir garantir les emplois à la Ville mais également un service à la population, tout en réduisant les coûts. On ne peut pas retirer 15 millions d’un coup. Et que l’on ne me dise pas que le démantèlement de la centrale va procurer de l’emploi. Cette sortie du nucléaire va également impacter les communes avoisinantes car il faut savoir que de nombreux travailleurs de la centrale sont originaires de communes limitrophes. Et 3 millions d’euros sont aussi investis dans la zone Hemeco par Engie », continue le bourgmestre ff.

« Ils ont pris les devants »

En octobre dernier, Engis Electrabel avait laissé entendre que la volonté du gouvernement de laisser une porte ouverte, jusqu’à la fin de 2021, avec la prolongation de Tihange 3 n’était pas « réaliste ». Le groupe avait d’ailleurs expliqué qu’une décision de prolongation devait être prise au plus tard pour fin 2020 en ajoutant que les commandes de combustibles et les travaux nécessaires à la prolongation prendraient entre 30 et 36 mois. « On s’y attendait au vu des réunions précédentes. Même s’il y a un accord de prolongation, il faut à Engie une garantie au minimum de 10 ans. Ils ne vont pas investir des millions pour ne pas avoir de retour de leurs investissements. Et ils veulent une réponse plus rapide du gouvernement. À mon sens, ils ont pris les devants de manière stratégique », indique Vincent Franco, délégué syndical Gazelco (CGSP/FGTB).

Avec une sortie du nucléaire qui se dessine, les pertes d’emplois se rapprochent. « L’inquiétude est grandissante au sein du personnel. Cela représente environ 3.500 personnes en période de révision, sans parler de tous les emplois indirects. À la fin du permis d’exploitation, il faudra reclasser le plus de personnel possible pour le démantèlement. Il y a tant de gens qualifiés, pas question de faire appel à une main-d’œuvre étrangère », poursuit Franco Vincent.

Un conseil d’entreprise est prévu le 23 novembre prochain chez Engie Electrabel.

Réaction de Samuel Cogolati, député fédéral Ecolo

Son parti visé par le bourgmestre ff de Huy comme étant les responsables de cette sortie du nucléaire et la décision d’Engie, Samuel Cogolati a pris la parole.

« La sortie du nucléaire a été planifiée en 2003 avec un gouvernement arc-en-ciel qui comprenait les libéraux mais aussi le parti socialiste dont il fait partie. Que l’on soit pour ou pas, les réacteurs sont vieillissants et il faudra accepter que l’on doive arrêter ces réacteurs en fin de vie. Et la décision du maintien de cette sortie du nucléaire a été prise par sept partis, dont les socialistes. Et j’en suis plutôt fier que ces sept partis se soient mis d’accord pour faire de la Belgique, le pays le plus vert. Il faut regarder vers l’avenir ensemble et créer des énergies renouvelables. Je suis assez étonné et même un peu déçu de ces déclarations car ce n’est pas juste et correct », indique le député fédéral et conseiller communal hutois.

Quant aux emplois menacés, Samuel Cogolati se veut rassurant. « Dans le cadre du démantèlement, nous avons besoin des travailleurs de Tihange. C’est une priorité. Rien ne se fera sans les partenaires sociaux. Le bassin mosan a déjà souffert par le passé de l’arrêt d’importantes industries. Il faut se mettre ensemble pour l’avenir », ajoute-t-il.

« Un dossier important »

La députée régionale (MR) et bourgmestre d’Ouffet a interpellé la ministre wallonne de l’emploi, Christie Morreale ce mercredi en séance plénière suite à l’intention d’Engie Electrabel d’interrompre ses projets liés à la prolongation du nucléaire. Inquiète pour l’arrondissement et les emplois générés, Caroline Cassart a interrogé la ministre. « Il s’agit d’un dossier d’extrême importance que j’avais eu l’occasion d’anticiper il y a plusieurs mois. J’avais d’ailleurs pris contact avec le bourgmestre de Huy, Christophe Collignon, devenu mon collègue pour demander une task force afin de préparer la reconversion des travailleurs qui pourraient se retrouver sur le carreau. Si c’était le cas, nous actionnerons des cellules de reconversion et des opérateurs de formation car nous devons tout faire pour éviter la fuite des talents », a souligné Christie Morreale (PS). En réponse, Caroline Cassart a insisté sur la cohérence qui doit être réalisée entre les différents gouvernements.

 

Par Amélie Dubois

Journaliste à La Meuse Huy-Waremme

 

20:39 Écrit par Jeannick | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |