Les dirigeants vieillissent et les bénévoles disparaissent,interview du club cycliste de Nandrin, organisateur des épreuves de Villers-le-Temple, Nandrin et Saint-Séverin.

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Le préalable à toute épreuve est l’inscription au calendrier fédéral FCWB, qui, dans le cas de Villers-le-Temple, s’élève à pile 1000 euros pour les trois épreuves. Des montants, qui ont augmenté lors des dernières années, les primes d’assurance ayant grimpé suite à quelques accidents.

Les primes à donner aux coureurs suivant les divers barèmes établis par la fédération (répartis entre les 20 premiers) requièrent une enveloppe dépassant les 1500 euros (en y ajoutant les fleurs et trophées) pour trois courses, soit environ la moitié du budget. Des charges incompressibles, dont les montants sont mêmes vus à la hausse quand on grimpe de niveau (de catégorie, mais aussi lorsqu’on veut un interclubs, un championnat ou une épreuve UCI).

Des services gratuits avant et qui coûtent maintenant

Ensuite, quelques services nécessaires au bon déroulement de la course sont nécessaires. Avant, ils étaient parfois gratuits. Désormais, ils coûtent. Deux drapeaux rouges ouvreurs de course (en ligne, et en circuit) : 110 euros. Huit signaleurs mobiles à moto pour annoncer les dangers sur la route et boucler certains croisements de routes : ajoutez 400 euros à la note. La location d’un autocar pour assurer le « camion balai » : 80 euros, puis le défraiement de quelques signaleurs fixes à 20 euros. Sans oublier les 450 euros d’ambulance, pour en avoir une sur le circuit et une sur la course en ligne. La note monte de près de 1000 euros.

Lunch-packets

Viennent, à cette note, se greffer les lunch packets et la portion de gâteau offerts aux bénévoles (presque 450 euros, les pains étant confectionnés le matin-même par quelques volontaires), le nettoyage de la salle « mise gracieusement à disposition, tout comme les barrières, par l’administration communale », tiennent à préciser les organisateurs nandrinois. Et les fournitures de la buvette (265 euros) qui assurent la plus grande part des revenus.

Car les spectateurs et coureurs, de plus en plus regardants à leurs dépenses, sont bien loin de rembourser l’organisation à laquelle ils assistent.

Comptez 800 euros pour les buvettes, 400 euros d’entrée spectateur (Nandrin est le dernier club provincial à solliciter de la sorte les visiteurs, une pratique pourtant courante au nord du pays) et les revenus, exceptée la faible quote-part (1 euro sur les cinq payés par chaque coureur) sur l’inscription reversée par la fédération, se limitent là.

Pérennité menacée

Heureusement, quelques partenaires privés s’engagent chaque année, et les subsides provinciaux et régionaux permettent de boucler l’année avec un fragile équilibre comptable.

«  Et heureusement, les services de police ne font pas encore payer la mobilisation des agents. Mais l’accumulation des charges (voire par ailleurs) menace la pérennité de nos rendez-vous  », affirment Andrée Paulus et Benoit Ramelot. «  Nous sommes d’ailleurs prêts à remettre la tradition du week-end d’ouverture en question, car les clubs chez les Cadets et Juniors ne jouent pas toujours le jeu, par exemple le TCH qui préfère envoyer des coureurs à Brustem. Organiser coûte, en étant toujours dépendant de la météo et de la participation des coureurs qu’on ne peut prévoir.  »

Des budgets qui vont de 4.000 à 70.000 euros

JEUDI, MARS 1, 2018 - 21:42

Organiser une journée d’épreuves à Villers-le-Temple coûte environ 5.000 euros. Mais quel budget exigent d’autres épreuves ?

L’addition est moins salée en cyclo-cross, où on avoisine les 3.000 euros par manche du challenge de cyclo-cross provincial, tout compris. Pour s’en sortir chez les pros par contre, l’enveloppe est bien plus élevée, puisqu’on évoquait jusqu’à 180.000 euros pour le Superprestige de Francorchamps.

Sur la route, les enveloppes peuvent également fortement varier. Les organisateurs du prochain championnat provincial/FCWB Cadets U17 à Dolhain ont dû trouver 4.000 euros, tandis qu’une kermesse comme le GP Lekeu (Bruyères) requiert 5.000 euros. Un interclubs, comme le GP Color Code, requiert 10.000 euros. Tandis que la journée de compétitions à Jemeppe (pour la jeunesse, Cadets et Juniors) monte jusqu’à 20.000 euros.

Les courses par étapes sont encore plus chères. On parle d’environ 50.000 euros réunis par la Société Flèche Ardennaise pour maintenir Aubel-Thimister-Stavelot (ex-Liège-La Gleize) inscrit en trois jours au calendrier UCI Juniors. Pour les Elites/Espoirs, le Tour de la Province de Liège réunit un budget frôlant les 70.000 euros pour cinq jours de course.

Du côté du calendrier professionnel, les montants grimpent encore. Une épreuve UCI 1.1, comme le GP Samyn, mobilise un budget oscillant entre 110.000 et 120.000 euros. Des sommes mirobolantes, mais qui soulignent l’importance de la passion de nombreux bénévoles et sponsors pour sauver le sport cycliste.

Des charges administratives et des responsabilités à assumer

JEUDI, MARS 1, 2018 - 21:43

Andrée Paulus et Benoit Ramelot - M.S.

Si la fédération encaisse les licences d’inscription, charge demeure à l’organisateur d’assurer le bon déroulement de la journée.

«  Il n’y a aucun contact entre organisateur et FCWB, il faut tirer son plan », déplore Benoit Ramelot.

Mais les démarches administratives sont multiples, et s’accumulent. Chacune des communes traversées par une épreuve cycliste (6 dans le cas de Villers-le-Temple) doit être avertie au moins trois mois avant le jour de l’épreuve, et délivrer une autorisation de passage. «  Mais avec la politique du parapluie, les conditions deviennent infernales  », s’insurge Christian Gilon. «  On nous demande parfois l’identité et le numéro de registre national de chacun des signaleurs mobilisés, carrefour par carrefour.  »

Et en cas d’accident ? «  Cela implique ma responsabilité personnelle  », souligne Benoit Ramelot, président du club de Nandrin (une association de faits et non une ASBL) et directeur de course. «  Et nous particulièrement connaissons les risques avec le décès d’Antoine Demoitié. Organiser une course comporte de nombreux dangers, auxquels il faut sans cesse songer. Et heureusement, nous collaborons avec des services de police et communes de bonne volonté.  »

Les dirigeants vieillissent et les bénévoles disparaissent

JEUDI, MARS 1, 2018 - 21:44

L’âge et le manque de volonté de certains compliquent sans cesse la tâche des organisateurs. Les comités d’organisation sont vieillissants, des organisateurs historiques décédant (le VC Pollinois a perdu son président et son trésorier, et n’organise donc plus d’épreuve en 2018) ou étant incapables de se mobiliser pour organiser des épreuves.

 

«  La majorité des membres de notre comité, encore une quinzaine d’actifs, oscille entre 70 et 85 ans  », admet Benoit Ramelot. «  Nous sommes finalement deux à nous mobiliser pour les tâches à responsabilité.  »

Autre phénomène, le bénévolat est une occupation en voie d’extinction. L’acte gratuit est – trop – souvent remplacé par un défraiement voire une rémunération.

«  Les signaleurs demandent 20 euros, un défraiement pour ceux qui se déplacent de loin  », confirme le président du club de Nandrin. «  On a de plus en plus recours à des services payants, qui alourdissent l’addition mais permettent une fiabilité assurée. Ça manque de passionnés.  »

Ce que confirme Christian Gilon, qui manœuvre notamment le Tour de Liège ou encore le challenge de cyclo-cross.

«  Maintenant, il faut tout payer  », soupire le Verviétois. «  Les signaleurs, certains services. Mais aussi les boissons, les lunch-packets… Plein de petites aides qu’on recevait gratuitement mais qu’on doit désormais acheter. Sans compter les subsides qui arrivent plusieurs mois après l’événement. On attend encore 2000 euros promis pour le Tour de Liège 2017 par exemple.  »

 

PAR MAXIME SEGERS

 SPORT REGIONAL 

Cyclisme: 5.000 euros la journée pour organiser une compétition

 

Commentaires

  • Nouveau président, et le pédalier s'enraye...
    Faire tourner une association demande certaines qualités, surtout quand son fonctionnement repose sur le bénévolat de ses membres.
    La motivation, c'est comme le respect: cela ne s'impose pas, il faut la susciter !

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