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  • Interview et avis d'un historien local sur le patrimoine et l'ancien cimetière de la place de Nandrin

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    Interview de Monsieur Evrard,aujourd'hui 24 février 2017 à 14h 10, place de Nandrin par la blogueuse JP.

    Photos JP 

     

    Monsieur Marc Evrard, c’est autant le conseiller communal du groupe  politique "union Pour Nandrin " que l’historien de formation que vous êtes que je souhaite interviewer.

     

    Aussi, ma première question est relative à la démolition de ce qu’on peut qualifier maintenant d’ancien bâtiment de l’administration communale de Nandrin de la place Ovide Musin puisque, à ce jour, vendredi 24 février 2017, il est complètement rasé et que le trou des caves est visible.

    Que vous inspire cette destruction et donc ce grand vide ?

    M.Evrard. : Vous le dites très bien : un grand vide, au propre comme au figuré !

    Cette démolition est une erreur et j’irai jusqu’à la qualifier de faute politique.

    Par les temps de crise économique, de crise du logement et de crise des finances publiques, sans parler de la crise de confiance dans le " management politique ", détruire un bâtiment public qui datait d’à peine 60 ans, relève assurément d’un manque évident de sens des réalités et ce, d’autant plus qu’aucune autorité, en ce compris issue des services de sécurité, ne mettait en cause sa viabilité.

    Je crains donc que cet acte ne s’inscrive dans une certaine forme de volonté mégalomane de laisser une "marque de fabrique " en qualité de responsable politique, durant cette législature " post Joseph Nandrin ".

    Engager quasi 2 millions d’euros pour des bâtiments modernes pour héberger quelques fonctionnaires et politiques, quand on sait que des enfants de l’école communale de Villers-le-Temple sont maintenus dans des classes " containers clic ici  ", montre assurément où se trouvent les priorités en matière de construction pour quelques mandataires au pouvoir.

    Certes, une rénovation dudit bâtiment s’imposait à terme mais l’urgence n’existait pas quand on sait qu’en 2013 et encore jusque en 2015, ce projet était lié à l’obtention du subside de 310.000 euros à octroyer à Nandrin pour 2013-2016, subside qui aurait pu être dévolu au plan P.A.S.H. (plan d’assainissement par sous-bassin hydrographique = épuration des eaux usées), si ce projet était sorti avant celui de l’infrastructure de la nouvelle administration/CPAS.

    C’est tout dire de l’urgence qui fut, en fait, la prise en compte par l’autorité publique d’une opportunité plutôt qu’une autre, le P.A.S.H., laquelle eut été certainement plus utile pour les citoyens et pour l’environnement !

     Lors de sa démolition, le jeudi 16 février 2017, vous avez déclaré, à la presse locale clic ici , votre inquiétude quant aux travaux de creusement pour les fondations de la nouvelle infrastructure et son extension le long du ruisseau du Bois de Soheit.

    Quelle est-elle réellement car vous l’avez réitérée en séance du conseil communal de ce mardi 21 février ?

    Si on sait que le bâtiment de 1954, achevé en 1957, a été construit sur l’emplacement du vieux cimetière de Nandrin (désaffecté et déplacé à la fin de l’année 1887) qui entourait l’ancienne église Saint-Martin et sur son extension qui longeait la rue du presbytère jusqu’à hauteur du mur, encore existant, du vieux tribunal et de l’accès à la maison communale, si on sait qu’en 1928 lors du creusement des fondations de la nouvelle église et en 1954, lors de la construction dudit bâtiment, des tombereaux d’ossements humains ont été retirés et conduits dans l’ossuaire du nouveau cimetière et qu’en 2010, lors de l’aménagement de la rampe pour personnes à mobilité réduite, des restes humains ont encore été trouvés, je m’étonne et m’offusque comme citoyen mais aussi comme historien que cette problématique n’ait pas fait l’objet d’une attention particulière dans ce dossier.

    Car, on devait savoir, des écrits comme le texte contenu en page 49 dans le livre retraçant les 150 ans de l’école Saint-Martin de Nandrin paru en 1983 et relatif aux cimetières de Nandrin l’attestent clairement, qu’en reconstruisant à cet emplacement et aussi à l’arrière du bâtiment alors existant, vers le parking de l’église et le long de la maison natale d’Ovide Musin, on se retrouverait sur l’emplacement de ce cimetière et donc d’anciennes tombes.

     Mais, Monsieur Evrard, ce n’est parce qu’on construit près d’un cimetière qu’on doit inévitablement " tomber" sur des ossements, d’autant plus que ledit cimetière a été déplacé, il y a maintenant 130 ans.

    Votre inquiétude est-elle donc bien fondée et n’y aurait-il pas de votre part une volonté ultime de bloquer un chantier déjà bien engagé ?

    M.Evrard.: Je m’attendais à ce genre de réflexion que j’aurais imaginé davantage dans la bouche de l’un ou l’autre responsable de la majorité au pouvoir plutôt que dans la vôtre.

    Votre remarque n’en est pas moins pertinente, Madame, car, la seule manière de connaître exactement la nature du sol et du sous-sol à cet endroit et donc d’apprécier s’il pouvait ou peut encore contenir des restes humains eut été, précisément, d’entreprendre avant le début des travaux, des fouilles préventives sur les zones libres de toute construction, comme par exemple à l’arrière de l’ancien bâtiment aussi bien vers la tour de l’église que vers le chevet (chœur), le long du ruisseau du Bois de Soheit, dans la pelouse toujours existante.

    Et cela n’aurait en rien retardé le début des travaux, voire les travaux eux-mêmes, ce qui risque d’être le cas si, demain, on retrouvait des ossements et/ou des objets d’intérêt archéologique et historique.

    Je regrette donc qu’une campagne de fouilles préventives n’ait pas été diligentée, à l’initiative de l’autorité communale, auprès des services habilités de la Région wallonne.

    Ceci est une lacune grave que j’apparente à un manque de respect vis-à-vis du passé mais surtout vis-à-vis de nos défunts.

    Pourquoi l’échevin de la Culture mais aussi celui des Travaux ou encore l’échevine de l’Aménagement du territoire, comme celle de l’Environnement n’ont-ils pas tiré la sonnette d’alarme face à l’ampleur et à la complexité d’un tel chantier au cœur même du centre historique de Nandrin ? Pourquoi ?

    Car, comme il a été rappelé, à juste titre, il y a peu, l’ensemble formé par les places Botty et Musin n’est-il pas la " place Saint-Lambert " de Nandrin (qui proportionnellement à la superficie de la commune est, de loin, d’une superficie supérieure à ladite place et à celle Tien An Men de Pékin) ?

    Cela ne méritait-il pas un peu plus d’attention et de considération ?

    Donc, vouloir maintenant bloquer les travaux d’avancement par un tel subterfuge serait non seulement indélicat (le mot est faible) vis-à-vis de nos disparus mais surtout inutile vu les règles en matière de découverte de type archéologique.

     

    Monsieur Evrard, après votre visite du site de ce jour qui vous a fait constater que celui-ci est déjà bien " mis à nu ", qu’attendez, dans les jours à venir, des autorités communales dans la gestion de cet important chantier ?

    M.Evrard . : J’attends d’abord qu’elles respectent la législation en matière de fouilles et de découvertes archéologiques, ce dont je ne veux pas douter a priori mais je crains néanmoins que dans l’"exaltation des travaux", on risque d’en oublier les règles (ce ne serait pas la première fois en matière de chantier d’envergure !)

    Je voudrais ensuite que cela serve de leçon pour le futur et que de tel projet fasse, dorénavant, l’objet d’une consultation populaire car on ne détruit pas un tel patrimoine communal et engager une dépense de près de 2 millions, sans " faire retour " vers le citoyen qui vous a confié un mandat de 6 ans (10 fois moins que l’âge du bâtiment détruit !).

    C’est une question de bon sens autant que de respect à son égard car qui suis-je, moi (petit) élu nandrinois pour prendre de telle décision à l’impact aussi IRREVERSIBLE !

    Et enfin, je constate et déplore, une nouvelle fois, que la majorité actuelle dont je lis dans la presse, sous la plume de la nouvelle présidente du CPAS qu’elle n’a plus ni de président ni de projet décidé collectivement et de manière concertée, qu’elle considère qu’elle est, au sein du conseil communal, la seule (parce qu’elle a été élue par 50,30 % de nos concitoyens ?) à détenir la vérité et la capacité de bien agir dans l’intérêt de tous nos concitoyens, l’opposition n’ayant été élue que pour se taire et ne pas participer à la construction de la "chose publique ".

    L’évolution de ce dossier nous démontre encore que cette majorité vient encore de commettre une faute politique et une erreur de gestion : on est loin ici d’une gestion " en bon père de famille ".

     En conclusion, Monsieur Evrard, votre déception et votre amertume sont donc grandes face à la maîtrise de ce dossier ?

    M.Evrard . : Pour être déçu et amer, il faut avoir perdu confiance dans l’avenir, ce qui n’est pas mon cas car j’espère et je le réaffirme, aux élections communales d’octobre 2018 (législature 2018-2024), notre groupe " union Pour Nandrin ", liste citoyenne traitée de " populiste " par le bourgmestre M. Lemmens, le lendemain même des élections, le 15/10/2012, sera bien PRESENTE et se posera en alternative à ce type de politique "poly-particratique " dont le citoyen nandrinois se sent exclu à chaque échéance importante ou enjeu d’importance.

    C’est pourquoi, je suis davantage indigné et lucide face à cette situation inquiétante et je veux rester combatif avec mes colistiers, B. Piotrowski et D. Maka afin de rallier autour de nous, tous ceux et celles qui, à Nandrin, font partie des nombreux vrais déçus et tout autant indignés que nous.

    Car, je le dis : je ne veux plus JAMAIS voir tomber, sous les " coups ravageurs " d’une pelleteuse, un bâtiment aussi symbolique que la " maison du peuple ", celle qui abrite l’Institution Communale qui prit naissance pour la première fois, dans notre arrondissement à Huy, dès l’An 1066.

     Plus jamais ça, plus JAMAIS !

    Les pelleteuses ont entamé leur ballet destructeur sur la place Musin de Nandrin

    Nandrin Sur RTC Liège

    Nandrin Picasso en plein Rubens

    Un moment d’histoire à Nandrin

    L’opposition "Pour Nandrin" inquiète

     

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  • L’épouse de Antoine Demoitié de Nandrin brise le silence «Tant qu’on parle de lui, il sera un peu là.»

    Le 27 mars dernier disparaissait tragiquement Antoine Demoitié, accidentellement percuté par une moto, fauché par le destin lors de Gand-Wevelgem. Comment ses proches se reconstruisent-ils après un tel drame?

    Entretien 

    Astrid Collinge Epouse d’Antoine Demoitié.

    PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC CLOVIO Source SUDINFO 

    Astrid,les souvenirs,les photos dans votre nid douillet, c’est douloureux ou plutôt réconfortant?

    Cela m’a toujours fait du bien… en me faisant du mal. En fonction du moment de la journée, cela fait sourire, à d’autres ce sont les larmes qui coulent. Parfois ce sont les deux émotions qui se mélangent au même moment… Je sais que j’ai besoin de ces souvenirs, c’est vital. Parfois, je suis même envahie par la peur d’oublier certains détails de notre vie, des intonations de voix… Au fond de moi, je sais que cela n’arrivera pas.

    Le jour du drame,rien ne vous avait alerté? Pas de mauvais pressentiment?

    Si, une inquiétude diffuse.

    Quelques jours plus tôt, la Belgique avait été frappée par les attentats terroristes de Zaventem et Maelbeek. Une jeune fille du village de Nandrin (NDLR: Mélanie Defize) y avait perdu la vie. Personne n’était serein en voyant partir ses proches. Son «au revoir», le jeudi, était très fort.

    Le vendredi, il avait fait une supercourse lors du GP de l’E3, son tout premier rendez-vous WorldTour. J’étais rentrée dare-dare du boulot au CHU de Liège pour le voir dans l’échappée (elle sourit, regard embué). Le samedi, veille de Gand-Wevelgem, on s’est appelé par téléphone plein de fois, plus souvent qu’à l’habitude. Avec le recul, les mots paraissent encore plus forts… Ses derniers messages par SMS, avant le départ de la course, étaient très intenses. Antoine était dans une super dynamique, elle s’est brutalement brisée…

    Être présente lors des courses,comme vous avez continué à l’être en 2016 après le décès d’Antoine,ça fait partie de votre deuil?

    De votre recherche de nouvel équilibre? Pleinement. Dès les premiers moments qui ont suivi le drame, j’ai eu peur de perdre la famille du vélo, en ayant perdu Antoine. Le cyclisme faisait partie de notre vie depuis très longtemps, et a pris une part sans cesse plus large dans notre vie au fil du temps. Heureusement, je me suis vite rendu compte que c’est une famille au grand cœur et qu’ils (NDLR: les anciens équipiers et compagnons d’entraînement d’Antoine) ne me lâcheraient pas de sitôt. Sans tarder, j’ai en effet ressenti le besoin de me replonger dans l’ambiance, de les voir… Je suis ainsi allée à l’hôtel de l’équipe la veille de l’Amstel (NDLR: moment très fort puisque trois semaines après l’accident, Enrico Gasparotto offrait un premier succès en WorldTour à l’équipe Wanty-Groupe Gobert), puis sur le Tour de Wallonie, sur le Giro avec Laure et Max (Monfort), à l’Eneco… Être présente aux courses est très important pour moi, pour rester en contact avec ses amis, avec nos amis. Vous savez, Gaëtan Bille était le témoin de mariage d’Antoine, c’est un ami commun. Maxime Monfort, Grégory Habeaux, Anthony Lafourte, Hophra Gérard, Jérôme Gilbert, toute la bande… ils mesont précieux.

    Le vélo a sans cesse fait partie de votre relation?

    On avait 14 ans à peine, Antoine venait en ami à Terwagne, où j’habitais avec mes parents. On se baladait dans le Condroz, comme des ados amis, en vadrouille. Toute notre vie a été orientée vers le vélo, vers le métier d’Antoine, sans regret aucun. Mon papa et mon frère étaient passionnés de cyclisme eux-mêmes, je roulais beaucoup moi aussi, par passion, jusqu’à ce que je sois renversée par une voiture dans le village.

    La peur vous a-t-elle toujours habitée?

    Sans le montrer, un stress m’a constamment accompagné, oui. Il avait d’ailleurs pris une épaisseur et de l’ampleur suite au décès de Jonathan Baratto, quelques mois plus tôt (NDLR: jeune cycliste du Pôle Continental Wallon mortellement renversé à l’entraînement). Cela pouvait donc arriver, je me rendais pleinement compte que mes angoisses étaient justifiées. Antoine avait toujours dans sa poche un carton avec mes coordonnées, au cas où… Jusqu’à ce qu’il rentre de l’entraînement, je n’étais pas totalement sereine. En course, cela m’inquiétait moins car il y avait les collègues, les suiveurs, le public… Et c’est finalement là que l’horreur s’est produite…

    Dix mois plus tard, cherchez-vous encore à mieux comprendre ce qui s’est passé?

    Ou la fatalité a-t-elle réussi à vous convaincre? Difficile à dire. J’ai eu besoin de comprendre absolument, c’est pour ça que j’ai plusieurs fois parlé à Hilaire Van der Schueren, le directeur sportif, le dernier à avoir vu Antoine en vie. Mais j’ai besoin aussi que ce drame soit reconnu. Antoine n’est pas tombé de sa faute, c’était un super pilote, il n’a pas fait d’erreur. La chute fait partie du job de coureur, forcément. Mais la fatalité est un terme qui ne peut pas me satisfaire. Trop simple, réducteur. C’est trop grave pour que je m’arrête là.

    En termes de sécurité,cela bouge-t-il suffisamment à votre goût?

    Le temps passe et efface… C’est une crainte, effectivement, mais je sais qu’Antoine n’est pas oublié dans le monde du vélo. Je suis au courant des quelques avancées par mes amis, par Jean-François Bourlart… Il y a eu des réunions, avec Tom Boonen et Maxime Monfort notamment. Cela progresse doucement (voir encart ci-contre). J’espère que la reprise de saison va permettre de mesurer les leçons qui ont concrètement été tirées de ces drames.

    Chez Wanty-Groupe Gobert, le projet de création d’une fondation portant le nom d’Antoine reste dans les esprits.Sa raison d’être serait de travailler à une meilleure sécurité des cyclistes.

    Ce serait la manière la plus concrète de porter mon combat. Seule, je ne pourrais pas y arriver. On n’en est encore qu’au stade de la déclaration d’intention, mais je sais que ce projet est important pour Jean-François Bourlart, le manager de l’équipe… Pour bien faire les choses, il ne faut pas se précipiter et réfléchir posément. Quand ce sera mûr, l’idée se concrétisera, je n’en doute pas.

    Dans deux mois,lors de Gand-Wevelgem,tout le monde va forcément reparler de ce drame.Qu’attendez-vous de cette date symbolique?

    Elle sera très, très importante pour moi, forcément. Au niveau émotionnel, affectif. Mais en termes de sécurité, je ne me suis pas mis de date en tête. L’essentiel est que cela bouge, j’ai confiance en l’équipe Wanty, en ceux qui aiment Antoine… Sans trop tarder évidemment car combien d’accidents faudra-t-il encore déplorer? Je suis trop triste pour être dans l’impatience. J’ai trop le cœur en miettes pour me détruire encore avec des échéances comme celle-là.

    Antoine a très peu couru chez Wanty.Une équipe pourtant mortifiée par ce drame.

    Ça fait chaud au cœur de voir qu’ils sont toujours là, aujourd’hui, dix mois plus tard. Ils avaient créé un groupe WhatsApp dans lequel j’ai été ajoutée très rapidement, on se félicite, on pense les uns aux autres… Au-delà, j’ai vu par la suite que j’avais reçu des messages de soutien de Tom Boonen, Fabian Cancellara, Marc Sergeant, l’équipe AG2R, Peter Sagan après sa victoire, même Lance Armstrong…

    La présence d’Antoine sur les véhicules de l’équipe,via la mention «#RideforAntoine», autre symbole fort.

    Cela me touche au cœur. Et si ce n’avait pas été le cas, cela m’aurait fait mal… Il reste en course avec eux, même au Tour.

    Astrid,comment se reconstruit-on?

    Je ne sais pas… Je me fais confiance, je fais confiance à Antoine, qui m’aide de là où il est. Parler d’Antoine, j’en ai besoin, j’aime que les gens l’évoquent. Tant qu’on parle de lui, il sera un peu là. Évoquer ce qu’il a fait, se souvenir sans cesse de la belle personne qu’il était.

    Le sourire d’Antoine,c’est l’image que tout le monde garde de lui dans le peloton.

    Sa joie de vivre, c’est en effet sa marque de fabrique. Antoine était hyper taquin, positif. Mais il était aussi très fort, physiquement et mentalement. Tous les souvenirs font partie de moi, ceux qu’on avait forgés depuis notre mariage six mois plus tôt mais aussi tous ceux qu’on avait partagés avant cela, depuis plusieurs années. On adorait tous les deux rire, rire d’une vie simple et des plaisirs qu’elle peut offrir. 

    Aujourd’hui,avez-vous réussi à reprendre le cours de votre vie?

    Je suis tout le temps en train de penser à ce qu’Antoine pourrait dire ou penser. Il serait fier de toi, oui ou non? D’une seconde àl’autre, tous nos projets se sont écroulés. Tout le monde a la chance de voir les siens avancer et se concrétiser. Pour nous, c’est détruit, c’est fichu. Cela fait très mal. Des projets, j’en ai toujours eu. Ceux qui me tiennent le plus à cœur désormais, c’est de concrétiser ceux qu’on entretenait à deux, et que je suis capable de réussir seule. J’ai confiance en la vie, je n’ai plus rien à perdre. La moitié de moi est partie, je n’ai d’autre choix que de continuer. Dans quelques jours, je reprendrai mon boulot d’infirmière au CHU de Liège, dans le service d’oncologie. Un pas de plus. 

    Quel était le rêve sportif d’Antoine?

    Il en avait accompli un premier en gagnant sa première course pro au Tour du Finistère, en 2014. Un deuxième en disputant de premières épreuves du WorldTour, il se faisait d’ailleurs une joie de disputer la Flèche Wallonne, dans son jardin. La suite, c’était une victoire significative. Je l’entends encore me dire: «Astrid, un jour j’en claquerai une… Une belle!»

    PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC CLOVIO Source SUDINFO 

    «Plus de sécurité, c’est aussi pour ça que je me bats» 

     

    Le 26 mars prochain, lors de la 79e édition de la classique GandWevelgem, le dossard 192 ne sera pas porté au départ, pas plus que lors des éditions ultérieures de l’épreuve. 192 était bien sûr le dossard porté par Antoine en ce funeste dimanche de compétition. Par ailleurs, au kilomètre 192, un sprint intermédiaire sera désormais organisé, avec trophée et prime à la clé.

    Une somme d’argent équivalente sera systématiquement reversée à une œuvre caritative. Alors que Stig Broeckx se bat après de longs mois de coma (accident pour des raisons similaires lors du Tour de Belgique)et que le souvenir d’Antoine Demoitié demeure vivace, les coureurs attendent des mesures fortes, pour pratiquer un métier par nature dangereux dans des conditions, disons, plus rassurantes. Astrid Demoitié reste attentive aux mesures de sécurité qui doivent être prises.

    « J’y suis très sensible, évidemment », explique-t-elle. « C’est pour cela que je dois me battre. Il y a eu Antoine, puis Stig, c’est déjà beaucoup trop et ça ne doit plus arriver. Les progrès de sécurité qui doivent être fournis donnent un sens à mon combat. » Où en est-on?

    « Lors de l’Eneco Tour, les organisateurs ont testé une formule qui est une des pistes à creuser sans hésiter », nous expliquaient récemment Gaëtan Bille (Willems Vérandas Crelan) et Grégory Habeaux (Wallonie-Bruxelles Veranclassic).

    « Les motos ont emprunté des itinéraires bis, des déviations,sans être constamment obligées de remonter et dépasser le peloton. On limite ainsi les risques. »  

    L’UCI, par la voix de son président Brian Cookson, annonce des mesures concrètes, bientôt mises en œuvre. Le travail entrepris par plusieurs experts du monde du vélo (dont l’ancien directeur de course du Tour Jean-François Pescheux) va en théorie déboucher sur une réduction du nombre de voitures en compétition et sur l’utilisation de motos plus légères.

    Pour rappel, c’est après avoir été percuté par une moto suiveuse qu’Antoine Demoitié avait perdu la vie.

    Article de E.C. source Sudinfo