La belle histoire des dépanneurs du Condroz en photos et vidéo

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C’est en 88 qu’Olivier Lallemand, 62 ans aujourd’hui, a lancé seul ‘Dépannage du Condroz’, à Ouffet. «  Jusque-là, j’avais été prof de mécanique industrielle et auto dans plusieurs écoles, mais j’avais aussi travaillé dans une entreprise à Ivoz-Ramet. J’avais déjà un petit garage qui tournait après-journée  », introduit-il. Il acquiert au départ une petite remorque-plateau pour dépanner les voitures «  mais je me suis vite rendu compte qu’on ne savait pas faire grand-chose avec ça  », lance-t-il.

 

 

Raison pour laquelle, un an plus tard, il achète son premier camion-plateau, fait sur mesures en Flandre. «  À l’époque, il y avait beaucoup de petits dépanneurs un peu partout. J’ai tapé fort en achetant le camion que personne n’avait. C’était alors une fameuse innovation ! Il coûtait 750.000 francs belges et personne ne mettait alors ce prix-là dans du matériel. Au fil du temps, les autres ont commencé à disparaître… Je ne dis pas que c’était à cause de moi. Certains sont partis à la pension, d’autres n’arrivaient plus à suivre…  »

Olivier Lallemand possédait aussi un atelier de réparation. Aujourd’hui, cela s’est doucement arrêté : «  Concilier les deux avec le dépannage, seul, ce n’était pas évident. Mais je suis convaincu que, pour être un bon dépanneur, il faut aussi être mécanicien. Ne pas savoir expliquer aux gens la raison de leur panne de voiture, ce n’est pas imaginable.  »

 

4 véhicules

Au fil des ans, l’Ouffetois a donc mené sa barque, modernisant quand faire se peut ses véhicules de travail. «  J’en possède 4 aujourd’hui, jusqu’à 44 tonnes. »

Il y a 10 ans, son fils Jean-Michel, alors âgé de 18 ans, le rejoint dans l’aventure. Comme d’autres « fils de… », il a baigné dans le milieu du dépannage dès sa sortie du berceau. «  Dès que j’ai pu me tenir debout, j’accompagnais papa dans le camion  », se souvient-il. «  Je n’ai finalement jamais fait autre chose que le dépannage, et je ne supporterais pas  », sourit celui qui s’est même fait tatouer la société sur le bras (cf. encadré ci-dessous). «  J’ai commencé avec un petit camion et je sais faire de tout aujourd’hui. »

Malgré les circonstances dans lesquelles les dépanneurs doivent évoluer aujourd’hui, Jean-Michel ne craint pas pour l’avenir. «  Certains savent faire leur métier, ceux-là resteront. »

Il concrétise d’ailleurs actuellement la construction d’un grand dépôt au sein du zoning industriel d’Ouffet. «  Nos trois petits sites actuels sont trop petits. Ici, on aura une surface de 1.200m² sur 3.200m² de terrain. Il devrait être opérationnel courant 2019. D’autant qu’on se lance officiellement dans le dépannage des poids lourds, même si on le fait déjà un peu. Il y a un vide à ce niveau-là dans le Condroz… On est en train de mettre en place une collaboration avec Cronos, à Grâce-Hollogne. Non, l’avenir ne nous fait pas peur, au contraire, on y croira toujours  », a-t-il conclu. 

«On a dépanné un avion tombé dans un pré à Ferrières»

 

Olivier Lallemand se souvient d’une intervention toute particulière. «  Il y a des années d’ici, je ne saurais plus vous dire exactement quand... La police -qui était la gendarmerie encore à l’époque- m’appelle pour dépanner...un avion ! Au début, j’ai même cru que c’était une blague. Mais c’était bien réel: un petit 6 places à moteur s’était crashé dans un pré, à Ferrières, suite à un looping râté. Il y a tout de même eu deux morts. Mais je ne pense pas que beaucoup de dépanneurs aient eu l’occasion d’intervenir sur un avion...  »

E.D.

«Vivre avec moi, c’est accepter le métier»

 

 

Jean-Michel Lallemand, 27 ans, grandit dans le milieu du dépannage depuis sa naissance. Et il adore ça ! Au point qu’il se l’est même inscrit dans la peau : sur son bras gauche est tatoué « Towing Lallemand & Son since 1989 » (comprenez « Dépannage Lallemand & Fils depuis 1989 », en anglais). Dans les orbites d’une tête de mort sont placés aussi deux « crochets », servant à accrocher les véhicules pour les dépanner.

Le dépannage, au-delà d’une passion, c’est sa vie. Son désir toutefois aujourd’hui ? Trouver celle qui acceptera de la partager. «  Il faut trouver la bonne personne. Ce n’est pas évident d’accepter d’être avec quelqu’un qui travaille 24h/24, 7j/7 et qui ne prend jamais congé. Celle qui voudra vivre avec moi devra apprendre aussi à vivre avec mon métier  », confie-t-il.

Et son père Olivier se poursuivre : «  Si je pouvais emmener un jour son fils dans mon camion, comme je l’ai fait avec lui, j’en serais super heureux… Mais il y a le fils de ma fille, qui a 4 ans, et qui nous parle quand même déjà du dépannage. La relève est peut-être déjà assurée », sourit-il.

E.D.

«C’est dur, la mort, on ne s’y fait jamais...» 

«  Le métier de dépanneur, ce n’est pas un métier comme les autres, c’est un sacerdoce ! Si vous ne l’avez pas dans les tripes, vous ne saurez jamais le faire  », se livre Olivier Lallemand. «  Il faut être fait à tout, de tous temps, de toutes heures… Mais ce n’est pas encore le plus difficile. Ce qui est compliqué, c’est de se faire à tout ce qu’on peut voir, sentir et entendre  », détaille-t-il.

Le dépanneur fait allusion aux accidents parfois dramatiques auxquels il est confronté régulièrement. «  Psychologiquement, c’est difficile. Certains soldats de retour de guerre sont suivis toute leur vie, alors qu’ils n’ont peut-être pas vu la moitié de ce que j’ai pu voir. J’ai peut-être mis plus de gens dans un cercueil que certains croque-morts. On doit vraiment se blinder… Que ce soit pour faire face à la mort, à la tristesse des familles et des proches qu’il faut parfois gérer aussi derrière, aux experts et au parquet… Je peux vous dire, j’ai plus de 30 ans de carrière, et on ne s’y fait jamais.  »

E.D.

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